Arkadi Babtchenko ou le journaliste qui « ne vit que deux fois »

Voici une histoire digne d’un roman de Ian Fleming. Hier encore, le journaliste et écrivain russe Arkadi Babtchenko était déclaré mort par les autorités ukrainiennes. Pour des raisons obscures, il aurait été assassiné par « trois balles dans le dos dans la cage d’escalier de son immeuble, dans le quartier Dniprovski de la capitale ukrainienne ». Selon plusieurs sources, dont le site ukrainien Oukrainskaïa Pravda, « sa femme l’aurait trouvé ensanglanté et aurait prévenu les secours. Il serait mort dans l’ambulance qui le conduisait à l’hôpital ».

Connu pour ses prises de positions contre le régime de Vladimir Poutine, Arkadi Babtchenko s’était aussi opposé à l’annexion de la Crimée, en 2014, et à la guerre menée par Moscou dans l’est de l’Ukraine. En février 2017, il avait fui la Russie après avoir reçu des menaces de mort.

À l’annonce de son assassinat, l’Ukraine et la Russie s’accusèrent mutuellement. Les services secrets ukrainiens prétendaient même avoir arrêté un ressortissant ukrainien qui « aurait reçu 40.000 dollars pour recruter un tueur à gages ». Face à ces accusations, la Russie déclarait de son côté « fermement condamner » le meurtre et « espérer une véritable enquête ».

Mais voila, il se trouve que le meurtre du journaliste russe Arkadi Babtchenko ne serait en fait qu’une mise en scène. Dans un retournement de situation digne d’un scénario hollywoodien, ce dernier est réapparu, bien vivant, mercredi après-midi, lors d’une conférence de presse dans la capitale ukrainienne.

Les autorités ukrainiennes, qui accusaient jusqu’à présent Moscou du meurtre du journaliste critique du Kremlin, ont expliqué mercredi qu’il s’agissait d’une mascarade ayant pour but de déjouer un assassinat commandité par la Russie. Vasily Gritsak, chef de la sécurité d’Etat ukrainienne, a déclaré que « son agence avait mis en scène la mort d’Arkadi Babtchenko pour arrêter ceux qui tentaient de le tuer » et d’« exposer la responsabilité russe ».

Précisions que ce n’est pas la première fois que les autorités ukrainiennes ont recours à ce stratagème. En 2016, un conseiller municipal menacé par un gangster local avait été annoncé mort puis de nouveau vivant.

À l’annonce de ce coup de théâtre, la chaîne de télévision d’information internationale Russia today dénonce un « épisode sordide [qui] expose les tenants d’un complot russe, pris au sérieux depuis trop longtemps ».

On rappellera à bon escient l’épigraphe de Ian Fleming :

« On ne vit que deux fois :
La première quand on naît
La deuxième quand on est face à la mort »

Dessin réalisé par Denis Pessin.

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