Le sémillant Tariq Ramadan, que les plateaux télé français s’arrachaient, un brillant esprit (il est titulaire d’un doctorat sur le réformisme islamique) qui charmait les amoureux de l’Islam et désarmait les antimusulmans avec ses exposés limpides, son érudition et sa grande maîtrise du verbe. Tout ça s’est arrêté net quand les accusations de viols et violences sexuelles ont commencé à fuser. A en croire les témoignages et les dossiers à charges, un monstre, un prédateur sexuel se cachait derrière ce séduisant islamologue suisse. Lui conteste énergiquement les viols sur trois femmes, perpétrés en France de 2009 à 2016, ça n’empêchera pas son procès de s’ouvrir ce lundi 2 mars devant la Cour criminelle départementale de Paris.
Le prédicateur de 63 ans, déjà condamné en appel (3 ans de prison dont un ferme) par la justice de son pays pour un viol sur une autre femme, répondra de ses crimes jusqu’au 27 mars prochain devant une cour constituée uniquement de juges professionnels. Le petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan el-Banna, risque très gros, jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.
On a appris que dès l’ouverture de l’audience l’une des victimes, Christelle (prénom d’emprunt), va requérir le huis clos, «afin de protéger son identité et d’éviter de revivre l’acharnement, les menaces et le harcèlement qu’elle a subis durant l’information judiciaire, l’accusé n’ayant pas hésité à divulguer et exposer publiquement son identité à de multiples reprises», ont confié ses avocates, Laura Ben Kemoun et Laure Heinich.
D’après le Comité de défense de la victime, ce procès organisé «après plus de huit années de procédure particulièrement difficiles et plus de seize ans après les faits» est «une forme d’aboutissement longtemps attendu» et «un moment essentiel» pour leur cliente. «Ce procès n’est ni un complot ni un combat politique mais l’histoire tristement ordinaire du viol de trois femmes sous emprise», souligne avant l’ouverture des débats Me Sarah Mauger-Poliak, avocate de Henda Ayari.
Après une longue gestation procédurière, la Cour d’appel de Paris a édicté en juin 2024 un procès contre l’islamologue suisse pour les crimes présumés : un viol aggravé, avec violences et sur personne vulnérable, Christelle, à Lyon en octobre 2009 ; un autre viol qui se serait produit en 2012 à Paris sur la personne de Henda Ayari, une ex-salafiste qui a viré vers le militantisme laïc et dont la plainte en octobre 2017 a éventré le système Ramadan ; et un autre viol sur une troisième femme, datant de 2016.
Au départ les juges d’instruction en charge des investigations avaient également renvoyé l’islamologue en procès pour des viols sur une quatrième femme, Mounia Rabbouj. Mais l’accusé avait saisi la Cour d’appel, qui a finalement enterré le dossier de cette victime présumée. La juridiction avait aussi conclu que la notion d’«emprise» n’était pas étayée matériellement, vu que cette infraction «au sens d’un stratagème aboutissant à la privation nécessairement totale du libre arbitre», ne pouvait être caractérisée.
La cour d’appel a retenu «la violence qui est principalement mise en avant dans les différents récits» des victimes. Toutes les plaignantes ont dépeint des relations sexuelles sauvages, que les juges d’instruction ont mentionnées ainsi dans leur ordonnance : «la main qui tient et force la tête, le bras qui empêche de bouger ou de se retourner, le poids du corps, le regard de fou, les paroles de domination et de soumission, les ordres, les gestes, cette attitude pour imposer» des rapports sexuels.
Tariq Ramadan a tout tenté pour que le procès n’ait jamais lieu. D’abord il a réfuté tout rapport intime avec ces femmes, puis a revu sa copie à la mi-2018 en admettant des relations adultères, sous le sceau de la «domination», brutales mais «consenties». Le dossier a basculé à ce moment-là. Pourtant le prédicateur a continué la stratégie des assauts procéduraux pour obtenir de nouvelles investigations et renvoyer son procès le temps d’apporter la preuve de son innocence.
«L’obstination de l’autorité judiciaire à maintenir l’audience aux dates initialement prévues ne semble pas permettre la tenue d’un procès équitable», a clamé son armée d’avocats, Jean-Marie Burguburu, Sarah May Vogelhut, Nabila Asmane et Ouadie Elhamamouchi. Ils arguent que depuis un an leur client avait introduit «pas moins de cinq requêtes pour verser des éléments nouveaux essentiels», mais a buté sur le «silence» de la présidente de la Cour criminelle…
Ses avocats ont même plaidé que Tariq Ramadan a une sclérose en plaques et n’était «pas en état de comparaître sans danger pour sa santé».
Rappelons qu’après sa condamnation en appel en Suisse pour un viol commis dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008, dans un hôtel à Genève, il a déposé un recours à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et a formulé une demande en révision du procès. La justice genevoise examine encore sa requête.
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