Tunisie – Biens spoliés : Caverne d’Ali Baba ou miroir aux alouettes ?
Les tunisiens n’ont pas cessé depuis la mi-janvier 2011 d’entendre parler, d’en voir même des échantillons à la télé, de compter, de recompter, d’additionner, de convertir, de diviser … des sommes astronomiques avec des multitudes de zéros et en billets nobles, entendre par là, des Dollars US, des Euros… Aujourd’hui, plus d’un an et demi après cette découverte, le citoyen est resté sur sa faim. Point d’extraditions, pas de rapatriement d’argent si ce n’est quelques poignées de dollars récupérés ça et là.
Aujourd’hui, le tunisien, l’esprit ravagé par les images et les bribes d’histoires amères qui lui parviennent des rives de Lampédusa, se tourne, avide, vers le Qatar où se déroule une réunion de très haut niveau concernant le rapatriement des fortunes spoliées des pays du « printemps arabe ». Notre président s’y est déplacé en personne pour « appuyer les revendications de son peuple quant à la récupération des biens dont il aurait été dépossédé ».
Première bonne nouvelle en provenance de l’Emirat « ami », Sakhr El Materi a été déclaré persona non grata par les autorités qataries en réaction « immédiate et instantanée » à une demande expresse de Marzouki, qui venait, parait-il, à peine de fouler le tarmac de l’aéroport de Doha. La réaction de la rue tunisienne ne se fait pas attendre, Bravo Marzouki, Bravo CPR !
Deuxième bonne nouvelle, rapportée de Doha par Noureddine Bhiri dont le parti ne pouvait pas se permettre de se laisser devancer par ses concurrents de la Troïka, le Canada serait sur le point de remettre Belhassen Trabelsi à la Tunisie. Réaction de la rue : Bravo Ennahdha, Bravo tout le monde, Enfin, et mieux vaut tard que jamais.
Mais, parce qu’il y a toujours un mais, le lendemain, ces bonnes nouvelles se sont fanées sous les feux de la réalité. Materi serait parti du Qatar depuis une semaine, pressé par Doha qui voulait faire bonne figure à l’occasion de son congrès. Et surtout, il parait que Marzouki aurait été mis au parfum de ce départ et aurait décidé de s’en approprier le mérite en faisant annoncer par ses services qu’il en était à l’origine. Donc Materi n’est pas près d’atterrir à Tunis, ni ses millions d’ailleurs.
L’autre nouvelle, celle de Bhiri, n’a pas fait non plus long feu, puisque celui-ci s’est ressaisi en précisant qu’on en était au stade d’accord du Canada sur le principe d’extradition, et qu’il restait d’énormes difficultés judiciaires pour l’accomplissement de cette « promesse ».
Réaction de la rue : tant pis, de toutes les façons, on n’a pas envie non plus de les revoir, pourvu seulement que « notre » fric soit récupéré.
Et coup de théâtre, plutôt, coup de grâce parvenu de la confédération helvétique, et pas de n’importe quel interlocuteur: il s’agit d’une déclaration du DFAE (département fédéral des Affaires étrangères) dans la personne de la vice-directrice de la direction du droit international public (DDIP).
La Suisse a bel et bien gelé en 2011, quelque chose comme 100 millions de Dinars tunisiens, mais avec toutes les enquêtes menées depuis, avec le sérieux et la précision qu’on connait aux suisses, et à leurs montres, aucun indice n’a pu être décelé concernant le moindre lien de Ben Ali avec les sommes gelées !
En attendant la réaction de la rue tunisienne, une première réaction à chaud de l’avocat des autorités tunisiennes : « Tout ceci ne veut rien dire, s’ils n’ont rien trouvé concernant Ben Ali c’est qu’il sait bien cacher ses avoirs » !… Miroir aux alouettes.
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