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Espionnage en Afrique : comment Jeffrey Epstein et Ehud Barak ont aidé Côte d’Ivoire à installer un système de surveillance d’État

    Des documents et courriels récemment divulgués révèlent que Jeffrey Epstein, le financier américain décédé en 2019, a joué un rôle central dans la facilitation de négociations entre Israël et la Côte d’Ivoire en 2012 en vue de signer un accord de coopération sécuritaire.

    Selon ces fuites, Epstein et l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak auraient agi comme intermédiaires non officiels entre responsables israéliens et le gouvernement ivoirien de Alassane Ouattara pour vendre des technologies de surveillance et étendre l’influence des services de renseignements israéliens en Afrique.

    Les documents indiquent que Barak, alors ministre de la Défense ou peu après avoir quitté ses fonctions, a utilisé ses contacts pour promouvoir des contrats sécuritaires dans des États instables, tandis qu’Epstein assurait l’appui financier et politique aux opérations. Le processus aurait débuté dès 2012 : des échanges montrent qu’Epstein a organisé des rencontres à New York et à Abidjan entre Barak, des responsables ivoiriens et des sociétés israéliennes de sécurité.

    Le planning dévoilé indique qu’en juin 2012, des discussions ont eu lieu entre Barak et Ouattara pour envisager un système de surveillance globale des communications téléphoniques et Internet en Côte d’Ivoire, conçu par d’anciens officiers de l’unité israélienne d’espionnage “8200”.

    Ces technologies comprenaient la mise sur écoute des appels, du trafic Internet et même l’accès aux cybercafés, avec des serveurs de “media-processing” pour analyser les données collectées.

    En août 2013, Barak s’est rendu à Abidjan et a rencontré Ouattara, ainsi que le ministre de l’Intérieur ivoirien, Hamed Bakayoko, pour discuter de la réorganisation du dispositif de renseignement du pays.

    Le point d’aboutissement est un accord officiel signé en juin 2014 à Abidjan entre Israël et la Côte d’Ivoire. Lors de la cérémonie, l’ancien ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Liberman a signé l’accord, en présence de plus de 50 hommes d’affaires israéliens.

    Cet accord aurait permis à Israël d’étendre sa “toile sécuritaire” en Afrique, et à la Côte d’Ivoire de bénéficier de technologies de surveillance pour renforcer ses systèmes de contrôle.

    Les fuites font également état d’un dispositif de communication régulier : Epstein aurait été en contact avec des membres de l’entourage du président ivoirien — notamment son fils David Dramani, sa nièce Nina Keïta — organisant des rendez-vous entre Barak, les responsables ivoiriens et les sociétés israéliennes. Des pseudonymes et des canaux cryptés ont été utilisés pour éviter tout repérage.

    Après sa sortie du gouvernement en 2013, Barak aurait poursuivi ses activités de négociation pour des firmes de sécurité privées israéliennes, comme la société « MF Group », qui proposait la création à Abidjan d’un centre de renseignement et de surveillance visuelle

    Cette affaire pose une question clé : jusqu’où la coopération sécuritaire devient-elle une forme d’exportation de systèmes de surveillance vers des régimes africains ?

    Les documents révèlent que des plans techniques, rédigés par d’anciens officiers de l’unité 8200 comme les généraux Aharon Ze’evi-Farkash et Amnon Unger, prévoyaient de construire en Côte d’Ivoire un appareil complet d’écoute et de monitoring des communications.

    Malgré les dénégations officielles — certains représentants ont déclaré que “pas de coopération active n’avait été conclue” — l’enquête établit un lien direct entre Epstein et Barak dans l’installation de ces systèmes de surveillance sur le continent africain.

    Les révélations documentaires montrent que la collaboration entre Jeffrey Epstein et Ehud Barak a joué un rôle concret dans l’émergence d’un partenariat sécuritaire entre Israël et la Côte d’Ivoire, tourné vers la surveillance de masse et l’affirmation d’une influence israélienne en Afrique.

    Cette affaire interroge la nature et l’éthique des coopérations sécuritaires transnationales — en particulier lorsqu’elles touchent aux libertés individuelles et aux droits humains.

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