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Algérie-Maroc : Après les échecs du Qatar et de l’Arabie saoudite Witkoff pense pouvoir arracher la Paix en 60 jours…

    Les succès très relatifs du président Donald Trump à Gaza (même s’il claironne que la guerre est définitivement terminée) donnent des ailes à Washington. La Maison-Blanche n’en a pas terminé avec la Russie et l’Ukraine (rappelons que Trump avait promis de clore la guerre en « 24 heures« , puis c’est devenu « 6 mois« , etc. etc.), elle attaque déjà un autre morceau, très gros, un os très dur : le Maroc et l’Algérie. L’Envoyé spécial de Trump pour les dossiers chauds, l’homme d’affaires Steven Charles Witkoff, est d’avis qu’il est tout à fait possible de faire signer un Pacte de Paix aux deux voisins dans un délai de 60 jours…

    Ce que dit Witkoff n’engage que lui. L’homme de confiance du président américain, qui soit dit en passant n’avait pas une once d’expérience diplomatique, est convaincu de pouvoir y arriver. Il a fait cette confidence dans un entretien avec CBS diffusé hier dimanche 19 octobre, flanqué du beau-fils de Trump, Jared Kushner. Il a déclaré que ses collaborateurs s’activent sur un projet de rapprochement entre Rabat et Alger, et qu’au regard des pourparlers enclenchés cette échéance de 60 jours est très réaliste.

    Witkoff s’avance parce que les USA ont de très bonnes relations aussi bien avec l’Algérie – dans des tas de secteurs – qu’avec le Maroc. Est-ce que pour autant cela autorise le diplomate en Chef des Etats-Unis (ce n’est pas le très placide Marco Rubio, c’est bien Witkoff) à marcher sur ce terrain très piégeux ? Trump, qui prétend avoir stoppé 8 guerres – en attendant l’Ukraine -, a-t-il les moyens de son ambition, fût-il l’homme le plus puissant du monde ?

    Ce qu’on sait c’est que l’Algérie et son voisin ont rompu tout lien diplomatique depuis août 2021 et bouclé leurs frontières depuis des décennies. Rien ne passe. Tout ce qui a été fait depuis pour ramener les deux chancelleries à de meilleurs sentiments a échoué. Même le Qatar, qui est sans doute le meilleur intermédiaire de la planète, s’y est cassé les dents

    Il y a moins de 2 semaines le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a diplomatiquement fermé la porte aux bons offices de l’Arabie saoudite pour rabibocher Alger et Rabat. Alors qu’est-ce que Witkoff a dans sa besace pour être persuadé qu’il est capable de réussir là où tout le monde a échoué ? Mystère. A moins que ce soit un engagement lâché comme ça, comme les promesses mirobolantes sur la paix en Ukraine…

    De telles envolées ont l’avantage de consoler le président Trump du Prix Nobel de la Paix que le Comité lui a refusé. L’idée pourrait être également de convaincre ces centaines de milliers d’Américains qui manifestaient hier que leur président n’est pas le monstre qu’ils décrivent, que c’est un « pacifiste » épris de justice (il est permis d’en douter). Le fait que cette interview soit diffusée le jour même où les villes américaines s’agitaient n’est pas anodin.

    Mais il faudra plus que des « exploits » à l’international pour amadouer des citoyens américains réputés pour leur désintérêt pour les grands dossiers du monde. L’autre gros écueil pour Witkoff et son équipe c’est qu’ils évoluent sur un terrain miné par des contentieux lourds tels que le Sahara occidental. Sur ce dossier ni Alger – le premier soutien des indépendantistes sahraouis – ni Rabat ne veulent céder le moindre centimètre, ils renvoient à un cadre de l’ONU qui jusqu’ici n’a pas permis de démêler la situation.

    Il n’y a pas que ça, même si personne ne le crie sur les toits il y a aussi la différence d’approche fondamentale (j’ai édulcoré la réalité volontairement) sur Israël et la Palestine. Le Roi Mohammed VI joue sur les deux tableaux en ayant les liens que l’on sait avec Tel-Aviv mais en ayant aussi le statut de Président du Comité Al-Qods, alors qu’Alger est résolument du côté de la Palestine et le défend à chaque occasion.

    Bref, tout cela fait un gap que Washington, en dépit de sa puissance et son pouvoir de coercition, pourra difficilement surmonter. Mais nous voudrons bien accorder à Trump et Witkoff le bénéfice du doute. Nous voudrons bien parce que ce différend, qui après tout n’est pas insurmontable au regard des dossiers sur la table (de ce point de vue l’Envoyé du président américain a raison), fait trop de victimes : les deux peuples voisins, les économies des deux pays, de tout le Maghreb arabe et au-delà.

     

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