Le Japon traverse une zone de fortes turbulences financières depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle Première ministre Sanae Takaichi il y a six semaines. Surnommée par certains médias « la Thatcher du Japon », elle a lancé un vaste programme de relance budgétaire de 135 milliards de dollars, comprenant notamment des coupons de riz et des subventions au carburant, une mesure que la presse économique qualifie de « faible qualité » et qui serait paradoxalement responsable d’une partie de l’inflation actuelle.
Or, ce pari budgétaire intervient alors que le Japon est déjà le pays le plus endetté au monde, avec une dette publique équivalente à 230 % de son PIB. Une situation qui place Tokyo en porte-à-faux face aux marchés internationaux, faisant resurgir les spectres de la crise britannique provoquée par le gouvernement de Liz Truss en 2022.
Un marché obligataire sous tension : les taux atteignent leur plus haut niveau depuis 1997
Le signal d’alarme le plus spectaculaire vient du marché des obligations souveraines.
Le rendement des obligations d’État à 10 ans a bondi à 1,94 %, un niveau inédit depuis 1997. Cette hausse brutale illustre une perte de confiance croissante des investisseurs, dans un marché obligataire et privé qui pèse 12 000 milliards de dollars.
Pour Kawamura Sayuri, économiste en chef à l’Institut de recherche du Japon, les indicateurs convergent vers un risque réel de déstabilisation :
« Toutes les données pointent vers un ajustement financier douloureux si le gouvernement ne recule pas. Les coûts de la dette explosaient déjà avant ces nouvelles mesures. »
Malgré les injections budgétaires massives, le yen poursuit sa chute, flirtant avec 155 yens pour un dollar, un niveau considéré comme le plus faible en plus d’un demi-siècle. Il s’éloigne ainsi de son statut traditionnel de valeur refuge pour se rapprocher du comportement de monnaies émergentes.
Risque systémique : fuite des capitaux, triple chute et mesures d’exception
Plusieurs analystes mettent en garde contre un scénario extrême que redoutent désormais les investisseurs internationaux :
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chute simultanée des actions,
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chute des obligations,
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chute du yen,
accompagnée d’une fuite accélérée des capitaux hors du Japon.
Selon les analystes de Nomura, l’accumulation des tensions pourrait forcer le gouvernement à envisager des mesures exceptionnelles, jamais vues depuis l’après-guerre :
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taxe exceptionnelle sur la richesse,
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gel des dépôts bancaires,
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plans d’austérité sévères.
Ces scénarios jugés extrêmes deviennent envisageables depuis que le gouvernement a renoncé à son objectif d’excédent budgétaire primaire, un tournant majeur par rapport à la tradition d’orthodoxie financière du Japon.
La fin d’un modèle ? Le Japon, d’émetteur fiable à source potentielle de contagion
Pendant plus de trente ans, les marchés ont considéré que la dette japonaise était sûre, protégée par un fort taux d’épargne domestique et par un environnement de taux d’intérêt quasi nul.
Mais l’inflation et la sortie progressive du taux zéro bouleversent les équilibres.
Le Fonds monétaire international prévoit que les paiements d’intérêt sur la dette :
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doubleront d’ici 2030,
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seront multipliés par quatre d’ici 2036.
La question posée par les économistes est désormais claire :
Le Japon approche-t-il d’un point de rupture ?
Le seuil symbolique des 2 % sur les obligations à 10 ans est scruté de près. Si cette limite est franchie, la Première ministre Takaichi pourrait être contrainte à un virage politique rapide – ou le système financier mondial pourrait encaisser un choc majeur.
Selon « The Telegraph », le Japon est peut-être en train de passer du rôle de créancier mondial stable à celui de risque systémique, susceptible d’exporter la crise au lieu d’amortir les chocs internationaux.
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