«Bienvenue en France», claironnent les universités du pays. Il faut croire que ce slogan a tourné court au motif que les établissements supérieurs français baignent dans la précarité et se doivent par conséquent de rincer les étudiants étrangers hors Union Européenne (UE). 3941 euros, c’est le seuil prohibitif fixé pour les frais d’inscription. Une dizaine d’universités ont déjà sauté le pas à la dernière rentrée, Paris 1 Panthéon-Sorbonne y songe sérieusement. L’Université de Strasbourg elle n’hésite plus, elle s’est déjà lancée…
Pour un master il faut débourser cette somme astronomique. C’est ça ou la porte. Les étudiants qui calent sont désinscrits des listes d’examen et leurs cartes sont désactivées. Le dispositif «Bienvenue en France» a été validé par le Conseil d’Administration de l’Université de Strasbourg en 2023, il est entré en vigueur dès la rentrée 2024-2025…
Pour amortir le choc l’établissement avait instauré des exonérations partielles ou totales et s’était engagé à restituer certaines sommes déjà déboursées par les étudiants. La présidence de l’université a sifflé la fin cette année, tarif plein pour tout le monde, pas d’exonération automatique qui tienne. Forcément les étudiants étrangers hors UE, encore plus précaires que les autres pour des raisons évidentes, se noient.
L’administration a notifié à plus de 150 étudiants étrangers, par mail, qu’ils ont été rayés des listes d’examen ; idem pour leurs cartes étudiantes, pour cause de non-paiement des frais. Une date limite de règlement des frais d’inscription a été fixée au 10 décembre 2025, avec des relances balancées 10 jours avant la date fatidique. Mais certains étudiants ont été désinscrits avant l’échéance fixée. Allez savoir pourquoi.
Une étudiante qui a débarqué à l’Université de Strasbourg pour échapper aux tourments financiers de l’enseignement privé a confié qu’elle n’a jamais reçu son certificat de scolarité ni sa carte étudiante. Par contre son exclusion des examens a bien atterri. Elle dit ceci : «Mentalement, c’est très lourd, je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas accès à mon certificat de scolarité. C’est la galère pour trouver un job étudiant, tu n’as pas de famille pour t’aider, payer le loyer c’est difficile, et même l’accès au CROUS pour se restaurer ils l’ont coupé».
Une autre étudiante dépeint le yo-yo dans la facture à payer : «On devait être dispensés de payer, et une semaine plus tard les règles avaient changé. Je devais payer 2400 euros et j’ai reçu un mail qui me demandait en fait 4000 euros. On voit que personne n’a cet argent, tout le monde a besoin de l’exonération et on comprend pas pourquoi la fac refuse certaines demandes et sur quels critères».
Une camarade inscrite l’an dernier corrobore : «Je travaillais pour payer mon loyer, l’alimentation, mais quand j’ai découvert que je devais payer la fac en plus je me suis dit qu’il fallait abandonner. Je peux pas avoir un job étudiant qui ne paye pas beaucoup et payer ça. J’ai pris un deuxième travail pour essayer de payer mais j’étais à bout».
D’autres étudiants ont reçu des refus d’exonération « agrémentés » d’ultimatums pour décaisser les 4000 euros dans un délai de 4 jours, avec là aussi des menaces de désinscription. Certains ont dû régler une partie du montant, sous une pression folle et n’ont plus aucun sou pour se loger ou s’alimenter.
La mesure frappe jusqu’au renouvellement des permis de séjour. Celui qui n’obtient pas de certificat de scolarité ne peut pas accéder à sa carte de séjour. Une étudiante fait savoir qu’elle n’a pas pu décrocher un statut de réfugié à la préfecture, automatiquement l’exonération des frais lui a été refusée et pas de convocation aux examens.
Autre mauvaise nouvelle et pas des moindres : le projet de budget 2026 du gouvernement de Sébastien Lecornu mentionne la fin de l’Aide personnalisée au logement (APL) pour les étudiants étrangers, la hausse des frais de visas et le doublement de la taxe pour les demandes de titres de séjour.
L’Université de Strasbourg avait un trou dans sa caisse à la fin de 2024. Elle a annoncé un déficit de 4 millions d’euros pour 2025 et projette de rogner de 5% son offre de formation, cap sur les partenariats privés tels que l’accord avec Total. A noter que cet établissement est l’un des tout premiers à s’embarquer dans la majoration des frais pour les étudiants hors UE. Une discrimination assumée. Et que dire du menu réservé par le favori de la prochaine élection – selon tous les sondages -, le Rassemblement national…
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