Politique

Election de Yassine Ayari : Démission de l’électorat ou de la classe politique ?! (Partie I)

Karl Marx disait : « Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre… » « L’histoire est un éternel recommencement… », « Lorsque l’Histoire se répète, la première fois, c’est une tragédie, la seconde une comédie… » Entre le 17 Décembre 2011 et le 17 Décembre 2017, toutes proportions gardées, dans quelle tunique l’histoire s’est-elle drapée ? Un habit de drame ou de facétie. En pleurer ou en rire ? Hasard du calendrier ou clin d’œil de la légende ? Pied de nez ou grand écart ?

Le 17 Décembre 2017 est à la fois journée fête de la révolution et de défaite de la démocratie. Défaite non par rapport à la victoire incontestée du candidat Yassine Ayari aux élections législatives partielles en Allemagne. Victoire, in extrémis, contre toute attente, à contre-pied des sondages d’opinions, mais c’est son mérite et personne ne peut le lui enlever. La défaite est par rapport à d’autres éléments qui ont fait défaut à l’idéal démocratique et aussi par rapport à Yassine Ayari, l’homme, son ancrage et son positionnement politique.

L’élection de Yassine Ayari est le fruit, amer et asséché, de la terre en friche politique tunisienne où les herbes sauvages rivalisent avec les insectes cannibales. La dispersion des partis politiques, l’absence de vraies coalitions ou de lignes politiques claires et les coups tordus à répétition ont fait le lit d’une élection aussi surprenante que dissonante, lourde de message, d’enseignements et surtout de graves conséquences. La récente députation, obtenue certes de haute lutte, mais dans un fruste concours de circonstances, est en quelque sorte, l’enfant incestueux, d’un côté de l’anémie stratégique et la déloyauté électorale de Nida Tounes (NT) et de l’autre côté, de la “culture” de perfidie et le réflexe inné de double langage de son partenaire au pouvoir le parti Ennahdha.

Ce n’est pas le droit de se présenter aux urnes, quelle qu’en soit la nature, et de l’emporter qui dérange, loin de là. La Constitution est garante de toute candidature, pour peu que les critères et les conditions soient remplis, mais les défaillances et autres manquements constatés, outre le profil fantasque et sulfureux du vainqueur, interpellent, interrogent et font désordre.

Au niveau de NT

NT s’est farci le retour de manivelle de sa propre manœuvre électorale. En effet, après avoir rendu vacant le poste de député en Allemagne, en chassant le député en exercice pour le bombarder Secrétaire d’Etat, un poste qu’il ne peut refuser, a cru baliser la route de l’ARP et plus si affinités, devant Hafedh Caïd Essebsi, son autoproclamé Directeur Exécutif. Le père a fait des pieds et des mains pour faire investir le fiston d’un destin national et le gratifier enfin d’une médaille qu’il n’a jamais eue, à savoir un mandat électif , lui qui a pris les rênes du Parti, non à travers les urnes mais suite à un tour de force, au prix d’un putsch de palais.

Devant le tollé général, autant des adhérents que des adversaires, le projet, essuyant un cinglant échec, a fini dans les tiroirs, ouvrant la voie à toutes sortes d’alternatives, voire les pires. Le mal était fait, la balle tirée, NT ne pouvait que faire marche arrière et se rabattre, faute de mieux, sur un autre candidat sans aucune certitude de réussite, bien au contraire.

Outre la fourbe volte-face de NT, par rapport à ses engagements électoraux envers ses militants et ses sympathisants, créant une grande fracture avec son électorat sur le plan tant de la confiance que de la mobilisation et installant la suspicion à son encontre, la défection de HCE a, d’une part coupé les ailes de son parti, déjà fortement et irrémédiablement plombées, et d’autre part, donné des idées à plein de personnes. Par conséquent, les chances de triompher étant plus significatives. C’est dans cette première double brèche que Yassine Ayari s’est introduit, avec succès, convient-il d’avouer.

Au niveau d’Ennahdha

Sans trop schématiser, et à un certain niveau d’abstraction, Ennahdha a reproduit le même schéma observé au second tour des élections présidentielles de Décembre 2014, durant lesquelles, sans que le parti ait donné des instructions de vote, sa base électorale a tranché massivement en faveur de Moncef Marzouki, qui, malgré tout, s’était vu évincé de Carthage. Cette fois-ci, la situation est un peu différente dans ses résultats mais pas dans ses développements. Fidèle à son double langage et son image de Janus, Ennahdha a torpillé sur le terrain ce que le parti a promis à son partenaire au pouvoir, non sans se répandre médiatiquement pour annoncer son soutien inconditionnel au candidat de NT. Les pontes et autres stratèges du dimanche de ce dernier, n’ont visiblement pas retenu la leçon, à leur grande frustration.

En effet, Ennahdha a fait part, bien à l’avance, de son appui à tout candidat de NT à ces élections partielles en Allemagne. Sauf que d’aucuns soupçonnent ce parti d’avoir, en sous-main, joué la carte de Yassine Ayari, idéologiquement compatible et politiquement soluble, et instruit son électorat de voter pour ce candidat, tombé de la dernière pluie. Pour certains, Ennahdha a bel et bien placé son poulain, au nez et à la barbe de son allié au gouvernement. Un coup de maitre. NT n’en a vu que du feu. D’aucuns ont estimé que “c’est le véritable candidat d’Ennahdha qui a remporté l’élection”. C’est aussi dans cette deuxième double brèche que Yassine Ayari s’est engouffré pour gagner haut la main.

Avec 5% de taux de participation, on ne parle plus d’abstention (qui est en soi une position politique) mais malheureusement de démission collective spontanée pure et dure. En effet, durant les trois jours réservés au vote (15-17 Décembre 2017), sur les 26 382 inscrits, seuls 1326 ont daigné se déplacer dans les bureaux de vote et mis leur bulletin dans l’urne. Constat d’autant plus amer et incompréhensible que l’Allemagne compte environ 87 000 Tunisiens. Pire encore, seuls 1301 voix sur les 1325 votants ont été comptabilisées, dans la mesure où le dépouillement a relevé 17 bulletins blancs et 7 bulletins nuls.

Aucune comparaison avec les élections législatives d’Octobre 2014 où le taux de participation, sans être significatif, a avoisiné les 29%. Aussi, convient-il de signaler que lors du scrutin, le candidat vainqueur, au nom de NT, a obtenu 5000 voix contre 253 en Décembre 2017. Une érosion inqualifiable, laissant penser que : soit NT est complètement rejeté, pénalisé par son propre électorat d’avoir fait son volte-face et trahi ses électeurs après une campagne focalisée sur le “vote utile”, slogan contre Ennahdha, le partenaire depuis le premier gouvernement, soit NT a mené une campagne électorale de salon, probablement sûr de son coup de reprendre le siège. Peut-être même la combinaison de ces deux facteurs.

Le Top 5 des élections est comme suit :

• Liste l’espoir de Yassine Ayari : 284 voix soit 21.83%

• Liste NidaaTounes : 253 voix soit 19.45%

• Liste Courant démocratique : 135 voix soit 10.83%

• Liste Mashrou Tounes : 132 voix soit 10.15%

• Liste la voix de la Tunisie : 88 voix soit 6.76%

Une simple lecture de ce tableau montre que si NT et son principal dissident, à savoir Mashrou Tounes, ont fait bloc, la situation aurait été tout autre et la controverse sur Yassine Ayari n’aurait jamais eu lieu, évitant au pays un autre mal de tête et un nouveau pas sur le chemin de la désunion et de la discorde.

Maintenant c’est l’heure du bilan, de l’évaluation et des leçons.

 

 

 

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