Dans une déclaration faite ce lundi à Tunisie Numérique, le penseur et analyste politique, Farid Alibi, a réagi à la création de la Haute Autorité des Présidences en Libye, lancée jeudi dernier par le Conseil présidentiel libyen, le gouvernement d’unité nationale et le Conseil supérieur de l’État. Cette nouvelle institution vise à unifier les décisions nationales en Libye, en réponse à la fragmentation politique et sécuritaire qui divise le pays depuis plusieurs années.
Un État libyen fragmenté
Farid Alibi a souligné que les institutions politiques en Libye sont profondément divisées, avec plusieurs gouvernements, armées et un parlement basé à l’Est du pays. Cette fragmentation, a-t-il ajouté, a considérablement affaibli la Libye, empêchant la création d’une autorité centrale capable de prendre des décisions politiques, économiques et financières cohérentes. Il a également indiqué que cette division a exposé la Libye à une ingérence étrangère, avec des puissances arabes, régionales et internationales impliquées dans un véritable jeu de pouvoir, notamment autour de la richesse pétrolière et du positionnement stratégique du pays.
La montée des milices et de l’insécurité
L’analyste a mis en évidence la montée des milices et des seigneurs de guerre qui, selon lui, se protègent souvent derrière des forces extérieures. Cela a alimenté un climat de violences, de terrorisme, de luttes intestines, et d’instabilité sociale et sanitaire, entraînant des vagues de migration, tant vers l’Europe que vers d’autres régions d’Afrique. Alibi a précisé que la formation de la Haute Autorité des Présidences, comprenant principalement les institutions de l’Ouest libyen, représente un effort pour coordonner les actions au sein du pays, mais la non-inclusion des institutions de l’Est dans cette structure pose un réel problème.
Les enjeux régionaux et l’insécurité
Dans ce contexte de chaos politique, des pays voisins comme l’Égypte, le Soudan, l’Algérie, et la Tunisie, ainsi que d’autres nations éloignées, craignent la propagation des conflits et du terrorisme, notamment en raison de l’essor des groupes comme l’État islamique, Al-Qaïda, Boko Haram, et d’autres milices actives dans la région. Alibi a aussi évoqué la menace croissante du retour des combattants extrémistes en Libye, notamment ceux revenus de Syrie après la chute du régime de Bachar Al-Assad. Bien que cette nouvelle institution puisse offrir un espoir de stabilité, Alibi reste préoccupé par la persistance de l’instabilité.
Le rôle du peuple libyen et la question d’un retour à l’unité
Bien que la création de la Haute Autorité des Présidences soit perçue comme un pas vers la stabilité, Alibi a rappelé que le véritable changement pourrait provenir du peuple libyen lui-même, qui a déjà manifesté dans plusieurs villes pour revendiquer un système politique renouvelé. Il a mis en garde contre la tentation de croire que ce problème sera résolu uniquement par les institutions politiques actuelles, et il a suggéré que la véritable solution pourrait émerger d’une réconciliation nationale impulsée par la société civile.
Les relations tuniso-libyennes et l’impact sur le commerce
Concernant les relations entre la Tunisie et la Libye, Alibi a précisé que les deux pays partagent des liens historiques et culturels forts, représentant un seul peuple réparti sur deux États différents. Cependant, il a observé que la situation actuelle en Libye a gravement affecté les échanges commerciaux entre les deux nations, particulièrement en raison de l’essor du commerce informel et du trafic transfrontalier. Alibi a souligné l’importance pour la Tunisie de continuer à promouvoir une solution exclusivement libyenne à la crise, tout en collaborant avec l’Algérie et l’Égypte pour éviter toute ingérence extérieure qui pourrait prolonger la situation de chaos.
Il a conclut en affirmant que la Tunisie, en tant que voisine et partenaire clé, doit intensifier ses efforts pour contribuer à la résolution du conflit en Libye, en soutenant les initiatives locales et en appelant à une Libye unifiée et stable.
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