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Ajouter TN en tant que source préférée sur GoogleDonald Trump accuse l’Ukraine de faire monter les prix mondiaux du diesel en frappant les raffineries russes. Le président américain demande à Volodymyr Zelensky de cesser ces attaques, au motif qu’elles provoqueraient une pénurie qui « fait mal au monde ».
L’argument contient une part de vérité économique : les frappes ukrainiennes réduisent bien la capacité russe de raffinage, et pèsent sur la production de diesel, d’essence, de kérosène et de carburants utilisés par l’armée russe. Mais la déclaration de Trump devient trompeuse lorsqu’elle transforme l’Ukraine en responsable principal d’une crise énergétique beaucoup plus large — une crise qui vient aussi des restrictions d’exportation décidées par Moscou et, surtout, de la guerre américaine contre l’Iran et des tensions autour du détroit d’Ormuz. Ce que Trump évite soigneusement de dire, c’est que cette seconde crise, qu’il a lui-même largement provoquée, profite aussi à Vladimir Poutine.
Les frappes ukrainiennes font mal à Moscou
Selon Reuters, la moitié des six principales raffineries russes productrices de diesel ont réduit fortement ou arrêté leur production après des attaques de drones — ces six sites représentant à eux seuls environ la moitié de la production russe de diesel.
L’objectif ukrainien est clair : réduire la capacité de la Russie à mener et financer sa guerre. Une raffinerie russe ne produit pas seulement du carburant civil ; elle fournit aussi du diesel pour les camions militaires, du kérosène pour l’aviation et des recettes pour l’État russe. En frappant ces sites, Kyiv vise donc le système qui permet à l’armée russe de bombarder, transporter, ravitailler et occuper — c’est précisément pour cela que le Kremlin veut les protéger.
La Russie accuse Kyiv, mais garde son diesel pour elle
Le point le plus révélateur est la réaction de Moscou elle-même. Reuters a rapporté que la Russie avait interdit ses exportations de diesel dès juillet après les frappes ukrainiennes, afin d’augmenter les livraisons à son marché intérieur ; le vice-Premier ministre Alexander Novak a reconnu que la situation dans les stations-service inquiétait le public.
Autrement dit, la Russie reproche à l’Ukraine de perturber le marché mondial, mais garde elle-même une partie de son carburant parce que son propre système est sous tension — tension liée aux raffineries touchées, aux besoins civils et militaires combinés, et à la pression politique à l’approche des élections législatives russes. Trump reprend donc, sans le dire, un argument qui arrange Moscou : faire porter la responsabilité à Kyiv, alors que le diesel russe sert aussi à alimenter la machine de guerre de Poutine.
Le vrai moteur de la flambée : le Moyen-Orient
Trump ne ment pas sur le mécanisme immédiat — moins de raffinage russe réduit bien l’offre mondiale de produits raffinés. Mais il ment par omission en effaçant le reste du tableau.
Reuters souligne que le marché mondial du diesel est pris entre deux chocs simultanés : les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes, et les perturbations liées à la guerre américaine contre l’Iran, qui limite fortement la distribution de pétrole depuis février. Les exportations nettes de diesel de la Russie et du Golfe combinées auraient reculé de 1,6 million de barils par jour depuis février. Le Brent a dépassé les 107 dollars le baril selon le Wall Street Journal, dans un climat de craintes sur l’approvisionnement mondial via le détroit d’Ormuz — l’un des points de passage les plus sensibles de la planète énergétique, où la moindre menace se répercute immédiatement sur les prix.
Trump affirme pourtant que la crise ne vient pas du Moyen-Orient : « Ce n’est pas fait par le Moyen-Orient, c’est fait par ce qui se passe entre la Russie et l’Ukraine », a-t-il déclaré. C’est là que sa position devient politiquement utile, mais économiquement fragile.
Un paradoxe qui profite à Poutine
C’est l’angle que Trump ne veut pas regarder : la hausse du pétrole brut liée à la crise d’Ormuz profite aussi à la Russie, grand exportateur de pétrole. Quand le baril monte, Moscou peut vendre son brut plus cher, même sous sanctions, surtout vers des acheteurs non occidentaux. L’agence AP a d’ailleurs souligné que la hausse des prix de l’énergie liée au conflit iranien pouvait aider la Russie à financer sa guerre en Ukraine.
Le paradoxe est donc total : les frappes ukrainiennes font mal à Poutine sur les raffineries et la logistique militaire, mais la crise d’Ormuz lui fait du bien sur le prix du brut. Il n’existe aucune preuve publique que Trump agirait sur ordre de Moscou — mais sur le plan des effets concrets, sa position aide objectivement le Kremlin : elle met la pression sur l’Ukraine plutôt que sur la Russie, au moment même où les raffineries deviennent l’un des points faibles de l’économie de guerre russe.
La fausse trêve énergétique annoncée par Trump
Trump a ensuite ajouté de la confusion en annonçant que l’Ukraine et la Russie auraient accepté de cesser les frappes contre leurs infrastructures énergétiques respectives. Le problème est que cette trêve n’a pas été clairement confirmée par les deux parties.
Selon le Kyiv Independent, ni l’Ukraine ni la Russie n’avaient confirmé l’existence d’un tel accord au moment de l’annonce. Zelensky a répondu avec prudence, disant ne pas être sûr que Moscou soit réellement prête à respecter un tel engagement — une position logique : Kyiv peut discuter d’une désescalade énergétique, mais seulement si la Russie cesse elle aussi ses frappes contre les centrales, les réseaux électriques et les villes ukrainiennes. Une trêve à sens unique ne serait pas un pas vers la paix, mais une protection offerte à l’agresseur.
Le Kremlin joue avec l’idée de trêve
Le 10 septembre, le Kremlin avait rejeté une proposition de pause mutuelle des frappes aériennes, présentant l’énergie comme le « talon d’Achille » de l’Ukraine. Quelques jours plus tard, après la déclaration de Trump, Moscou a accueilli favorablement l’idée d’une trêve énergétique — tout en réclamant en échange la levée des sanctions et des garanties pour ses exportations pétrolières.
Ce n’est pas une acceptation claire, c’est une manœuvre : la Russie cherche à transformer l’appel de Trump en avantage stratégique, tout en continuant de frapper l’Ukraine si elle le peut.
Trump, le calendrier électoral et ses leviers sur Kyiv
Les élections de mi-mandat de novembre approchent, et le prix du diesel est devenu un sujet politique explosif aux États-Unis — il touche les transporteurs, les agriculteurs, les prix alimentaires et le pouvoir d’achat. Une « trêve énergétique » permettrait à Trump de présenter trois gains à son opinion publique : une pression sur les prix, une image de négociateur, et une victoire diplomatique rapide sur le dossier ukrainien. Mais une victoire de communication n’est pas une paix durable, et le risque est de pousser l’Ukraine à limiter ses frappes sans obtenir de garanties solides de la Russie.
Washington dispose bien de leviers réels sur Kyiv — aide militaire, renseignement, missiles intercepteurs, sanctions contre la Russie — susceptibles d’être ralentis ou conditionnés. Mais ces leviers ont des limites : une part croissante des frappes ukrainiennes en profondeur repose sur des drones produits localement, les Européens et le Canada peuvent compenser une partie de la pression américaine, et Kyiv ne peut pas désarmer unilatéralement l’un de ses rares leviers efficaces pendant que la Russie continue de bombarder ses villes.
Conclusion : Trump accuse Kyiv, mais le problème commence à Moscou
La hausse du diesel est réelle, et les frappes ukrainiennes y contribuent. Mais l’accusation de Trump reste trompeuse parce qu’elle isole un facteur et cache les autres : le premier responsable est la Russie, qui a militarisé son économie et transformé ses raffineries en soutien direct à l’effort de guerre ; le second facteur majeur est la guerre au Moyen-Orient, dont la hausse du pétrole profite aussi à Poutine.
Demander à Kyiv d’arrêter de frapper les raffineries russes sans exiger de Moscou l’arrêt immédiat de ses attaques contre l’Ukraine revient à inverser les responsabilités. Une trêve énergétique peut avoir du sens si elle est réciproque, vérifiable et garantie — elle devient dangereuse si elle ne protège que l’agresseur.
Kyiv ne frappe pas pour faire monter le diesel mondial. Elle frappe pour réduire la capacité de la Russie à tuer, occuper et bombarder. La paix ne viendra pas en protégeant le carburant de la machine de guerre russe, mais lorsque Moscou comprendra que poursuivre l’agression coûte plus cher que l’arrêter.
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