Pas plus tard que le 14 janvier 2026 le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, livrait les secrets des succès économiques de l’Espagne, qui était considérée il n’y a pas si longtemps comme un nain par les ténors de l’Union européenne (l’Allemagne et la France principalement). M. de Galhau a expliqué les brillants résultats de Madrid par la politique migratoire, entre autres. Pour rappel l’Espagne table sur un taux de croissance de 2,9% pour 2025, là où l’Hexagone décrochera poussivement 0,9%. Le Premier ministre Pedro Sánchez avait déjà évoqué ce dossier.
Il l’a abordé lors de la Conférence des ambassadeurs espagnols organisée à Madrid le 8 janvier 2026. Il a vanté les progrès du pays en matière de gestion efficiente des permis de séjour et d’immigration régulière. Le gouvernement s’appuie sur les conclusions sur les indicateurs économiques, sociaux et démographiques pour jauger de la portée de cette politique…
La colonne vertébrale de cette stratégie est la régularité administrative des ressortissants étrangers, parfois même avec des vagues massives, un virage assumé depuis octobre 2024 et que Sánchez a rappelé devant les diplomates. Il a martelé que l’Espagne mise sur un modèle basé sur une migration légale, sûre et encadrée. L’édifice repose sur des piliers administratifs bien définis, dont le titre de séjour est l’élément central.
Le Premier ministre espagnol a dit que son pays «défend fermement un modèle de migration légale, sûre et ordonnée, mais aussi ouvert et humain». Il a insisté sur le fait que la régularité administrative est le principal outil de régulation des flux migratoires et d’intégration des résidents étrangers. Seul le permis de séjour permet de passer de la précarité à un cadre légal clair qui fait l’affaire de tous.
Le chef de l’exécutif espagnol a défendu le principe d’une délivrance des titres de séjour en fonction des besoins clairement identifiés, tout en donnant aux institutions les moyens de contrôler et maîtriser les parcours migratoires. Pour étayer l’argumentaire du gouvernement il a exposé une kyrielle de données. D’après celles transmises par les autorités la migration pèse 80% dans la croissance de l’Espagne durant les 6 dernières années.
Sánchez a ajouté que le pays doit cette dynamique à l’accueil et l’insertion professionnelle de personnes disposant d’un titre de séjour. C’est exactement ce que fait l’Italie, la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni aurait pu faire peu ou prou le même exposé que son homologue espagnol. Mais elle ne criera pas trop l’importance de l’immigration car elle est à la tête d’une formation d’extrême droite. Ça ferait jaser dans le pays.
Le Premier ministre espagnol n’a pas dit que ça, il a aussi mis en relief la contribution des travailleurs immigrés dans la Sécurité sociale, à hauteur de 10% des recettes, alors qu’ils coûtent à peine 1% aux caisses publiques. Ces indicateurs servent d’outils de mesure de l’impact des titres de séjour dans le financement du système social et l’équilibre des comptes publics.
Au sujet de l’immigration irrégulière, Sánchez a indiqué qu’elle représente 6% du total des flux migratoires. Le gouvernement tient à jouer la transparence sur cette affaire pour tordre le cou aux fantasmes sur la submersion migratoire et le grand remplacement, des spectres agités en France et en Italie par la droite dure et l’extrême droite.
L’immigration régulière n’est pas corrélée uniquement aux problématiques urgentes du marché du travail, Pedro Sánchez aborde aussi sans détours l’enjeu démographique. Il a parlé du vieillissement de la population et de la baisse de la natalité, en Espagne, en Italie et ailleurs en Europe. Sauf qu’en France et en Allemagne, par exemple, les exécutifs n’ont pas le courage d’assumer publiquement la même politique que Madrid.
Le chef du gouvernement espagnol n’a pas omis l’importance du partenariat avec les pays d’origine et de transit des migrants. Cette collaboration est essentielle pour mieux structurer les parcours migratoires et tasser au maximum les flux de clandestins. Pedro Sánchez est d’avis que cette orientation bétonne la politique nationale de délivrance des titres de séjour.
Enfin il a martelé la posture de l’Espagne à Bruxelles. Madrid est contre l’externalisation des politiques migratoires de l’Union européenne ainsi que l’instauration de centres de type «hotspots» en dehors du continent, une politique défendue par Meloni et qui intéresse la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Sánchez juge que ces dispositifs sont inefficients dans la gestion de l’immigration irrégulière, il réaffirme que le titre de séjour est la meilleure arme administrative en matière de migration légale.
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