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Côte d’Ivoire : Comment Ouattara a renversé le rapport de force

Imminente, la chute de Laurent Gbagbo s’est dessinée grâce à une offensive militaire menée en quelques jours.

Le Premier ministre d'Alassane Ouattara, Guillaume Soro, s'adresse à ses troupes, le 31 mars 2011, à Yamoussoukro (c)Reuters

L’option militaire aura finalement été la bonne. Arrivées jeudi à Abidjan au terme d’une conquête éclair depuis le nord du pays, les Forces républicaines (FRCI) d’Alassane Ouattara étaient en passe de renverser définitivement le pouvoir ce vendredi avec l’assaut du palais présidentiel ainsi que de la résidence de Laurent Gbagbo.

Une offensive victorieuse qui met à mal les différentes médiations africaines qui, trop désireuses de conserver un statu quo, n’auront jamais permis de faire évoluer la situation dans un sens ou dans l’autre. Mais le grand mérite reviendrait plus à Guillaume Soro qu’à Alassane Ouattara, selon Michel Galy, spécialiste de la Côte d’Ivoire au Centre d’études sur les conflits.

Le rôle essentiel de Guillaume Soro

Ce politologue estime qu’il y a eu «un jeu de rôles» entre les deux hommes, possible facteur de divisions futures. A la tête des groupes armés, Guillaume Soro a tenu ces derniers temps «un discours plus dur, avec des ultimatums», tandis qu’Alassane Ouattara a toujours été «plus modéré», prévoyant notamment de protéger l’intégrité physique de Laurent Gbagbo.

Cette conquête du pouvoir par la force aura été possible grâce à différents facteurs. «L’armement des forces rebelles (uniformes, pick-up flambant neufs avec mitrailleuses, etc.) a été fourni par des pays comme le Burkina Faso et le Nigéria, très favorables à Alassane Ouattara», détaille Michel Galy, qui évoque également la présence d’instructeurs des pays cités.

Défections en série dans le camp Gbagbo

Laurent Gbagbo n’aura pas été aidé non plus par des défections en chaîne: de l’Angola et de l’Afrique du Sud, au niveau international, qui auraient pu l’aider militairement, et de la police et de la gendarmerie, au niveau national. Pourtant, l’issue du conflit ne sera pas aboutie tant que le sort de Laurent Gbagbo ne sera pas réglé.

Il lui reste deux options. Il peut accepter de négocier un exil, mais «sans trop de garantie», selon Michel Galy, à l’image de l’ex-président libérien Charles Taylor qui avait fini par être livré par le Nigéria à la justice. Autrement, renforcé par de jeunes volontaires, le président sortant peut «rester au pouvoir jusqu’au bout et mourir avec ses idées». «Cela serait inquiétant pour la suite», indique le politologue.

La crainte d’une répression sanglante à Abidjan

Une mort de Laurent Gbagbo en martyr mettrait Alassane Ouattara dans une situation difficile car Abidjan reste majoritairement favorable au président sortant, précise Michel Galy, qui craint des «règlements de compte massifs» dans la capitale économique du pays. D’autant plus que, malgré les exécutions et massacres observés ces dernières semaines, les forces occidentales présentes sur place «brillent par leur absence», selon le politologue.

En dépit du rôle armé dédié à Guillaume Soro, qui pourrait ne pas vouloir en rester là, le futur dirigeant ivoirien devra désormais assumer sa double casquette de «Docteur Ouattara et Mister Alassane», comme le surnomme Michel Galy. Soit celle d’un homme dont l’image de «grand bourgeois», avec «un côté policé», sera empreinte d’une arrivée au pouvoir par la violence.

Source : 20min

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