Société

Crise des caisses sociales en Tunisie : l’expert Badr Smaoui révèle des détails clés [Vidéo]

    Dans une longue déclaration accordée ce mardi 13 janvier 2026 à Tunisie Numérique, l’expert et conseiller en protection sociale Badr Smaoui a dressé un diagnostic détaillé et préoccupant de la situation financière des caisses sociales, mettant en évidence des déséquilibres structurels et l’urgence d’une réforme globale.

    Des difficultés variables selon les caisses

    Badr Smaoui a expliqué que la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS) et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) souffrent d’un déficit structurel, leurs recettes ne couvrant plus leurs dépenses. À l’inverse, la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) fait face essentiellement à un problème de liquidités, bien que ses comptes affichent un excédent théorique avoisinant un milliard de dinars.

    Il a précisé que la CNAM ne perçoit pas directement les cotisations, mais dépend des versements des employeurs publics et privés, souvent retardés, ce qui a entraîné des tensions répétées avec les pharmaciens, les hôpitaux publics, la Pharmacie centrale et les prestataires de soins.

    Une crise structurelle héritée des années 1990

    Selon l’expert, les racines de la crise remontent au début des années 1990, lorsque la récession économique, la fermeture d’entreprises industrielles, la baisse des cotisations et le recours massif aux départs à la retraite anticipée ont profondément déséquilibré les régimes sociaux. Il a qualifié les caisses de « véritable ambulance des politiques économiques défaillantes ».

    Après 2011, l’instabilité politique et sociale a empêché toute réforme d’envergure, malgré les engagements pris dans le cadre du contrat social signé en janvier 2013, qui prévoyait une refonte complète du système de sécurité sociale.

    Réformes partielles et limites du système de retraite

    Badr Smaoui a rappelé que la réforme des retraites de 2019, à travers la loi n°37 du 30 avril 2019, qui a relevé l’âge de départ et augmenté les cotisations dans le secteur public, n’a offert qu’un répit temporaire. Dès 2021, les déficits ont de nouveau refait surface.

    Il a également souligné que l’âge légal de la retraite, toujours fixé à 60 ans dans certains régimes, est devenu obsolète comparé aux standards internationaux, où il atteint 63 ans au Maroc, 65 ans en France et jusqu’à 67 ans en Allemagne et en Italie.

    Des dettes évaluées à près de 10 milliards de dinars

    L’expert a révélé que l’endettement global des caisses sociales avoisine actuellement 10 milliards de dinars, dont environ 8 milliards au titre de la CNAM et 2 milliards pour la CNRPS. Les retards de transfert des cotisations, notamment celles prélevées sur les pensions au profit de l’assurance maladie, aggravent la crise de trésorerie.

    Il a précisé que la dette envers les pharmaciens atteint près de 200 millions de dinars, un montant équivalant à près de la moitié d’une masse mensuelle de pensions, illustrant la fragilité extrême de l’équilibre financier.

    Une réforme globale jugée indispensable

    En conclusion, Badr Smaoui a appelé à une réforme intégrée du système de protection sociale, touchant simultanément les modes de financement, la gouvernance, la gestion et les prestations. Il a mis en garde contre l’extension de la crise actuelle à d’autres prestataires de soins – cliniques, médecins, kinésithérapeutes, centres de dialyse, opticiens – ce qui pourrait affecter jusqu’à 7,5 millions de bénéficiaires, notamment ceux relevant du système du médecin de famille, déjà fragilisé par les retards de remboursement.

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