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Forum international de Réalités : « le citoyen n’était rien, maintenant il est tout, quels défis? »

La Tunisie vit actuellement une transition démocratique difficile pour les uns, ambiguë pour les autres. Durant cette transition, une nouvelle constitution et un nouveau code électoral seront élaborés. ce qui dénote de la volonté de tous les Tunisiens  d’aller vers une nouvelle République.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le forum international de Réalités sur le thème « la révolution tunisienne, les enjeux de la transition démocratique et le rôle de la société civile » qui a réuni plusieurs experts politiques, avocats, ONG, universitaires et des représentants de plusieurs organismes internationaux.

Au menu, trois panels : « le réveil des peuples et des sociétés Sud méditerranéens »  « les enjeux de la transition démocratique » et « vers un nouveau pacte pour la démocratie, le développement et la sécurité dans l’espace euro- méditerranéen ».

La Tunisie vit une mutation politique  importante. C’est le réveil du peuple et de la société estime Hakim Ben Hammouda directeur de l’Institut de formation et de la division de la coopération technique à l’OMC qui a estimé que cette transition démocratique a bouleversé le paysage politique dans le monde arabe. Prenant la parole, Bochra Bel Hadj Hamida, avocate, a appelé à consolider le rôle de la société civile. Le rôle des associations est primordial dans la défense des valeurs et l’instauration de la démocratie. Notre rôle est de toucher plus cette société qui a des droits à défendre et qui refuse de nos jours toute violation et toute oppression. Tous les citoyens veulent vivre en paix et la sérénité. Ils étaient ignorés durant 23 ans et notamment cette jeunesse qui a fait la révolution et qui a été interdite de son réseau social durant des années. Cette société virtuelle doit être impliquée dans la vie politique. Nos jeunes ne devront pas être marginalisés. Ils ont un rôle à jouer dans cette transition politique »

Hélé Béji, écrivaine tunisienne et présidente  du Collège international de Tunis, a souligné que les tunisiens ont quelques états d’âme en ce moment. Au romantisme révolutionnaire a succédé la mélancolie démocratique. Ains,i dit–elle, « Après l’euphorie d’avoir accompli le prodige de renverser le pouvoir, s’est détériorée aussi la légitimité de tout pouvoir, avec une méfiance à l’égard de tous ceux susceptibles de briguer le pouvoir. L’ancienne paranoïa du pouvoir à l’égard de la liberté s’est inversée en paranoïa de la liberté à l’égard de tout pouvoir, de toute institution, perçus comme des structures de domination. La deuxième chose qu’on observe est un phénomène contraire. La disparition brutale du pouvoir a créé un vide, et, du même coup, une attraction violente pour la prise de pouvoir. Ce qu’on l’on redoutait le plus et ce que l’on désire le plus. La vieille peur a laissé place à des rivalités enflammées pour la prise du pouvoir. C’est comme si la liberté retrouvée ne pouvait exister qu’à travers le fantôme du pouvoir. Est–ce que cela s’apparente à un processus démocratique ? Oui et non. Oui parce que c’est dans la logique démocratique que s’instaure une compétition politique pour le pouvoir. Non, quand se répandant des comportements qui transgressent les règles de civilité, des diffamations, des haines qui disqualifient les personnes dans leur être même. La fin de la violence de l’Etat, qui neutralisait la violence individuelle en créant une atmosphère de pacifisme artificiel, nous permet aujourd’hui de mesurer le degré de notre civilité réelle. Or depuis que les conflits peuvent s’exprimer librement, la faculté de délibérer semble bien précaire devant la rage incivile de s’affronter. C’est le cas des médias qui attisent de nouvelles intolérances par des mises en scène télévisuelles où rien n’est fait pour qu’on puisse distinguer le vrai du faux.

De l’impuissance totale du citoyen à sa toute puissance

L’écrivaine, Mme Béji, a estimé qu’on est passé du jour au lendemain de l’impuissance totale du citoyen à sa toute puissance “le citoyen n’était rien, il est tout” dit-elle. “Après avoir été niée, la citoyenneté devient une valeur plus sacrée que la croyance religieuse, prenant de court les mouvements religieux eux-mêmes. La brusquerie de ce passage plonge le citoyen dans un vertige où il n’a pas encore trouvé son équilibre,son centre de gravité. Ce citoyen tout-puissant, quelles institutions va-t-il se donner pour restreindre sa toute puissance ? Si les institutions ont été ruinées sous l’ancien régime, comment les restaurer si le sens de l’Etat ne revient pas au cœur de la citoyenneté ?” Mais quel est le mode de coexistence que  les “modernistes” entretiennent avec les partis réactionnaires ? La philosophe Béji ne mâche pas ses mots  « J’observe chez les progressistes une dose d’intolérance massive à l’égard des islamistes. Je ne conçois pas le modernisme comme un nouvel intégrisme, ni comme une lapidation morale de l’adversaire. La peur et la phobie ont été largement utilisées par le despotisme pour justifier les persécutions morales et physiques des religieux et d’autres. Est-ce que ces contre-conduites religieuses font partie du jeu de la démocratie, ou bien sont–elles des germes fascistes de destruction de la démocratie ? Jouer sur ce registre, c’est reprendre le désir d’éradication de l’adversaire. On ne peut fonctionner comme si les adversaires étaient d’office des félons. Cette méthode d’exclusion a fait beaucoup de dégâts par le passé. Dernière remarque pour sortir du cercle vicieux de la peur. L’ancien pouvoir, dit civil, était en réalité religieux, au sens où le prince y était sacralisé. L’obéissance au monarque était une forme d’allégeance religieuse. Or cette divinité a été destituée et désacralisée. Ce qui signifie que toute figure qui prétendrait à la sacralité le sera aussi. Bref, je dirais que brandir aujourd’hui la peur du religieux comme fondement d’un front commun moderniste me paraît une grave erreur d’appréciation et, même, une forme d’irresponsabilité et d’inconscience puisqu’elle fait revenir au devant de la scène ce qui précisément a été vaincu par la révolution ».

Source : Le Temps

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