L’économie égyptienne va nettement mieux, incontestablement ; l’inflation est en repli, les investisseurs desserrent les cordons de la bourse, idem pour les bailleurs de fonds, le matelas de liquidité en devises s’épaissit, les projets d’infrastructures repartent… Bref, le pays respire. Rien à voir avec la conjoncture de 2022-2023, quand les bateaux bourrés de produits alimentaires végétaient dans les ports parce que le Trésor public était incapable de payer les factures. Donc le Caire se porte mieux. Mais attention à son talon d’Achille : le service de la dette, le cauchemar des finances publiques.
Le président Abdel Fattah al-Sissi y retourne, il va en reprendre. Je parle du doux poison de la dette. Le gouvernement projette d’émettre un eurobond de 2 milliards de dollars durant le second semestre de l’exercice budgétaire 2025‑2026 (1er juillet‑30 juin), a fait savoir mardi dernier le ministre des Finances, Ahmed Kouchouk, lors d’un séminaire dédiée au développement des marchés des capitaux…
«Nous constatons une demande croissante pour les obligations à cinq ans sur le marché international de la dette», a-t-il argué. Donc puisque ça semble facile le Caire va replonger. Le ministre a ajouté que le pays œuvre pour varier ses outils de financement, tasser les coûts d’emprunt, capter de nouveaux investisseurs, étaler les échéances de remboursement de la dette et garantir plus d’efficience dans le financement de l’économie.
Pour rappel la dernière émission d’euro-obligations de l’Egypte date de janvier 2025. Le montant de 2 milliards de dollars avait été scindé en deux tranches, avec des échéances de 5 et 8 ans pour des rendements de 8,62% et de 9,45% respectivement. Mais le pays le plus peuplé du monde arabe mise surtout sur un déficit budgétaire financé par des émissions de titres en monnaie locale et de maturité inférieure à un an.
L’autre socle est assis sur des financements bilatéraux et multilatéraux. Le but du gouvernement est d’étirer les maturités de ses émissions domestiques et de contenir l’endettement extérieur auprès des créanciers privés. Donc théoriquement les émissions d’euro-obligations ne devraient pas excéder 4 milliards de dollars en 2026. Je dis bien théoriquement…
La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, n’avait pas hésité à alerter dernièrement le gouverneur de la Banque centrale égyptienne, Hassan Abdalla, sur la montée fulgurante des niveaux d’endettement du pays, qui frôlent les 100% du PIB. La patronne du FMI avait également signalé que la progression des coûts du service de la dette plombait les investissements dans le développement du capital humain.
A titre de comparaison, cette situation est sans commune mesure avec les finances publiques algériennes, un pays dont l’endettement extérieur est tellement insignifiant que le FMI lui court derrière pour lui prêter de l’argent.
Le Conseil d’administration de l’institution internationale devrait se prononcer avant la fin du premier trimestre 2026 sur les cinquième et sixième revues du programme de financement de 8 milliards de dollars au bénéfice de l’Egypte au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC). Sur le gril également la première revue dans le cadre de l’accord de crédit de 1,3 milliard de dollars au titre de la facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Beaucoup de sous mais surtout beaucoup de dette, beaucoup trop.
On veut bien croire que le pays est porté par les prévisions de croissance (par le FMI) de la mi-janvier, 4,7% cette année contre 4,5% en 2025, mais tout le monde remarquera que la progression est infime. Les services de Mme Georgieva avaient pointé la dynamique de la consommation des ménages dans un contexte de baisse de l’inflation et le maintien de la cadence de l’investissement des entreprises, dopée par l’assouplissement monétaire. Mais tout ça est suffisamment frêle et conjoncturel pour que tout le monde s’astreigne à la prudence.
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