Mauvaise nouvelle (il y en aura d’autres) pour les étudiants étrangers hors Union européenne (UE), majoritairement des Maghrébins et des Subsahariens. L’enseignement supérieur français, même public, sera bientôt hors de prix. Une dizaine d’universités françaises appliquent depuis la rentrée 2025 des frais d’inscription prohibitifs. La célèbre Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne avait résisté à la tentation mais cette manne financière commence à lui donner des idées, forcément mauvaises pour les étudiants hors UE.
La majoration des frais d’inscription pour cette catégorie, à un niveau stratosphérique, est sur la table. Elle a été soumise au Conseil d’administration hier lundi 1er décembre 2025. Si l’exonération des frais d’inscription pour les étudiants extracommunautaires est validée – par vote – elle sera instaurée dès la rentrée 2026…
Si la mesure passe il faudra débourser 2895 euros pour une licence et 3941 euros pour un master, contre 178 euros présentement. Marie-Emmanuelle Pommerolle, enseignante-chercheuse à Paris 1, a déclaré sur TV5Monde qu’un tel dispositif est «discriminatoire», car il «facture un service identique à un tarif différent selon la nationalité».
A noter que quelque 100 enseignants-chercheurs de l’université ont fait part de leur indignation dans une lettre ouverte publiée sur Afrique XXI. Ils sont d’avis que ce projet propose des prix « prohibitifs et discriminatoires« , à ajouter au fait qu’ils ternissent la réputation internationale et les traditions de partenariat du prestigieux établissement.
Marie-Emmanuelle Pommerolle a déclaré que cette décision affecterait près de 1000 des 5000 étudiants étrangers extracommunautaires de Paris 1. Elle rappelle que le programme gouvernemental « Bienvenue en France », mis sur pied en 2019 et ouvrant sur cette différenciation tarifaire, a été combattu par une pléthore de responsables universitaires.
Reste les explications qui sous-tendent cette décision inique à bien des égards. Il est vrai que les universités françaises sont lestées par les problèmes de trésorerie. Le Projet de loi de finances (PLF) 2026 corse les charges des établissements supérieurs sans que leurs ressources suivent. L’an dernier 60 universités sur 74 étaient dans le rouge.
La direction de Paris 1 argue que cette montée des tarifs est temporaire. Même Mme Pommerolle admet que les marges de manoeuvre sont étriquées. « Il est vrai que le contexte budgétaire des universités est déplorable. Nos universités sont à l’os« , a-t-elle déclaré, donnant l’exemple de la baisse de 90% du budget documentation…
Certes elle a raison, les finances du pays sont engluées dans un marasme qui ne laisse aucune marge, mais dans ce cas la logique veut que tous les étudiants, sans exclusive, prennent leur part dans cet effort de redressement des comptes des universités. Il ne faut pas que toute la charge pèse sur les étrangers et épargne ceux qui ont du soutien familial au sein de l’UE. En élargissant l’assiette et en augmentant raisonnablement les frais d’inscription on arrive aux mêmes résultats sans discriminer.
Par ailleurs certaines universités ont cassé leur tirelire pour offrir des planques aux chercheurs américains poussés vers la sortie par le président Donald Trump, avec sa politique de désossage des établissements supérieurs, surtout ceux où le militantisme étudiant a fleuri.
On sait que les étudiants ne sont pas à la fête en France, avec cette crise protéiforme et systémique. Que dire si les frais de scolarité explosent, surtout pour les étrangers qui par définition n’ont pas de filet de sécurité (des attaches familiales) dans le pays. A ajouter au fait que le PLF 2026 envisage la disparition de l’aide au logement (APL) pour ces mêmes étudiants. Ce coup de pouce oscille entre 100 et 250 euros par mois.
Enfin il y a la problématique de la France en termes d’attractivité pour les pépites étrangères, théorisée par les autorités. L’Hexagone projette d’accueillir 500 000 étudiants étrangers en 2027. Ce n’est pas avec ces tirs très inamicaux sur les frais d’inscription et le logement que Paris fortifiera ses positions face à la concurrence mondiale…
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