Tunisie : Cumul de mandats, le grand piège à Youssef Chahed !


YC

 

Dans un coup de théâtre et un tour de force, dignes d’un parti stalinien, que Hafedh Caïd Essebsi (HCE) a réussis en réunissant ses fidèles, à l’exclusion de tout autre leader de Nida Tounes (NT), pour plancher et prendre une décision aussi grave de signification que lourde d’impact, à savoir, ouvrir le comité politique aux membres du gouvernement de NT et placer le chef du gouvernement, Youssef Chahed, à la tête de  l’instance dirigeante du parti . Le clan opposé, mené par Ridha Belhaj, Khemais Kssila et autres grandes figures en ont fait un tollé, levant les boucliers et dénonçant le cavalier seul de HCE et de ses compères. Outre leur exclusion, ils ont fustigé le cumul, qui ne manquera pas de plomber les ailes du gouvernement, son chef en premier, et d’adresser un message négatif aux tunisiens, sans compter qu’il est de nature à transférer la crise interne de NT au gouvernement.

Pour HCE et ses acolytes, la double casquette constitue un soutien politique au gouvernement, outre qu’il est conforme aux pratiques des démocraties classiques où le chef du parti majoritaire prend  automatiquement les rênes de l’Etat. Soit ! Cependant, dans les démocraties classique, le cumul de mandats, notamment quand le poste de chef de l’Exécutif en fait partie, est refusé. A titre illustratif, Manuel Valls, premier ministre français, n’a pas de fonction prépondérante au sein du Parti Socialiste, sauf en sa qualité de membre du bureau national et du conseil national. Il n’a jamais été secrétaire général de son parti. En tout état de cause, Youssef Chahed est le chef de gouvernement de tous les tunisiens, sans exception. Sans quoi, il pourrait être perçu comme tout juste le chef de gouvernement de NT.

Pour quel motif adopter une telle décision ? Le timing est-il fortuit ? Pourquoi n’avoir pas cherché à en débattre d’une manière élargie et inclusive et à en aboutir à un consensus engageant tous les clans ?! Après tout, une telle décision concerne le parti dans son ensemble et non une frange quand bien même elle en est au sommet. Mettre le frère ennemi, allié d’hier, devant le fait accompli ne fait que fragmenter davantage un parti déjà au bord de l’implosion. Et ce n’est là qu’un doux euphémisme tant la descente aux enfers de NT est consommée. Ne pas oublier que Youssef Chahed n’a guère fait ses preuves, au moment de la crise de NT,  quand il a il présidé le groupe des 13, précipitant la scission de Mohsen Marzouk et ses partisans.

Il n’est pas exclu que l’idée de cumul soit une manœuvre pour accrocher des boulets au pied de Youssef Chahed et de son gouvernement. Dans ce cas, certes hypothétique, quelles en sont la raison et la finalité ?! Il n’est pas là question de procès d’intentions, mais la question s’impose d’elle-même tant l’idée soulève toute sorte d’interrogations sur sa pertinence et sa plus-value, compte tenu de la mission première de Youssef Chahed de sortir le pays de l’ornière et de la mener à bon port, ce qui nécessite une disponibilité de tous les instants et une mobilisation à toute épreuve. Une fonction dont Youssef Chahed devrait faire preuve de suffisamment de lucidité pour se passer. Il ne peut tirer son épingle du jeu sur deux fronts.

Ceci dit, à se demander comment et pourquoi Youssef Chahed aurait-il accepté d’enfiler la tunique partisane alors qu’il préside un gouvernement confronté à une situation de chaos économique et social et appelé à lancer des chantiers aussi vastes que complexes. On n’a pas entendu Youssef Chahed se prononcer sur ce sujet, peut-être qu’il réfléchit encore ou qu’il attend le bon moment pour rendre public son accord, mais, d’un autre côté, et comme l’assène l’adage, à juste titre d’ailleurs, « qui ne dit mot consent”. Toujours est-il que, dans le difficile contexte national, le cumul reste un handicap, une chape de plomb pesant sur ses épaules. Il est toujours inconfortable de s’asseoir entre deux chaises, qui plus est entre un Etat en difficulté et un parti en déconfiture. Deux instances en perte de vitesse qu’il serait autant impossible qu’inapproprié de mener de front simultanément. Gestion vouée à l’échec.

Aurait-il cédé aux injonctions de Carthage ? Auquel cas, les doutes sur sa soumission aux ordres du président de la république Béji Caid Essebsi (BCE) s’en trouvent confirmés. A moins que Youssef Chahed ne se soit senti suffisamment fort pour assurer le cumul et faire la part des choses entre les deux missions. Il y a lieu de signaler que ce n’est pas une question de capacité ou de compétence mais de perception. Le cas échéant, il s’agit d’un mélange de genres, d’un premier pas vers l’Etat-parti, de triste mémoire. On ne peut résoudre les problèmes d’un parti, autant légitime qu’il soit, sur le dos de l’Etat. Dans l’environnement actuel tunisien, le double mandat est une vase de transmission des crises, de part et d’autre.

 


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