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Comment Israël traite ses citoyens arabes : On efface les partis qui pourraient faire tomber Netanyahu aux élections

Israël prétend être une grande démocratie. C’est faux. Si les us et coutumes démocratiques étaient gravés sur le marbre, comme c’est le cas au Royaume-Uni, en Suisse ou même en France (on verra bien ce qu’en fera Marine Le Pen après le triomphe que lui prédisent les sondages), Benjamin Netanyahu n’aurait jamais songé une seconde à s’emparer du pouvoir judiciaire. Si Tel-Aviv était une vraie démocratie la Cour suprême ne fermerait pas les yeux sur tous ces responsables que le Premier ministre a écrasés pour avoir révélé la face sombre de l’Etat hébreu. Cette même Cour suprême qui regarde ailleurs alors que la liste des crimes et turpitudes de Netanyahu est longue comme le bras. La plus haute juridiction du pays refait parler d’elle, en mal.

Chehadeh & Co sont trop dangereux pour Netanyahu…

Le leader d’un parti arabe israélien, Sami Abou Chehadeh, a été contraint de se retirer de la course des législatives hier jeudi 1er octobre. Sa candidature au scrutin du 27 octobre 2026 est tombée à l’eau après que la Cour suprême lui a tordu le bras. Les analystes politiques disent des partis des Arabes israéliens qu’ils pourraient être décisifs aux prochaines élections, dans la mesure où les sondeurs ne voient aucune majorité se dégager, ni pour la coalition de Netanyahu, ni pour le principal opposant.

Sami Abou Chehadeh « retire sa candidature« , mais cela « ne marque pas la fin de son combat politique« , a indiqué dans un communiqué le parti de l’opposant, Balad, en précisant qu’il garde le statut de chef de la formation.

A noter que la semaine dernière, suite à une requête du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, un sinistre personnage, la Commission électorale centrale israélienne avait exclu Sami Abou Chehadeh des législatives. Le camp de Netanyahu l’a fait sans doute pour s’assurer que ses voix ne s’ajouteront pas à celles du plus sérieux rival de la droite et de l’extrême droite, le général et ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot.

Le gouvernement est allé jusqu’à déterrer un article dans lequel Chehadeh dépeint les attaques du 7 octobre 2023 comme un « événement historique important » ; cet écrit a été retourné contre son auteur, accusé de cautionner l’assaut commis par le Hamas. Il s’était défendu de soutenir les combattants palestiniens, le pouvoir en place n’a pas voulu entendre ses arguments, même des opposants ont crié avec les loups.

Pourtant quand la Cour suprême s’est réunie hier pour se prononcer sur le recours de Chehadeh elle a refusé de déclarer la culpabilité du politicien, elle s’est bornée à lui proposer, en se contorsionnant, de retirer volontairement sa candidature, tout en lui disant que la majorité de ses membres ont opté pour son exclusion. Si effectivement il a fait tout ce qu’on lui reproche pourquoi la Cour ne le dit pas formellement, au lieu de faire pression pour qu’il s’écarte ?

« L’arme du crime » porte l’empreinte de la Cour suprême

Vraisemblablement la plus haute juridiction du pays ne veut pas assumer une décision politique qui pourrait lui revenir comme un boomerang, surtout si Netanyahu perd les élections. En tout cas les juges ont donné à l’opposant jusqu’à ce vendredi matin pour se saborder de son propre chef. De fait Chehadeh a été obligé de s’effacer pour éviter une interdiction officielle, avec ses « graves conséquences pour la vie politique et parlementaire » du pays, a commenté Balad.

Il est très rare en Israël qu’un candidat à une élection soit éliminé, la Cour suprême a plutôt tendance à réintégrer tous ceux qui sont exclus par la Commission électorale. D’après la loi, un candidat ne peut être disqualifié que s’il « nie l’existence de l’État d’Israël en tant qu’État juif et démocratique » ou « soutient la lutte armée d’un État ennemi ou d’une organisation terroriste contre Israël« .

L’organisation israélienne de défense des droits humains Adalah, qui est du côté de Chehadeh, a accusé la Cour suprême d’avoir « de facto » barré la route de l’opposant ; elle pointe une « atteinte majeure au droit des citoyens palestiniens d’être représentés et d’être candidats à des élections (…) Aucun élément présenté contre M. Abou Chehadeh ne contient l’ombre d’un appel à la violence« , a ajouté l’organisation.

Mis à part Chehadeh, la Commission électorale a également stoppé la semaine dernière les deux listes arabes israéliennes candidates aux scrutin, dans leur globalité : la Liste arabe unie, une formation qui pèse lourd, et la Liste unifiée, une coalition de 3 partis dont Balad. La Cour suprême n’a pas fini d’étudier les recours déposés par ces partis, mais on peut craindre le pire pour ces candidats qui terrifient Netanyahu.

Les Arabes israéliens, dénommés aussi Palestiniens d’Israël, représentent près de 20% de la population et se définissent comme des Palestiniens dans leur grande majorité. Ce sont les descendants directs de la population arabe de Palestine qui a été piégée sur ses terres par la création de l’Etat d’Israël, en 1948. De toute évidence ces « citoyens israéliens » pas comme les autres n’auront jamais les mêmes droits que la majorité juive. Le drame de Chehadeh l’illustre une fois de plus.

 

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