Société

Dr Moez Cherif : « Il est inacceptable d’exclure les enfants de l’espace virtuel, l’État doit assurer leur protection » [Vidéo]

    Le président de l’Association tunisienne de défense des droits de l’enfant, Dr Moez Cherif, a affirmé ce mardi 10 février 2026 que les enfants ont le droit d’accéder à l’espace numérique et d’utiliser internet, soulignant qu’ils constituent la génération appelée à vivre pleinement la révolution technologique à venir.

    Dans une déclaration à Tunisie Numérique, il a estimé qu’exclure les enfants du monde virtuel n’est pas acceptable. Selon lui, la priorité doit être accordée à l’éducation aux réseaux sociaux, notamment les plus récents, afin de permettre aux jeunes de vérifier l’information, d’identifier ses sources et d’en faire un usage responsable. L’objectif est de faire de l’enfant un acteur du numérique plutôt qu’un simple utilisateur passif.

    Former plutôt qu’exclure

    Dr Cherif a indiqué que la plupart des enfants utilisent aujourd’hui internet sans véritable accompagnement, ayant appris seuls à naviguer en ligne. Cette situation les expose à divers risques et limite leur capacité à maîtriser les outils numériques.

    Il a ainsi appelé les autorités à assurer une protection renforcée pour les mineurs sur les réseaux sociaux. Les pays avancés dans la transformation digitale, a-t-il rappelé, évoquent désormais le concept de citoyenneté numérique. Dès lors, si les enfants ont des droits civiques, ils doivent également pouvoir accéder au monde virtuel dans un cadre sécurisé.

    Selon lui, cette responsabilité incombe en grande partie à l’État, les parents ne disposant pas toujours des moyens techniques nécessaires pour garantir une protection optimale. Leur rôle doit avant tout se concentrer sur la supervision, l’orientation et la transmission des valeurs.

    Au-delà des risques, un espace de connaissance

    L’expert a insisté sur la nécessité de ne pas réduire le débat autour d’internet à ses dangers. Le numérique constitue aujourd’hui une fenêtre ouverte sur le savoir universel, et de nombreux services seront, à l’avenir, exclusivement accessibles en ligne.

    Il a toutefois reconnu que l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 13 ans reste difficile à appliquer, plusieurs enfants ne déclarant pas leur âge réel.

    Données personnelles : des dérives préoccupantes

    Le président de l’association a également alerté sur les violations liées à la protection des données personnelles des enfants. Il a expliqué que lorsque des parents publient des photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux, cela peut s’apparenter à une utilisation non autorisée de leurs données, la législation tunisienne encadrant strictement ce type de pratiques.

    Il a évoqué des manquements encore plus préoccupants dans certaines institutions éducatives, accusées de diffuser des images d’élèves sur leurs pages sans garanties suffisantes de cybersécurité. Une telle exposition pourrait favoriser le chantage, l’usurpation d’identité ou la manipulation d’images.

    Renforcer la sensibilisation et revoir certaines pratiques

    Face à ces constats, Dr Cherif a appelé à une révision globale des pratiques, aussi bien au sein des établissements que dans les familles, tout en soulignant le manque de sensibilisation autour de la notion d’identité numérique et de ses usages.

    Il a estimé que ce déficit contribue à la montée de formes de violence liées à l’ignorance et à une mauvaise utilisation des technologies. La responsabilité de combler ce vide incombe, selon lui, à l’État et aux médias.

    Enfin, il a noté que plusieurs pays envisagent désormais de relever l’âge minimum d’accès aux réseaux sociaux à 16 ans, contre 13 actuellement. Cet âge correspondrait davantage à la capacité de discernement des mineurs, le droit considérant généralement qu’un enfant de moins de 13 ans ne dispose pas encore de maturité suffisante, tandis que ceux âgés de 13 à 18 ans sont jugés capables d’un certain niveau de discernement.

    Dans un contexte de transformation numérique accélérée, la question de l’équilibre entre accès et protection des enfants apparaît plus que jamais comme un enjeu central pour les sociétés contemporaines.

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