Le président Donald Trump prépare sa grande affaire : Mettre la main sur la direction de la bande à Gaza. Washington, en vertu du cessez-le-feu qu’il a imposé au Hamas mais surtout à Israël, réclame leadership dans l’enclave palestinienne et il l’aura. On ne voit pas qui peut le contrer, ni la France (qui peut se prévaloir d’une expérience diplomatique plus solide que l’administration Trump) et encore moins les pays arabes ne peuvent jouer les empêcheurs de tourner en rond. Beaucoup de choses seront dites, beaucoup de promesses seront formulées, mais in fine c’est la Maison Blanche qui dictera sa loi. La question est qui le Commandant en chef – le président américain – aura derrière lui, sur le terrain, pour régenter Gaza et mettre au pas le Hamas.
Où sont les pays arabes prêts à affronter le Hamas ?
Trump avait clamé le 21 octobre dernier que des partenaires dont des leaders arabes sont disposés à dépêcher des troupes pour obliger les combattants palestiniens à rentrer dans les rangs. Le républicain n’a jamais nommé les pays prêts à participer à cette coalition et aucune nation ne s’est signalée. Ce qui est certain c’est que les Émirats arabes unis n’intégreront « probablement pas » la force de stabilisation (ISF) pilotée par les USA sans un « cadre clair« .
Ces propos ont été tenus ce lundi 10 novembre par un haut responsable émirati. Les Émirats « ne voient pas encore de cadre clair pour la force de stabilisation et, dans ces circonstances, ne participeront probablement pas à une telle force« , a déclaré le conseiller présidentiel Anwar Gargash, lors d’une rencontre internationale à Abou Dhabi. Toutefois ils « soutiendront tous les efforts politiques en faveur de la paix et resteront en première ligne au niveau de l’aide humanitaire« , a-t-il indiqué.
Ce pays du Golfe, de plus en actif à l’international (le Soudan en sait quelque chose, hélas), ne criera pas trop fort sa dérobade face à l’enrôlement américain, les Émiratis éviteront de fâcher le président américain. Mais le fait est que ce qui refroidit les Émiratis est la même chose qui pétrifiera les autres alliés arabes de Washington…
On parle tout de même de la possibilité que la situation dégénère sur le terrain, avec un risque d’affrontement et le cas échéant l’obligation pour la force internationale de prendre les armes pour faire face au Hamas. Ce dernier n’a pas été désarmé et a encore la main sur Gaza, quoi qu’en dise la Maison Blanche. Il n’y aura pas beaucoup de candidats pour aller ferrailler contre un groupe que la puissance de feu n’a pas pu pulvériser complètement en 2 ans de guerre.
Le problème est et restera l’absence d’horizon politique pour la Palestine
Le problème majeur c’est que le volontarisme pour reconstruire Gaza et y monter des projets délirants va beaucoup plus vite que la ferme volonté de cheminer vers un règlement politique du conflit israélo-palestinien. Personne ne parle de solution politique ou très peu, trop peu. Depuis que le président français a signé sa bravade sur la reconnaissance à l’ONU de l’Etat palestinien le soufflet est retombé…
On vous disait que le plus important après les déclarations de principe serait de persévérer, de travailler dans la durée pour des avancées concrètes vers la coexistence pacifique entre deux Etats, clairement Paris cale à ce niveau. Le président Trump a dit dernièrement qu’il est capable de ligoter les mains de Benjamin Netanyahu pour que l’Etat palestinien émerge, mais le fait est que les USA ne font rien concrètement.
Alors déployer des troupes à Gaza en attendant le miracle de la Paix qui de toute évidence ne viendra pas tout seul, c’est une aventure périlleuse qui tentera très peu de pays, quelle que soit la force de persuasion de Trump. La seule garantie de sécurité pour cette force internationale – comme pour Israël – c’est un horizon politique pour les Palestiniens. Sans ça toute pacification n’est que chimère.
Alors, face à toutes ces questions sans réponse, face au risque d’enlisement dans un conflit vieux de 77 ans, personne ne se portera volontaire pour descendre sur le terrain aux côtés de l’US Army, « frères arabes » ou pas. Les Émirats arabes unis arguent qu’ils ont déboursé 2,57 milliards de dollars d’aides à la bande de Gaza depuis 2 ans et manifestement ils en resteront au soutien financier, pas question d’aller guerroyer contre le Hamas.
Trump a confirmé la semaine dernière qu’une force internationale serait opérationnelle « très bientôt » à Gaza. D’après des sources diplomatiques une kyrielle de pays ont émis l’hypothèse de prendre part à cette force de stabilisation, mais à part l’Indonésie peu de candidats s’engagent. Par ailleurs tous les pays exigent un mandat du Conseil de sécurité pour envisager de se déployer sur le territoire palestinien…
Ce qui signifie que la grandiloquence du président américain ne suffira pas à entraîner un élan vers l’adhésion totale à son projet pour Gaza, il en faudra beaucoup plus pour que les autres partenaires acceptent d’exposer leurs soldats à un danger qui est tout sauf virtuel.
Que se passe-t-il en Tunisie?
Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!
