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Ajouter TN en tant que source préférée sur GoogleLe Sénat américain a confirmé Todd Blanche, ancien avocat personnel de Donald Trump, au poste d’Attorney General, équivalent du ministre de la Justice, au terme d’un vote particulièrement serré qui ravive le débat sur l’indépendance du département de la Justice vis-à-vis de la Maison-Blanche.
La nomination a été approuvée samedi 8 août par 50 voix contre 49, avec un sénateur absent. Le scrutin officiel du Sénat, organisé à 4h17 du matin à Washington, confirme ainsi Todd Blanche à la tête de l’une des institutions les plus puissantes de l’administration américaine.
Après le vote, Blanche s’est déclaré « profondément honoré » par la confiance que lui accorde Donald Trump et a remercié les sénateurs ayant poursuivi leurs travaux jusqu’à une heure avancée pour permettre sa confirmation.
Une confirmation arrachée de justesse
La nomination de Todd Blanche a provoqué plusieurs semaines de tensions, y compris à l’intérieur du Parti républicain.
Tous les sénateurs démocrates ayant participé au vote se sont opposés à sa confirmation. Deux républicaines, Susan Collins, du Maine, et Lisa Murkowski, de l’Alaska, ont également voté contre. Le républicain Mitch McConnell n’a pas pris part au scrutin.
Au centre des inquiétudes : la proximité exceptionnelle entre le nouveau ministre de la Justice et le président américain.
Avant d’entrer au gouvernement, Todd Blanche a été l’un des principaux avocats de Donald Trump dans plusieurs procédures judiciaires, notamment le procès pénal new-yorkais portant sur la falsification de documents comptables. Il a également défendu Trump dans les deux affaires pénales fédérales engagées sous l’administration Biden.
Pour ses détracteurs, cette relation soulève une question centrale : Blanche sera-t-il capable de préserver l’autonomie d’un ministère chargé d’enquêter et de poursuivre au nom de l’État fédéral lorsque les intérêts du président ou de ses proches sont directement concernés ?
Un fonds controversé de 1,8 milliard de dollars
La confirmation de Blanche a même failli être compromise par une controverse impliquant un montant considérable : 1,8 milliard de dollars.
Le différend trouvait son origine dans le règlement d’une procédure engagée par Donald Trump contre l’administration fiscale américaine, l’Internal Revenue Service (IRS).
Le département de la Justice avait prévu la création d’un fonds de compensation de 1,8 milliard de dollars, baptisé « Anti-Weaponization Fund », destiné à indemniser des personnes affirmant avoir été victimes d’une instrumentalisation du système judiciaire.
Parmi les bénéficiaires potentiels figuraient notamment des alliés de Trump ainsi que des personnes impliquées dans l’assaut contre le Capitole du 6 janvier 2021.
Plusieurs sénateurs républicains ont estimé que le dispositif allait trop loin.
Sous la pression notamment des sénateurs John Cornyn, du Texas, et Thom Tillis, de Caroline du Nord, Blanche a finalement fourni un engagement écrit annonçant l’abandon du fonds.
Il a également apporté des précisions concernant une autre partie du règlement qui protégeait Donald Trump, ses fils et l’entreprise familiale contre certains contrôles fiscaux. Blanche a indiqué que cette protection ne concernait que le passé et que les futures déclarations fiscales pourraient toujours faire l’objet de vérifications.
Ces concessions ont contribué à débloquer sa nomination.
Le vote décisif de Bill Cassidy
Parmi les républicains hésitants figurait le sénateur de Louisiane Bill Cassidy.
Il a finalement apporté son soutien à Blanche, fournissant une voix déterminante dans un Sénat où la majorité républicaine ne disposait pratiquement d’aucune marge.
Cassidy a estimé que la proximité de Blanche avec Trump pouvait paradoxalement constituer un avantage : parce qu’il bénéficie de la confiance du président et connaît personnellement son fonctionnement, il pourrait être mieux placé pour lui expliquer les limites juridiques de certaines demandes.
Le sénateur a toutefois reconnu que le candidat n’était « pas parfait ».
Les démocrates ont défendu l’analyse inverse.
Le sénateur Dick Durbin, l’un des principaux responsables démocrates de la commission judiciaire du Sénat, a qualifié la confirmation de Blanche de « grave erreur », estimant que les États-Unis avaient précisément besoin d’un Attorney General capable de résister aux pressions politiques et de lutter contre la corruption jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir.
Pam Bondi avait été écartée en avril
Todd Blanche dirigeait déjà le département de la Justice par intérim depuis avril.
Donald Trump avait alors limogé Pam Bondi, sa précédente ministre de la Justice. Officiellement, le président avait salué une « grande patriote » et une « amie loyale », tout en évoquant son passage vers le secteur privé.
Mais derrière cette présentation très cordiale, plusieurs médias américains avaient fait état d’une frustration croissante de Trump.
Deux dossiers concentraient notamment les critiques : la gestion de l’affaire Jeffrey Epstein, financier condamné pour des infractions sexuelles et mort en prison en 2019, ainsi que l’absence de résultats judiciaires jugés suffisants contre plusieurs adversaires politiques du président.
Blanche, qui était alors numéro deux du ministère, a pris immédiatement la direction de l’institution.
De procureur fédéral à avocat de Trump
Avant de rejoindre l’équipe juridique de Donald Trump, Todd Blanche avait travaillé comme procureur fédéral à New York.
Sa trajectoire a pris une dimension nationale lorsqu’il est devenu l’un des principaux défenseurs de Trump dans ses affaires pénales.
Il a notamment représenté le milliardaire républicain dans le procès new-yorkais à l’issue duquel celui-ci avait été reconnu coupable de falsification de documents comptables, ainsi que dans les deux poursuites pénales fédérales engagées sous la présidence de Joe Biden.
Blanche affirme que cette expérience lui a donné une vision directe de ce qu’il considère comme une « instrumentalisation » du système judiciaire contre Donald Trump.
Après le retour de celui-ci à la Maison-Blanche, il a été nommé Deputy Attorney General, numéro deux du département de la Justice, avant de devenir ministre par intérim puis d’être officiellement confirmé par le Sénat.
L’indépendance du ministère au cœur du débat
Depuis qu’il assure la direction du ministère, Blanche a supervisé plusieurs initiatives qui ont alimenté les critiques démocrates, notamment l’accélération d’enquêtes concernant des personnalités considérées par Trump comme des adversaires.
Ses soutiens mettent au contraire en avant son expérience de procureur fédéral et ses actions dans la lutte contre la criminalité violente, l’immigration illégale, les cartels et le trafic de drogue.
La confirmation du 8 août ne clôt donc pas le débat.
Elle lui donne désormais toute la légitimité institutionnelle pour diriger le département de la Justice, mais place également sa relation avec Donald Trump sous une surveillance accrue du Congrès, de la justice et de l’opinion publique.
Avec un résultat de 50 voix contre 49, le Sénat a validé son choix par la marge la plus étroite possible.
Et derrière cette différence d’une seule voix demeure une question appelée à accompagner Todd Blanche tout au long de son mandat : jusqu’où pourra-t-il concilier sa proximité personnelle avec Donald Trump et l’indépendance traditionnellement revendiquée par le ministère américain de la Justice ?
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