D’importantes quantités de pluie se sont abattues sur le gouvernorat de Nabeul au cours des trois dernières semaines, provoquant des inondations, des crues et une saturation des sols. Ces intempéries ont entraîné de lourds dégâts matériels et agricoles, causant des pertes considérables pour les agriculteurs de la région.
Dans une déclaration à Tunisie Numérique, Imed Bey, président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche, a détaillé l’ampleur des dommages, les secteurs affectés ainsi que les superficies concernées.
La production de fraises durement frappée
Le secteur de la fraise, pilier de l’agriculture locale représentant 95 % de la production nationale, figure parmi les plus touchés. Malgré une réduction des surfaces cultivées cette année à 350 hectares, près de 200 hectares ont été affectés à des degrés divers, dont environ 40 hectares totalement détruits après avoir été submergés par les eaux.
Imed Bey a expliqué que le coût de production d’un hectare de fraises cultivées sous abri varie entre 120 000 et 200 000 dinars, ce qui laisse présager des pertes financières très importantes pour les exploitants. Ces dégâts devraient également entraîner une baisse de la production annoncée, estimée initialement à 12 400 tonnes, et une diminution de l’offre sur le marché, déjà perceptible ces derniers jours.
Il a par ailleurs appelé le ministère du Commerce à revoir le prix de vente du kilogramme de fraises, fixé d’abord à 10 dinars puis à 8 dinars, estimant que cette tarification est prématurée dans un marché régi par la loi de l’offre et de la demande.
La question des indemnisations en suspens
Concernant les compensations, le responsable a souligné que le fonds des calamités naturelles est principalement destiné aux grandes cultures, excluant d’autres filières telles que les arbres fruitiers et les légumes. De plus, l’accès à ces indemnisations est conditionné par l’adhésion au fonds, ce qui n’est pas le cas de la majorité des agriculteurs de la région.
Il a rappelé que des compensations n’avaient été accordées qu’exceptionnellement en 2018, à la suite d’inondations, avec un taux de dédommagement de 38 %. Aujourd’hui, de nombreux agriculteurs attendent des mesures de soutien, notamment des facilités de crédit, des aides financières et un prolongement des délais afin de pouvoir relancer la production.
Des dégâts importants dans les vergers d’agrumes
Les vergers d’agrumes n’ont pas été épargnés. De grandes quantités d’oranges sont tombées au sol sans que les agriculteurs puissent les récupérer, en raison des fortes pluies et de l’accumulation de boue, notamment dans les zones de Menzel Bouzelfa, Takelsa et Beni Khalled.
Par ailleurs, environ 12 000 mètres de systèmes d’irrigation goutte-à-goutte ont été endommagés, tandis que l’érosion des sols a parfois rendu méconnaissables les limites de certaines exploitations. Plusieurs puits ont également été obstrués par les sédiments.
600 hectares de cultures maraîchères affectés
La région de Nabeul, qui assure 54 % de l’approvisionnement du marché de gros en légumes-feuilles, a également subi des pertes importantes. Environ 600 hectares de cultures maraîchères ont été endommagés, un chiffre équivalent à celui des serres touchées, dont certaines ont été entièrement détruites.
Face au remplissage des barrages de la région, désormais à 100 %, l’Union régionale de l’agriculture appelle les autorités à lever l’interdiction antérieure de cultiver les légumes-feuilles, imposée durant les années de sécheresse.
Grandes cultures et apiculture également touchées
Selon Imed Bey, 1 600 hectares de grandes cultures ont été inondés, compromettant sérieusement la reprise des plantations et les rendements de la saison.
Le secteur de l’apiculture a lui aussi subi des pertes, avec environ 800 ruches détruites par les intempéries. Il a toutefois précisé que ces dégâts ne sont pas liés à l’usage de pesticides, les apiculteurs installant généralement leurs ruchers loin des zones traitées.
Mortalité dans les élevages avicoles
Enfin, les fermes avicoles ont enregistré la mort d’un nombre important de volailles en raison des pluies abondantes, du froid et des vents violents. Le responsable souligne que ces pertes représentent un coup dur, notamment pour les petits agriculteurs et les investisseurs du secteur.
Face à l’ampleur des dégâts, les professionnels appellent à des mesures urgentes pour soutenir les agriculteurs et préserver l’équilibre d’un secteur essentiel à l’économie régionale.
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