International

Afrique du sud : pourquoi l’exercice naval avec la chine, la russie et l’iran fait polémique

    Au large de Cape Town, l’Afrique du Sud accueille un exercice naval qui dépasse largement le cadre d’un entraînement maritime classique. Prévu initialement pour novembre 2025, Mosi-3 a été reprogrammé du 9 au 16 janvier 2026, officiellement en raison de contraintes d’agenda liées à l’organisation du G20.

    Rebaptisé “Exercise Will for Peace 2026”, l’événement réunit la Chine, la Russie et, pour la première fois, l’Iran — un trio qui, vu depuis certaines capitales occidentales et une partie de l’opinion sud-africaine, envoie un signal hautement politique.

    Un exercice “militaire”, mais un message surtout diplomatique

    Sur le plan opérationnel, l’exercice est annoncé au large de Cape Town, avec une organisation où la Chine occupe un rôle de leadership, l’Afrique du Sud étant la nation hôte. Mais la controverse naît surtout de la manière dont l’initiative est présentée : l’exercice est parfois associé, dans la communication, à une dynamique de type “BRICS”.

    Or, dans les faits, les BRICS ne constituent pas une alliance militaire. L’étiquette “BRICS” ou “BRICS Plus” donne une portée symbolique à l’événement, et nourrit l’idée d’un bloc qui se structure face à l’Occident — même si le cadre reste celui d’une coopération navale ponctuelle.

    “BRICS Plus” : qui est réellement concerné ?

    Les communications autour de “BRICS Plus” évoquent, selon certaines sources, la présence ou l’association de pays comme l’Iran, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Indonésie et les Émirats arabes unis. L’Arabie saoudite aurait également été invitée, sans confirmation officielle de participation.

    Cette dimension “élargie” alimente la lecture géopolitique : l’exercice ne serait plus seulement une coopération triangulaire, mais une vitrine de réseaux d’alliances et de convergences, sur fond de recomposition mondiale.

    Un des points qui cristallise le plus de réactions : la participation annoncée de l’Iran marque une étape supplémentaire par rapport aux éditions précédentes. Mosi-2, en février 2023, avait déjà suscité des critiques du fait de la présence russe, dans un contexte fortement chargé par la guerre en Ukraine. Mosi-3 franchit un nouveau seuil en affichant un trio Chine–Russie–Iran perçu comme contestataire de l’ordre international dominé par l’Occident.

    D’un autre coté, Pretoria se retrouve, une fois encore, dans une position d’équilibriste. D’un côté, l’Afrique du Sud revendique une diplomatie de souveraineté et de partenariats multiples. De l’autre, accueillir un exercice associant la Russie (sous sanctions occidentales), la Chine (rival stratégique des États-Unis) et l’Iran (au cœur de fortes tensions régionales) est interprété comme un alignement implicite.

    L’arrière-plan économique : routes maritimes et ressources

    Au-delà du symbole, un autre facteur pèse : la géographie. Le canal du Mozambique est régulièrement décrit comme un point de passage stratégique pour les routes maritimes et une zone riche en ressources. Dans cette lecture, l’enjeu n’est pas seulement militaire : il est aussi géoéconomique.

    La présence navale et la coopération sécuritaire peuvent être vues comme une manière de sécuriser des flux, des approvisionnements et des intérêts liés aux hydrocarbures, aux minerais et aux ressources halieutiques.

    Dans plusieurs pays côtiers, des inquiétudes existent également sur l’impact économique local, notamment autour de la pression sur la pêche et des rapports de force entre flottes industrielles et acteurs locaux.

    Les objectifs supposés des trois partenaires

    Sans surinterpréter un exercice militaire, les lectures dominantes attribuent à chacun des participants des intérêts convergents :

    Pour la Chine, l’exercice s’inscrit dans une stratégie d’influence plus large : présence diplomatique, projets d’infrastructures, sécurisation de corridors maritimes et d’approvisionnements. Certains observateurs évoquent aussi un risque de dépendance financière des partenaires via des modèles de prêts et de grands chantiers.

    Pour la Russie, l’Afrique australe est souvent décrite comme un espace diplomatique permettant d’amortir l’isolement lié aux sanctions depuis 2022, en cherchant des relais politiques, des coopérations sécuritaires et des accès logistiques. Plusieurs épisodes régionaux sont cités dans ce contexte, dont l’échec d’un déploiement de Wagner au Mozambique en 2019 face à l’insurrection de Cabo Delgado, ainsi que des opérations d’influence attribuées à des réseaux russes à Madagascar. Des chiffres circulent également sur un projet de “garde prétorienne” de 300 mercenaires à 15 000 dollars par mois chacun (soit 4,5 millions de dollars mensuels) — des montants avancés dans un cadre d’allégations et de récits d’influence. Aux Comores, il est aussi question d’un projet d’ouverture d’une ambassade résidente à l’horizon 2026, signe d’une volonté d’ancrage diplomatique.

    Pour l’Iran, la participation est présentée comme une étape de rapprochement multilatéral et de démonstration de capacité de projection, avec une dimension affichée de protection des routes commerciales via l’escorte.

    La polémique ne s’éteindra pas avec la fin des manœuvres. Trois signaux seront particulièrement scrutés : la forme et la fréquence des coopérations à venir, l’éventuelle multiplication d’escales et de facilités portuaires, et l’évolution des équilibres diplomatiques entre Pretoria, Washington, Pékin et Moscou.

    En résumé, “Will for Peace 2026” n’est pas seulement un exercice naval : c’est un événement à forte charge symbolique, au croisement de la sécurité maritime, de la compétition d’influence et des intérêts économiques liés aux routes et ressources de l’océan Indien.

    Commentaires

    Que se passe-t-il en Tunisie?
    Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

    Top 48h

    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

    To Top
    SE CONNECTER