Tunisie : Le péril noir et l’imminent chaos !


Depuis de longs mois, les voix n’ont cessé de s’élever, hautes et fortes, pour attirer l’attention sur la menace que présentaient les salafistes djihadistes contre notre modèle de société et notre organisation socioculturelle et notamment pour demander au gouvernement d’assumer ses responsabilités tout simplement en appliquant la loi et en sévissant de main de fer en cas de dérapage.

Mais depuis des mois, les démonstrations de force et les opérations coup de poing prolifèrent, montant chaque fois d’un cran, sans que le gouvernement ne sourcille. Celui-ci, bouché à l’émeri, ne l’a jamais entendu de cette oreille, au mépris même de l’ordre et de la légalité, préférant la complaisance à la fermeté et l’impunité à la justice, pour des raisons bassement politiques et électorales. Une posture de franche mansuétude, voire de souterraine complicité, qui risque à terme de faire plonger le pays dans le désordre, qui sera loin d’être créatif le cas échéant.

Comment comprendre l’assaut de l’ambassade américaine ?

L’invasion sanglante de l’ambassade américaine n’a-t-elle pas montré la complaisance et l’incompétence de notre gouvernement ? D’aucuns ont franchi le pas pour épingler l’anguille sous roches et relever la responsabilité, pleine et entière, de notre Ministre de l’Intérieur, coupable d’une part de n’avoir rien vu venir alors que tout le monde savait à l’avance qu’il y aurait grabuge et casse (gouverner c’est prévoir disait l’adage),  et d’autre part, de n’avoir pas, à titre préventif et dissuasif, dressé à temps un périmètre de sécurité autour de l’ambassade américaine. Comment justifier cette lourde défaillance? Pour ma part, je suggère qu’il y aurait eu tractations et compromis entre le Ministère de l’Intérieur et les leaders salafistes que ces derniers, pour des raisons obscures, n’auraient pas respectés. Ce qui expliquerait  la recherche effrénée d’Abou Yadh juste après les évènements de sinistre mémoire et la descente de la police à son domicile. Sinon, pourquoi brusquement Abou Yadh qui se la coulait douce jusqu’ici était devenu l’ennemi public numéro un et l’homme le plus recherché en Tunisie ?

L’assaut de l’ambassade américaine a relevé, en particulier, la désarticulation des forces de sécurité. La coordination entre la police, la garde nationale et l’armée bat de l’aile. D’ailleurs, nos forces de sécurité ont été mises à l’index par certains médias et hommes politiques étrangers, affirmant, avec un ton nuancé, que la Tunisie n’est pas en mesure de sécuriser et protéger une mission diplomatique. Une autre question : Pourquoi  la sécurité présidentielle s’était emmêlée et déployée ? Ceci ne prouve-t-il pas la dislocation et le cloisonnement des trois départements précités ?

En outre, selon des indiscrétions qui restent quand même à confirmer, le Ministre des Affaires Religieuses aurait rencontré, le matin même, l’ambassadeur américain pour l’assurer que les manifestations seraient sans dégâts et lui vendre ainsi l’arrangement conclu avec les leaders salafistes. Je m’empresse de préciser que loin de moi l’idée d’accuser qui que ce soit, je partage seulement des informations recueillies ci et là, qui plus est rapportées au conditionnel, à la charge de quiconque de démentir s’il y a lieu.

Quelque soit le scénario et le deal en coulisses, il y a eu manquement à différents niveaux et stades. Et quel conclusion tirer quand nous lisons que la Coalition syndicale de la Garde nationale et le Syndicat des agents de la direction générale des brigades d’intervention ont réclamé, dans un  communiqués, « l’ouverture d’une enquête sur ce qu’ils considèrent comme «l’échec du plan sécuritaire» ainsi que le suivi «du sort des détenus arrêtés lors des violences et de faire face à toute tentative de les libérer et d’empêcher, ainsi, toute possibilité qu’ils jouissent de l’impunité« . Les policiers sont mieux placés pour savoir les véritables dessous de la triste affaire et s’ils demandent l’ouverture d’une enquête et le blocage de toute possibilité d’impunité pour les casseurs, c’est qu’ils ont bien de motifs d’agir de la sorte. Comme quoi, les syndicats en question, d’abord pointent le doigt sur leur ministre et ensuite, lancent des accusations, à peine voilées, à l’encontre d’un gouvernement trop conciliant et trop calculateur.

Le péril noir est rampant !

Que faut-il pour que le gouvernement remue un orphelin cil et lève un traitre petit doigt ? Un bain de sang ? Une boucherie ? Tout compte fait, nous n’en sommes pas vraiment loin, nous frôlons le carnage à chaque incident. L’irréparable est désormais imminent, nous le voyons venir à grandes foulées. Le souffle de terrorisme rythme nos pas et alimente nos craintes à tout instant. Personne n’est à l’abri, encore moins le gouvernement. Face à la suspecte démission de ce dernier, que nous faut-il faire ? Mettre sur pied des brigades civiles de sauvegarde ? Nous ruer vers l’autorisation de port d’armes et les stands de tir ? Nous prémunir de bombes paralysantes ou de pistolets à gaz asphyxiant ? La société devrait-elle constituer sa propre armée  de défense et légitimer ainsi la violence pour prévenir et combattre les cavaliers de la terreur. Certains diraient que nous n’en sommes pas là. Peut-être mais pour combien de temps ?!

L’exemple algérien est là pour enseigner que les années de braise traversées douloureusement par l’Algérie ont commencé de la sorte. Une myopie gouvernementale en termes de politique sécuritaire et d’anticipation, conjuguée à une montée en puissance des salafistes djihadistes,  a fait basculer le pays dans le drame et le chaos. Le ver est désormais dans le fruit, plus il s’en nourrit plus il croît. Pour sauver le fruit, il faut neutraliser puis extirper le ver. A défaut d’une réaction vigoureuse et impartiale du gouvernement, le scénario algérien ne serra pas une vue de l’esprit. Bien sûr, il ne s’agit pas là d’appel à l’extermination, loin s’en faut, mais d’application stricte et sévère de la loi. Il n’est pas question de les réduire en silence, bien au contraire, ils ont après tout le droit de faire valoir leurs opinions, la liberté d’expression et de conscience n’étant point divisible ou exclusive.

Toutefois, semer la désordre et la terreur,  faire l’apologie de la violence, faire preuve d’arbitraire ou d’ostracisme, user de l’excommunication, accuser d’apostasie, vouloir imposer par la force un modèle de pensée  ou une grille de lecture sectaire sont tout autant d’actes à condamner et à sanctionner car à contre pied de toute notion humaine . La liberté d’expression n’est aucunement synonyme de liberté d’action ou de réaction. La différence est à la fois un droit et une richesse.

Le grand parrain Rached Ghannouchi ne manque aucune occasion pour réduire le péril noir à la portion congrue, indiquant par ici que les salafistes djihadistes sont nos enfants, acteurs intégrant l’environnement politique et culturel national, signalant par là qu’ils sont porteurs d’un projet culturel et, à ce titre, sont contre le désordre et la violence. De qui se moque-t-il ? Présenter des partisans de la discorde, de la violence et du bannissement en enfants de chœur suggère que les salafistes de tous camps constituent, à ses yeux, un gisement électoral et un bras armé qu’il peut instrumentaliser, manipuler dans son obsessionnelle quête de rester au pouvoir ad vitam æternam. Et les intérêts majeurs de la Tunisie ? Nous pouvons repasser !

Qu’on le veuille ou non, et n’en déplaise aux temporisateurs de dimanche, le « péril noir » investit et infeste les strates de la société tunisienne, rampant, fourbe et tonitruant, le verbe au vitriol et le geste meurtrier. Les nouveaux Khawerej, longtemps terrés et tapis dans les replis de leur caverne, telles des cellules cancéreuses dormantes, fourbissant leurs armes et leur haine, ont surgi avec fracas pour nous remettre sur le droit chemin, nous les égarés de tous bords, nous réapprendre l’Islam et nous guérir de nos furoncles modernistes, à coups de fatwa et de sabre s’il le faut.


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