Tunisie – CpR : Chronique d’un effondrement annoncé !


Réduit en peau de chagrin puis complètement éclaté, le CPR n’est plus qu’une coquille vide, un cache misère, à la grande désillusion de ses sympathisants, du moins les derniers survivants. Après la récente cascade de jets d’éponge, l’hémorragie atteint sa phase irréversible avec la démission de Mohamed Abbou, Secrétariat Général du parti. Sauf un noyau d’irréductibles, tout le monde a claqué la porte. Paradoxalement, le parti est porté à bout de bras uniquement que par quelques figures assumant une responsabilité gouvernementale ou un siège dans les coulisses de l’Exécutif. Même les décisions de l’Assemblée Nationale du CPR ne sont plus respectées. Entre retrait du gouvernement et gel dudit retrait, les réactions n’ont pas tardé à cingler. Désormais, le CPR n’est plus même en mesure de former un groupe parlementaire, ce qui constituerait vraisemblablement le coup de grâce. Un vrai gâchis !

 Il est bien clair aujourd’hui que le CPR est complètement grillé, n’a plus aucun avenir politique, la barque coule, personne ne cherche à la renflouer, tout le monde en saute pour se refaire une carrière et une virginité ailleurs. Dans un acte de désespoir, aussi grotesque que pathétique, le dernier carré utilise encore le cadavre CPR, négocie en son nom, jusqu’au dernier souffle, rien que pour se maintenir au gouvernement.

 Comment expliquer cette descente en enfer ?

 D’abord, le CPR n’a jamais évolué comme parti politique, n’en répondant guère aux standards. Il est assimilé beaucoup plus à un mouvement, un groupement hétéroclite, sans identité ni cohésion. Aucune plateforme idéologique commune et aucune ligne politique distincte. Le projet fait lourdement défaut. Il a été beaucoup plus dans les effets d’annonces que dans les axes d’un programme. Il a trop braillé sur les objectifs de la révolution, en faisant même son fonds de commerce, sans que ses hommes au gouvernement n’aient jamais joint l’acte à la parole ou donné l’impression d’en faire leur cheval de bataille ou leur fer de lance. Ceux-ci, absolument bouffés par leurs sièges au gouvernement, ont trahi leur parti et leur engagement.

 Ensuite, le succès, surprenant dans une certaine mesure, obtenu lors des élections du 23 Octobre 2011, n’a pas été capitalisé. Pire encore, cette réussite a fait éclater au grand jour les contradictions internes et les clivages, les éléments conflictuels ont beaucoup plus pesé que les forces d’inertie ou de fédération. Est-ce fortuit que les démissions aient commencé juste quelque temps après les élections ? De Tahar Hmila à Abderaouf Ayadi jusqu’à Mohamed Abbou, le processus de défection a brillé par sa fréquence et  la régularité de son rythme, faisant aujourd’hui rentrer le CPR dans les rangs et dans les oubliettes.

 Par moments, le CPR semble n’avoir été qu’un tremplin politique, un pont de carrière et non un parti articulé autour d’une unité d’approche et d’une stratégie de gouvernance. On dirait un ensemble de fragments dont l’urgence électorale et l’appétit politique a précipité la formation. Moncef Marzouki, obnubilé maladivement par le pouvoir, a agrée tous les compromis (compromissions ?) et a sacrifié son parti et son crédit au seuil de Carthage. Les élus CPR à l’ANC ont poussé la surenchère et la concession jusqu’à décliné la proposition d’élargir les prérogatives présidentielles rien que pour ne pas égratigner Ennahdha et mieux ouvrir la voie de la magistrature suprême à leur « messie ». Pour Moncef Marzouki, le CPR n’était qu’une rançon à payer, l’ascenseur vers la présidence. A cet effet, Il était capable de consentir tous les sacrifices et d’avaler toutes les couleuvres. Une fois sur le trône, Moncef Marzouki n’a plus donné signe de vie au CPR. Sur un autre plan, une guerre de chiffonniers et de crêpage de chignons, entre les candidats au gouvernement, a déstabilisé le CPR, a desserré ses rangs et semé les germes de l’implosion.

 Donc, la course au leadership et aux postes gouvernementaux a miné le parti et fait le lit de la sédition, multipliant, en interne, les échauffourées et les bravades, notamment entre les hommes du sérail et les membres CPR du gouvernement. Triste constat pour preuve : Alors qu’en ces derniers temps les démissions saignent à blanc le parti, les membres CPR du gouvernement défendent bec et ongles leurs postes, quitte se donner en spectacle et racoler dans les couloirs du pouvoir et les plateaux médiatiques, sans égard aucun au sort de leur parti ou ce qu’il en reste.

 Sur un autre plan, un conflit d’agenda a stigmatisé puis lézardé le parti. L’onde de choc a divisé encore plus la base. En effet, certaines pontes du CPR étaient tellement inféodées au mouvement Ennahdha qu’aucune ligne de démarquage n’était visible ou possible. Par contre, il y a ceux qui ont rejeté et fustigé cette ligne. Cette guerre des ailes a fragilisé le CPR avant de le liquider.  Avoir accepté ce rôle de sous-fifre et de vitrine a donné au  du CPR l’image d’un parti laquais, vassalisé, appendice du mouvement Ennahdha, situation que nombreux adhérents, au sommet comme à la base, n’ont pas goûté ni digéré. Malgré les remous, les protestations  et les signes de craquement, aucun recadrage, redéfinition ou changement de cap n’ont été entrepris. On a laissé le CPR moisir jusqu’à la désintégration.

 Juste un dernier mot : Est-ce par hasard que les deux autres partis, composant la Troïka, à savoir le CPR et Ettakatol, affrontent les mêmes vicissitudes et mangent le même pain noir ? N’y aurait-il pas une main invisible qui se serait démenée pour creuser davantage les distances, corser encore plus les dissensions internes et contribuer ainsi à affaiblir définitivement ces deux partis. Après tout, une coalition avec une tête et deux épaules présente plus d’attrait et de marge de manœuvre pour le parti dominant qu’une alliance tricéphale équilibrée.  A qui profite le crime ?!


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