L’escalade militaire au Moyen-Orient vient de franchir un seuil inédit : celui de l’infrastructure numérique. Amazon a confirmé que plusieurs de ses centres de données opérés par Amazon Web Services (AWS) aux Émirats arabes unis (EAU) et à Bahreïn ont subi des dommages à la suite de frappes de drones, provoquant des perturbations de services cloud et une remise en état annoncée comme « prolongée ».
Dans une mise à jour publiée par AWS, l’entreprise indique que, aux Émirats, deux installations ont été directement touchées, tandis qu’à Bahreïn, une frappe « à proximité » d’un site a entraîné un impact physique sur l’infrastructure. AWS fait état de dégâts structurels, d’une perturbation de l’alimentation électrique et, dans certains cas, d’interventions anti-incendie qui ont causé des dommages supplémentaires liés à l’eau.
AWS assure travailler au rétablissement « le plus rapidement possible », tout en prévenant que la nature des dégâts rend le retour à la normale plus long que d’habitude.
Avant de confirmer explicitement des frappes de drones, AWS avait signalé qu’un site aux EAU avait été touché par des « objets », déclenchant un incendie et conduisant les autorités à couper l’électricité d’un ensemble d’installations, avec une remise en service initialement estimée à au moins une journée.
Des banques et services critiques affectés
L’incident ne se limite pas à une gêne technique : selon Reuters, des institutions financières utilisant AWS ont été touchées par la panne.
À Abu Dhabi, la banque Abu Dhabi Commercial Bank (ADCB) a annoncé que certaines plateformes et son application mobile étaient indisponibles en raison d’une perturbation informatique « à l’échelle régionale », sans établir de lien direct avec AWS.
Dans son communication, AWS indique que la panne a affecté une douzaine de services cloud essentiels et recommande aux clients de sauvegarder les données critiques et de basculer vers d’autres régions AWS non impactées lorsque c’est possible.
Un vrai tournant !
Reuters souligne qu’il s’agit de la première fois qu’un centre de données d’une grande entreprise technologique américaine est perturbé par une action militaire, un signal qui questionne la vitesse d’expansion des géants du numérique dans une zone devenue hautement instable.
Ce choc intervient alors que les EAU se positionnent comme hub régional de calcul pour l’IA, courtisé par plusieurs acteurs américains. Microsoft, par exemple, a annoncé vouloir porter son investissement total dans le pays à 15 milliards de dollars d’ici fin 2029, notamment autour de centres de données utilisant des puces Nvidia.
« Le compute est le nouveau pétrole »
Des analystes du Center for Strategic and International Studies (CSIS) avaient récemment averti qu’à l’ère du « compute », les adversaires régionaux pourraient viser non seulement des installations énergétiques, mais aussi les data centers, l’énergie qui les alimente et les goulets d’étranglement de la fibre. La séquence actuelle donne un relief concret à cette hypothèse.
Au-delà de la sécurité physique, l’épisode rappelle une réalité opérationnelle : la dépendance au cloud impose des plans de continuité robustes (multi-régions, sauvegardes hors zone, procédures de bascule), surtout quand l’environnement géopolitique rend « imprévisible » le fonctionnement normal des infrastructures.
Pour l’économie du Golfe, qui mise sur le numérique, la fintech et l’IA, l’enjeu est double : protéger des actifs devenus stratégiques et rassurer les investisseurs sur la résilience des services.
Pour les écosystèmes connectés à la région, dont de nombreuses entreprises et talents opérant avec des clients du Golfe, le message est clair : le risque n’est plus seulement énergétique ou logistique, il est aussi numérique.
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