Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a officialisé sa demande il y a 2 jours, aussitôt demandé aussitôt fait. Enfin, on suppose que les tractations ont commencé bien avant mais dans la plus grande discrétion, ces choses-là ne se dégoupillent pas en quelque heures. En diplomatie la magie n’existe pas. Toujours est-il que l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, dont la condamnation à 5 ans de prison ferme avait enflammé les relations avec Paris, a été gracié et atterrira en Allemagne pour des soins médicaux.
Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, « a répondu favorablement » à la requête de son homologue allemand, « concernant l’octroi d’une grâce en faveur de Boualem Sansal », lit-on ce mercredi 12 novembre dans le communiqué officiel. « Cette demande a retenu son attention en raison de sa nature et de ses motifs humanitaires », a indiqué la présidence algérienne, en ajoutant que « l’Etat allemand prendra en charge le transfert et le traitement » de M. Sansal (âgé de 81 ans, il souffre d’un cancer).
En France la nouvelle enchante, les autorités apprécient à sa juste valeur ce signe de décrispation avec Alger, un de plus, après des mois de passes d’armes. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a pris la parole au Parlement, a fait part de son « soulagement » et les avocats français de Sansal se sont dits « heureux que l’humanité ait prévalu sur toute autre considération » en arguant que son sort « devait être dissocié des aléas diplomatiques ».
Cette affaire aurait certainement pu être soldée depuis des semaines voire des mois. En effet dès mai 2025 le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, avait directement plaidé la cause de l’essayiste auprès de son homologue algérien. Les mots étaient puissants et devaient conduire à une désescalade. Mais voilà, l’incendiaire en Chef, l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, s’est évertué à fracasser le frêle rapprochement.
Les choses vont nettement mieux entre la France et l’Algérie depuis que la Place Beauvau a changé de patron, en la personne de l’ex-Préfet de Police de Paris, Laurent Nunez. La libération de Sansal, après une année de détention, devrait accélérer le mouvement vers une détente totale. Ceux qui faisaient feu de tout bois pour envenimer la situation devront trouver autre chose…
Rappelons que le fils de l’ancien président Nicolas Sarkozy, Louis, était allé jusqu’à proposer d’incendier l’ambassade d’Algérie à Paris si Sansal ne sort pas de prison immédiatement. Puis il avait dégainé l’idée de solliciter le président américain Donald Trump pour forcer Alger à rentrer dans les rangs. Et que dire des propos délirants de l’ancienne ministre Noëlle Lenoir, présidente du Comité de soutien à l’écrivain franco-algérien.
Tout ça c’est terminé, la voix de la raison et aussi des intérêts supérieurs l’a emporté, on ne peut que s’en réjouir. Lecornu a formulé le souhait que Sansal « puisse rejoindre ses proches au plus vite » et « remercié du fond du coeur celles et ceux qui ont contribué à cette libération, fruit d’une méthode faite de respect et de calme ».
Le 1er juillet dernier la Cour d’appel d’Alger avait confirmé une peine de 5 ans de prison pour l’écrivain, un verdict tombé en première instance le 27 mars 2025. Le chef d’accusation était lourd : « atteinte à l’unité nationale ». L’essayiste a été rattrapé par ses propos détonants d’octobre 2024, dans le média français d’extrême droite Frontières. Il y disait que l’Algérie avait hérité sous la colonisation française de territoires – comme Oran et Mascara – appartenant précédemment, d’après lui, au Maroc.
Mais après sa condamnation Sansal a eu la sagesse de ne pas se pourvoir en Cassation, pour garder ses chances d’obtenir une grâce du président algérien. C’est ce qui a permis au président allemand de le tirer d’affaire, un dénouement qui permet aussi à Alger de sortir par le haut de cette épineuse affaire. Donc tout le monde est content.
Steinmeier avait souligné le fait qu' »un tel geste serait l’expression d’une attitude humanitaire et d’une vision politique à long terme (…). Il refléterait ma relation personnelle de longue date avec le président Tebboune et les bonnes relations entre nos deux pays ». Donc cette affaire aura des suites, avec Paris mais également avec la première économie européenne, l’Allemagne.
Dans un long entretien en septembre dernier, le chef de l’Etat algérien annonçait un déplacement à Berlin à la fin de cette année ou au début de 2026. Mais aucune date n’a été indiquée depuis. On attend aussi les prochains développements avec la France…
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