La toute première sortie publique de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal s’est faite sur France 2, dans le journal télévisé de Laurent Delahousse, un entretien diffusé hier dimanche 23 novembre. Il a pris la parole après un an de détention en Algérie, laquelle a pris fin grâce à la médiation du président allemand, Frank-Walter Steinmeier. Sansal, un peu amaigri mais plutôt en bonne forme, a dit des choses, certaines très apaisantes dans cette conjoncture diplomatique agitée, d’autres plus incisives.
L’écrivain a admis que désormais il s’auto-censure, qu’il contrôle « chacun de ses mots » du fait des relations tourmentées entre la France et l’Algérie. « Je pense à mes compagnons de cellule, qui vont être questionnés. Je pense à Christophe Gleizes, et il n’est pas le seul, il y a plusieurs dizaines de détenus politiques« , a-t-il déclaré.
Mais très vite, titillé par Delahousse, le Franco-Algérien a fait une incursion sur le terrain très glissant de la géopolitique. « J’ai vite compris que c’est la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental par la France (…) et mon amitié avec Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France (…), qui étaient la cause de cette histoire« , a-t-il affirmé…
Alors que dans les faits ce sont ses propos détonants sur la marocanité de certaines régions algériennes qui lui ont valu une condamnation à 5 ans de prison ferme, pour « atteinte à l’unité nationale ». De plus ce discours a été balancé dans un média d’extrême droite, « Frontières », fondé par le sulfureux Erik Tegnér, connu pour sa promptitude à livrer les « étrangers » à la vindicte populaire.
Par ailleurs Sansal a évoqué ses relations avec Driencourt, un adversaire notoire de l’Algérie qui ne rate aucune occasion de tirer en direction des Algériens, très souvent dans des médias marocains très en pointe dans le combat contre Alger tels que « Le360 ». Mais ce n’est pas le seul propos incendiaire de Sansal sur France 2, il a aussi assumé sa proximité avec l’ennemi public n°1 des Algériens, l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau.
Et que dire de ses confidences sur ses relations avec des hommes et femmes politiques de tous bords, de la gauche à l’extrême droite. Quand on connait les immondices que la cheffe de file du Rassemblement national, Marine Le Pen, déverse sur l’Algérie les déclarations de l’écrivain ne peuvent être perçues que comme une provocation de l’autre côté de la Méditerranée. Comment après ça retourner à Alger et en ressortir sans encombre ?
Pourtant c’est bien ce qu’a l’intention de faire Sansal. Il veut même y retourner « le plus vite possible » principalement pour récupérer ses affaires, argue-t-il, tout en ajoutant ceci : « J’ai peur pour ma famille, si je retourne en Algérie, j’ai peur qu’on arrête aussi mon épouse« . Raison pour laquelle il a demandé au chef de l’Etat français de lui déminer le terrain en s’adressant directement à son homologue algérien.
Mais dans le long entretien accordé à « France Inter » le ton de l’écrivain est plus belliqueux, l’accent plus guerrier. « Je dois y retourner car quand vous subissez une injustice, vous cherchez tout naturellement à obtenir réparation (…) Je n’ai pas besoin d’argent, même pas d’un nouveau procès. Juste le fait d’y aller et d’en ressortir, pour moi, c’est une réparation« . Attention…
Même le président Emmanuel Macron lui a demandé de faire « attention« , a confié Sansal, lui qui manifestement n’en démord pas de son projet de remettre les pieds en Algérie « C’est là qu’on va vérifier la réalité et la justesse des choses« , claironne-t-il.
Il faut souhaiter, pour son bien personnel et celui du rapprochement amorcé par Alger et Paris, que l’écrivain ne tendra pas l’oreille aux incendiaires sur les plateaux de télévision et de radio, qui n’ont rendu aucun service à la cause qu’ils prétendaient défendre. Après la libération de Sansal la présidence française, les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur ont reconnu que le bras de fer ne paye pas et qu’il faut reprendre la voie de la diplomatie, sous le sceau du « respect« .
Le président Macron a déclaré qu’il veut «bâtir une relation apaisée», qui doit «corriger beaucoup de choses». Son homologue Abdelmadjid Teboune l’attend depuis mars 2025. Il ne faudrait pas que la tentation de l’affrontement emporte Sansal et compagnie au point de savonner la planche de l’Elysée. L’écrivain franco-algérien, qui souffrait d’un cancer, a été requinqué par une radiothérapie, a-t-il confié. Que les partisans de la guerre avec l’Algérie pour des raisons politiques évidentes (Louis Sarkozy, Retaillaau, etc.) laissent Sansal se reposer.
L’ancien haut fonctionnaire algérien avait été cueilli par les policiers dès sa descente d’avion à l’aéroport d’Alger le 16 novembre 2024. Il a péché par naïveté en croyant qu’il allait être reçu avec des fleurs après les bombes qu’il a lâchées sur sa patrie. S’il veut y retourner en toute quiétude il a intérêt à moins se faire voir et entendre, qu’il laisse la diplomatie oeuvrer. Par ailleurs il s’agit aussi de ne pas mettre dans l’embarras le président allemand, qui a ardemment défendu sa cause auprès de Tebboune.
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