Depuis la libération de l’écrivain Boualem Sansal, pour « raison humanitaire », l’épineux dossier franco-algérien attend des choses qui ne viennent pas. Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait annoncé dans la foulée de cette décrispation, après des mois de tension extrême, qu’il se rendra à Alger. Aucune confirmation officielle, des deux côtés. Le président français est passé à autre chose depuis, ses combats de coq avec son homologue américain. Emmanuel Macron qui claironnait fin février 2025 : «J’ai bien entendu les mots du Président Tebboune et je souhaite qu’il y ait maintenant un travail de fond qui soit réengagé au service de nos intérêts des uns et des autres, avec exigence, respect, engagement»…
Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, est devenu aphone sur le sujet depuis sa visite fructueuse à Alger en avril 2025. Il ne reste que Ségolène Royal. L’ancienne ministre socialiste et présidente de l’Association France-Algérie (AFA) est chez le président Abdelmadjid Tebboune depuis lundi dernier. En février 2025 Alger l’avait citée – avec l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin – parmi les personnalités françaises outillées pour aider au dégel entre les deux pays liés par le poids de l’histoire. Mme Royal a répondu à l’appel.
Elle s’est exprimée sans détours dans un entretien diffusé par Canal Algérie hier mercredi 28 janvier dans la soirée, des propos aux allures de dernier avertissement avant que la France perde définitivement pied à Alger. L’ancien ministre a exposé ses pistes pour sortir par le haut de la crise. Elle a plaidé pour un sursaut entre les deux pays et a condamné les actes et calculs politiciens d’une frange de la classe politique française…
Suivez son regard, vers le pyromane en Chef, l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Mme Royal a conversé mardi dernier avec le président Tebboune. «Ça prouve d’abord que ce n’est pas lui qui a rompu le dialogue et que lorsque l’on vient avec respect et considération, ce dialogue peut se poursuivre», dit-elle au début de l’interview.
Pour la nouvelle présidente de l’AFA la coupable c’est Paris, elle illustre son propos par le fait que l’Algérie travaille très bien avec l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne, l’Espagne et ça cale avec l’Hexagone. «Cela prouve bien que c’est de la responsabilité de la France», a-t-elle martelé.
Elle est d’avis que l’ancienne puissance coloniale se cabre et éructe parce que «l’Algérie assume sa souveraineté nationale, choisisse ses alliés internationaux, décide le non-alignement, choisisse les valeurs qu’elle veut défendre». Cela ne l’empêche pas de parier sur une issue positive grâce au règlement du contentieux mémoriel…
Mme Royal a ajouté que des parties en France – dont le parti favori pour les prochaines élections – oeuvrent pour «mettre sous le tapis» ce dossier parce qu’ils ont besoin «de se trouver des adversaires pour pouvoir cristalliser des votes (…) Il faut reconnaître les faits de l’histoire, partager ce socle commun autour du ‘plus jamais cela’ et qu’il faut s’excuser et réparer. La première des réparations, c’est la restitution des biens culturels et des archives».
Selon elle la chose est «tellement simple qu’on se demande comment ça n’est pas encore fait». Elle souligne que d’autres pays tels que l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, ont sauté le pas, pas la France. «Il n’y a pas une hiérarchie des douleurs. La première douleur, c’est celle du peuple algérien qui s’est fait prendre son pays et qui s’est battu pour le libérer», a-t-elle ajouté.
La présidente de l’AFA s’est appesantie sur les aspects économiques, à noter qu’elle a débarqué en Algérie à l’invitation de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI). Les opérateurs des deux pays sont bien conscients que «la détérioration du climat politique entraîne la détérioration de la relation économique», déclare-t-elle…
D’abord il faut «dire ce que l’Algérie est devenue», «un pays qui a énormément évolué», avec plus de 10% de taux de croissance en 3 ans. Les deux pays peuvent nouer des partenariats très profitables mais encore plus pour la France, contrairement aux contre-vérités véhiculées par certains. Elle promet qu’à son retour à Paris elle dira haut et fort qu’«un jour, ce sera trop tard» pour la France en Algérie.
Elle est convaincue que «la diversification des investissements aura lieu, sans la France, et même avec un certain regret des entrepreneurs algériens qui ont envie de ce partenariat». L’Algérie est «une porte ouverte sur l’Afrique» et, présentement, «on s’occupe beaucoup du Groenland, pourquoi pas, et on ne s’occupe pas de l’Algérie et du continent africain (…) Je pense qu’il faut revenir à de la sagesse», soutient-elle.
Un mot sur le documentaire de France 2 qui a fait scandale en Algérie. Elle a révélé qu’elle a refusé de participer à ce reportage. «Quand j’ai vu le film, j’ai dit pas question que je vienne, et pas question que je vienne cautionner et (…) un sujet que je désapprouve totalement, qui est totalement injurieux pour l’Algérie», confie-t-elle…
«Imaginez qu’une télévision publique algérienne fasse un reportage comme ça sur Emmanuel Macron, imaginez ce que dirait la France. Comment est-ce que vous pouvez concevoir une chose pareille, où il n’y a pas un seul sujet positif ?», interroge-t-elle. Selon elle il aurait fallu réaliser un reportage dans les hôpitaux français où des médecins algériens portent les services d’urgence, sur la coopération économique ou sur les jeunes cadres algériens dans les entreprises françaises.
«En bien non, ils n’ont fait que des reportages à charge et souvent mensongers en plus», déplore-t-elle, en soulignant que le tournage a débuté quand Retailleau était à la Place Beauvau. «Donc, ça ne m’étonne pas. Je pense qu’il a été orienté» pour «disqualifier les binationaux (…) Le mécanisme qui consiste à disqualifier les élus binationaux, à injecter ce petit poison du soupçon d’ingérence, c’est signé. D’autre part, comme par hasard, c’est à deux mois des élections municipales, voilà la réalité», martèle Mme Royal.
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