Economie

États-Unis : un blocage budgétaire historique qui paralyse le pays depuis 36 jours

Cette impasse plonge des centaines de milliers de fonctionnaires dans le chômage technique, ralentit le versement d’aides sociales essentielles et commence à désorganiser le trafic aérien dans l’un des pays les plus connectés du monde.

    Les États-Unis ont basculé mercredi dans leur 36ᵉ jour de « shutdown », dépassant ainsi le précédent record de 2019, déjà survenu sous le premier mandat de Donald Trump.

    Depuis le 1er octobre, date d’expiration du budget fédéral, républicains et démocrates n’ont toujours pas réussi à s’entendre au Congrès pour adopter un texte de financement.

    Cette impasse plonge des centaines de milliers de fonctionnaires dans le chômage technique, ralentit le versement d’aides sociales essentielles et commence à désorganiser le trafic aérien dans l’un des pays les plus connectés du monde.

    Une crise plus longue que prévu

    « Je vais être honnête avec vous, je pense qu’aucun d’entre nous ne s’attendait à ce que cela traîne autant en longueur », a reconnu mardi le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson. Son aveu dit à la fois la surprise et l’embarras d’un camp républicain qui n’arrive pas à imposer sa ligne budgétaire tout en assumant devant l’opinion les conséquences très concrètes de ce blocage.

    La paralysie intervient, hasard du calendrier, au moment même où plusieurs scrutins locaux importants ont tourné à l’avantage des démocrates. La Virginie a élu Abigail Spanberger au poste de gouverneure, le New Jersey a choisi Mikie Sherrill, et New York s’est offert un maire progressiste avec Zohran Mamdani.

    En Californie, les électeurs ont approuvé un redécoupage de la carte électorale, présenté comme une réponse aux initiatives républicaines menées au Texas. Autant de signaux politiques qui fonctionnent comme un baromètre : dans les neuf premiers mois du second mandat de Donald Trump, l’électorat ne suit pas toujours le parti républicain.

    L’ancien président l’a d’ailleurs reconnu à sa manière, en attribuant les revers de son camp à deux facteurs : l’absence de son nom sur les bulletins et la paralysie budgétaire. Selon lui, ce sont les deux raisons avancées par les sondeurs pour expliquer les défaites républicaines. Il l’a écrit sur sa plateforme Truth Social, cherchant à transformer un échec électoral en argument contre les démocrates.

    Démocrates galvanisés, républicains sous pression

    Face à ces résultats, les démocrates ont laissé éclater leur satisfaction. Le chef de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, s’est même permis d’ironiser en affirmant que « les démocrates fument Donald Trump et les républicains extrémistes à travers le pays ». Dans leur camp, on espère désormais capitaliser sur cette dynamique électorale pour faire bouger les lignes au Congrès et pousser les républicains à accepter un accord de financement.

    Car pour les Américains, les effets du blocage ne sont plus théoriques. Des centaines de milliers de fonctionnaires fédéraux ont été placés en congé sans solde, avec promesse de paiement différé une fois la crise résolue. D’autres, dont la mission est jugée indispensable, doivent continuer à travailler… eux aussi sans paie jusqu’à la réouverture de l’administration. Les aides sociales connaissent également des retards, ce qui fragilise les ménages les plus modestes.

    Donald Trump a durci le ton en déclarant mardi que, le principal programme d’aide alimentaire étant à court de fonds, le versement de cette assistance à 42 millions de bénéficiaires serait suspendu tant que, selon lui, « les démocrates de la gauche radicale » refuseraient de voter la fin du « shutdown ». La justice fédérale a toutefois ordonné le maintien de cette aide, et la Maison-Blanche a confirmé qu’elle se plierait aux décisions judiciaires. La porte-parole, Karoline Leavitt, a néanmoins prévenu que les bénéficiaires du programme SNAP devraient s’attendre à des délais, renvoyant la responsabilité de cette situation aux démocrates qui auraient « mis l’administration dans une position intenable ».

    Le trafic aérien menacé

    La crise budgétaire commence aussi à se faire sentir dans les aéroports américains. Le manque de contrôleurs aériens, déjà structurel, est accentué par le blocage.

    Résultat : retards, annulations, allongement des procédures de sécurité. Le ministre des Transports, Sean Duffy, a averti que si la situation se prolongeait au-delà de la semaine, une partie de l’espace aérien américain pourrait être contrainte de réduire son activité. Il a parlé sans détour de « chaos généralisé » à venir, exerçant ainsi une pression supplémentaire sur le Congrès.

    Un Congrès dans l’impasse

    Sur le plan législatif, les positions restent figées. Les républicains proposent de simplement prolonger le budget actuel avec les mêmes niveaux de dépenses. Les démocrates, eux, conditionnent leur soutien à la reconduction de financements pour des programmes d’assurance santé destinés aux ménages à bas revenus.

    Or, au Sénat, même si les républicains sont majoritaires, les règles imposent l’obtention de plusieurs voix démocrates pour faire passer un texte budgétaire. Sans compromis, rien ne bouge.

    Donald Trump, en position de chef de file officieux du parti, refuse toute négociation sur la santé tant que l’administration fédérale n’est pas rouverte. Cette ligne dure complique la tâche des élus républicains plus modérés, soucieux de limiter l’impact politique d’un blocage qui commence à peser sur l’opinion.

    Mardi, le Sénat a ainsi rejeté pour la quatorzième fois la proposition budgétaire des républicains. Comme lors des précédents votes, seuls trois sénateurs de l’opposition ont soutenu le texte. La répétition de ces échecs illustre une chose : personne ne veut être celui qui cède le premier, mais tout le monde sait que le temps joue contre le pouvoir politique en place.

    Une crise budgétaire devenue crise politique

    Ce « shutdown » est désormais plus qu’un bras de fer comptable. Il est devenu un marqueur de rapport de force entre la Maison-Blanche, le Congrès et l’aile trumpiste du Parti républicain. Il s’invite dans le débat électoral, nourrit la narration démocrate d’un Donald Trump incapable de gouverner sans blocage, et offre à l’opposition un argument pour exiger un accord plus large.

    Plus la paralysie s’installe, plus elle coûte politiquement. Elle frappe les fonctionnaires, inquiète les bénéficiaires d’aides sociales, perturbe les voyageurs, touche à la crédibilité économique du pays et commence à irriter le monde des affaires.

    Dans les faits, ce sont ces pressions cumulées, plus que les postures idéologiques, qui finiront par pousser l’un des deux camps à faire un pas.

    Commentaires

    Que se passe-t-il en Tunisie?
    Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

    Top 48h

    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

    To Top