Politique

Affaire des délégués: « ils ne sont là que pour préparer le terrain aux partis politiques lors des prochaines élections municipales »

 tahri

Depuis deux semaines, plusieurs manifestations ont eu lieu dans différentes régions de la Tunisie à l’instar de Djerba Midoun et Meknassi suite à la nomination de nouveaux délégués. En effet, ces nominations ont concerné 144 délégations et elles ont été décidées d’un coup.

Dans ce cadre, l’UGTT a appelé dans un communiqué publié le 2 février 2017, à une révision de ces nominations afin de « préserver la transparence et la valeur du poste de délégué mis au service des citoyens ». L’union a ajouté qu’il faudrait absolument  «éloigner ce poste des influences et exploitations politiques en relation avec les élections municipales prochaines ».

Toujours concernant les interactions officielles, Mouhamed Troudi, du Mouvement Projet de la Tunisie a déclaré  que “c’est la première fois dans l’histoire de la Tunisie qu’un mouvement de délégués ne soit pas annoncé officiellement”. Il a de même critiqué le niveau des délégués désignés. Le même point a été évoqué par le député Ammar Amroussia du Front National, celui-là, a attiré l’attention sur le fond de ces nominations qui se basent sur les quotas politiques plutôt que sur les compétences. Il a affirmé : “C’est une préparation des élections municipales avant l’heure”, soulignant la nécessité de réviser les noms.

Par ailleurs, le Chef du gouvernement semble « tenir » à ses délégués en affirmant aux médias que ces nominations sont irrévocables. Nous sommes pourtant en droit de nous demander si ces délégués sont en mesure de remplir leurs rôles respectifs auprès des habitants de leurs délégations.

Avec les protestations qui se multiplient, l’affaire des délégués a pris de l’envergure, devenant synonyme de la primauté des intérêts politiques au détriment des intérêts citoyens et régionaux dans un pays où l’on « dénigre la notion de l’Etat ».

Certains délégués ont alors cédé à la pression en avançant leurs démissions. Parmi eux, le délégué de Meknassi, un partisan de Nida Tounes qui fût gardien d’une école, a présenté sa lettre de démission bourrée de fautes de grammaire et d’orthographe. Cette dernière a été publiée sur la page officielle de Samir Elwafi. Le journaliste d’El Hiwar n’a pas manqué de qualifier le niveau du délégué de « lamentable » et qui de plus dévoile selon lui l’étroitesse de la vision des partis politiques malgré la délicatesse de la situation tunisienne.

Pour revenir plus en détails à cette affaire, nous avons interviewé le 14 février 2017 le secrétaire général adjoint de l’UGTT chargé des médias et de la communication, en lui demandant la position de l’Union, deux semaines après les nominations. Sa réponse était la suivante : « Nous avons longtemps discuté avec plusieurs parties concernant cette question, et nous sommes parvenus à relever un bon nombre d’infractions dans ces nominations. Elles privilégient dans son ensemble les intérêts des partis politiques surtout ceux au pouvoir et cela, au détriment des intérêts des citoyens ».

Toutefois, Tahri a considéré qu’il n’est pas illégal de désigner des délégués ayant une appartenance politique bien distincte à condition de respecter les critères des qualifications, de l’expérience et de la capacité directionnelle surtout en temps de crise. Il a d’ailleurs affirmé : « nous avons découvert que certains délégués ne répondent pas aux critères du niveau scolaire, ils n’ont pas le minimum de qualifications… nous avons l’impression qu’ils ne sont là que pour préparer le terrain à leurs partis politiques lors des prochaines élections municipales… à la lumière de ces faits, nous avons attiré l’attention du gouvernement  sur la nécessité de réviser les nominations et d’assurer l’impartialité de l’administration ».

Le syndicaliste a particulièrement  insisté sur l’obligation de garantir l’impartialité de l’administration en tant qu’institution publique pour aboutir à des élections transparentes et protéger les droits des citoyens.

Concernant enfin le droit au vote qui serait accordé aux militaires et aux agents sécuritaires, Tahri a estimé que c’est un droit qui consacre la notion de citoyenneté. Néanmoins, il s’est demandé quelles conséquences pourraient avoir l’officialisation d’un tel droit : “ ils pourraient après devenir candidats, et d’ailleurs pour qui pourraient-ils voter ? Ils peuvent aussi être sujets à des attractions politiques…  Je pense honnêtement que pour l’instant, ce droit soulèverait plus de problématiques qu’il n’en ressouderait, il pourrait avoir à l’heure actuelle une influence négative sur les élections et la démocratie”.

Pour conclure, ces nominations rappellent en grande partie un retour à certaines pratiques de l’ancien régime qui favorisait la médiocrité tant qu’elle est loyale à sa politique au détriment de la compétence capable de servir les intérêts des citoyens.

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