Tunisie – De quoi accouchera La vénérable Dame ?


C’est l’histoire d’une dame respectable et respectée par tous ceux qui la connaissent. Elle sortait d’un divorce qui fut tumultueux. Elle était fragilisée, et déçue de ce qu’elle venait de vivre. Mais elle était tout de même pleine d’espoir en l’avenir.

Perdue qu’elle était, elle s’est laissée aborder par un Emir, aux intentions douteuses, et aux dents longues. Emportée par l’égarement et par l’attrait de la fortune de l’Emir, elle se jeta dans ses bras, elle se jeta dans ses draps.

Quelques semaines après, la vénérable Dame se retrouva enceinte. Elle ne pouvait pas cacher cette joie, de ce qu’elle portait dans ses entrailles. Ce bébé conçu, il est vrai, dans un moment d’égarement, allait changer sa vie. Il allait être l’avenir dont elle avait tant rêvé. Ce sera un beau bébé tout beau tout rose, alliant la noblesse de la mère au pouvoir du père. La vénérable Dame répétait à qui voulait l’entendre qu’elle aimerait que ce soit une fille qu’elle prénommerait « Yasmine ».

Tout le monde dans son entourage était content pour elle. Tout le monde venait congratuler et voulait partager avec elle ce bonheur. Tout le monde aussi, voulait être le parrain de cet être porteur d’espoir.

Les semaines passant, la vénérable Dame commençait à sentir cet être qui commençait à s’agiter en elle. Ses rotations, ses soubresauts, trop violents, sont-ils normaux ? Le doute la prit, l’angoisse l’étrangla ; elle appréhendait de donner vie à un être malformé, malade, condamné.

Son inquiétude gagna, aussitôt, son entourage. Jadis heureux et enthousiastes, ceux qui venaient aux nouvelles rentraient interloqués. Pauvre Dame, qu’a-t-elle fait pour mériter un sort pareil. Tout le monde s’alarmait. Tout le monde devenait sceptique quant à la santé du bébé à venir. Tout le monde, sauf le géniteur, qui était tellement fier d’avoir « disposé » de la Dame aux grands airs, qu’il s’en foutait du destin de l’enfant et qu’il continuait à renier qu’il l’avait gratifié d’une calamité.

Puis vint l’accident qui mit le feu aux poudres. La vénérable Dame s’est mise à saigner. Elle était affolée. Il faut dire qu’elle ne s’était jamais habituée à cela. Elle a bien eu des douleurs çà et là, des maladies « de tout le monde », mais jamais, elle n’avait saigné de cette façon.

Vite, les praticiens accoururent d’Europe, d’Amérique, de Turquie, de partout. Ils étaient affolés, ils ont fait leur diagnostic, qui tomba tel un couperet : La Dame portait en elle un être difforme, hideux, à la limite dangereux.

Il fallait agir, et agir vite. Les meilleurs experts  furent invités à son chevet, on lui donna des conseils, on lui prescrit des médicaments, on opéra des manipulations, on parla même au père… Ils ont fait ce qu’ils ont pu. Mais le résultat n’était pas garanti. Toutes ces manipulations pourraient modifier les choses et transformer le hideux fœtus en une adorable petite fille, belle comme le jour, comme elles pourraient aggraver encore plus le tableau et donner naissance à un monstre. Un ogre, qui pourrait à la limite manger sa mère.

Il ne restait plus qu’à attendre. Attendre et espérer.

Et voilà que ce soir d’hivers, la vénérable Dame se sentit envahie par les premières contractions. Elle qui attendait avec tellement d’espoir et de bonheur, ce moment, elle se surprit à redouter cet instant. Elle était étranglée par l’angoisse, l’angoisse de l’inconnu, l’angoisse des lendemains qui déchantent. Et cette hantise la poursuivra tout au long du travail qui trouve un malin plaisir à s’étirer comme une nuit sans fin. Elle a peur, la vénérable Dame de donner vie à un monstre, qu’elle devra, elle le redoutait, devoir affronter toute seule, vu qu’en ces moments là, les amis se font rares.

Qu’elle est loin du bel espoir d’un poupon nommé « Yasmine » !

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