Il fallait s’y attendre avec les développements spectaculaires entre l’Algérie et le Niger, après des mois de brouille : le président Abdelmadjid Tebboune a officialisé hier lundi 16 février un accord avec Niamey pour entamer le méga chantier du gazoduc transsaharien TSGP. On a même la date du démarrage effectif des travaux : Dans un mois, après le mois du Ramadan.
La différence s’est faite dès la conception du projet
Cette infrastructure d’une envergure de 4128 km, le plus imposant du contient africain, transportera à terme le gaz depuis le Nigéria pour joindre l’Europe, en passant par le Niger et l’Algérie. Le projet a été ficelé avec Abuja depuis octobre 2025, il restait l’accord ferme et définitif de Niamey, c’est fait.
Le chef de l’Etat algérien a fait cette annonce durant la visite officielle de son homologue nigérien, Abdourahamane Tiani. «Nous exprimons notre joie d’accueillir notre frère, le président de la République du Niger, dont nous attendions la visite depuis longtemps et qui, grâce à Dieu, s’est concrétisée aujourd’hui», a déclaré Tebboune devant les médias.
Le président algérien s’est réjoui que les deux nations aient «mis fin à une période inhabituelle de froid» dans leurs rapports, «bien que les deux peuples frères aient maintenu le contact entre eux (…) Nous préserverons l’amitié qui nous unit depuis des générations et le peuple algérien et le peuple nigérien resteront des frères et des voisins unis par des relations fraternelles solides», a martelé Tebboune.
Des mots forts pour marquer une réconciliation au sommet des deux Etats, un discours puissant pour sceller aussi un partenariat dont le continent et l’Europe attendent beaucoup. Le gazoduc transsaharien dormait dans les cartons depuis 2002. Le Maroc, qui a flairé les retombées d’un tel projet, a profité de cette léthargie pour mettre sur la table un gazoduc encore plus impressionnant, le plus long gazoduc offshore du monde, quelque 5000 kilomètres, toujours avec le Nigéria.
Rabat voyait encore plus grand en proposant de desservir 13 pays le long de la côte atlantique africaine avant de rallier l’Europe. Un programme très ambitieux, un peu trop d’ailleurs, il n’a pas bougé d’un iota depuis les études de faisabilité. De toute évidence le rêve marocain bute sur une réalité implacable : l’absence de financement et de volonté politique des Etats partenaires.
Alger est mieux outillé à ce niveau. Les autorités se sont facilité la vie en misant sur les installations déjà existantes au Nigéria et en Algérie, auxquelles on ajoutera des nouveaux tronçons dans les deux pays et le morceau qui traversera le Niger. En fait le dernier verrou était la crise politico-diplomatique avec Niamey, l’affaire est enterrée. Depuis le 12 février l’ambassadeur d’Algérie a repris la direction du Niger et vice versa, l’épilogue d’une série d’initiatives fortes.
La visite du président Tiani intervient 3 semaines après le voyage au Niger d’une imposante délégation algérienne conduite par le ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab. Les deux parties ont réchauffé 2 gros dossiers : l’exploitation conjointe par la Sonatrach et la Sonidep d’un champ pétrolier au Nord du Niger et le gazoduc TSGP. Pour le second projet l’annonce est tombée très vite.
Alger donne des leçons de pragmatisme et de realpolitik
Pourtant les deux « amis » viennent de très loin. Le feu a pris en juillet 2023, suite au coup d’Etat qui a écarté le président élu, Mohamed Bazoum. Alger, qui était sur la même position que la CEDEAO et l’Union africaine, avait fixé un ultimatum de 6 mois à la junte militaire pour revenir sur les rails de l’ordre constitutionnel. Niamey l’avait très mal pris. A cette tension s’est ajoutée la destruction par l’Algérie d’un drone militaire malien, en avril 2025…
Le Niger et le Burkina Faso avaient fait bloc avec Bamako, au nom de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) ; les trois pays avaient rappelé leurs ambassadeurs à Alger, ce dernier avait riposté de la même manière. Le Niger et l’Algérie ont enterré la hache de guerre, Alger a même fait don à Niamey d’une centrale électrique et a raflé deux gros marchés (une raffinerie et un complexe pétrochimique). Avec le Burkina aussi les choses progressent via la visite d’une grosse délégation algérienne pour évoquer des projets dans l’énergie, les mines et les hydrocarbures.
Il ne reste que le Mali. L’Algérie a tendu la perche à deux reprises, publiquement, Bamako hésite encore à la saisir, sans doute à cause du Maroc et des Emirats arabes unis qui lui soufflent à l’oreille. En attendant les liens avec les deux autres pays de l’AES se raffermissent.
La musique a changé du côté d’Alger, ce dernier a décidé, pragmatisme et realpolitik obligent, de composer avec ceux qui tiennent les rênes du Niger. «Nous avons convenu de renforcer la coopération dans les domaines de la sécurité, de la formation militaire et de la coopération énergétique dans les domaines des hydrocarbures, de l’électricité, de la formation universitaire et professionnelle», a dit Tebboune au terme de sa rencontre avec le général Tiani.
«Nous avons également confirmé la volonté de l’Algérie d’accompagner nos frères nigériens dans tout ce dont ils ont besoin, sans lésiner sur les moyens», a déclaré le président algérien.
Au sujet du combat contre le terrorisme, les deux partenaires sont «sur la même longueur d’onde (…) Nous coopérerons avec tous les moyens et toutes les capacités dont dispose l’Algérie dans ce domaine», a déclaré Tebboune.
Une tonalité qui a ravi le président nigérien, il a magnifié le respect de la souveraineté de son pays et de ses orientations politiques internes ; il a salué une «position honorable» pour le gouvernement et pour «le grand peuple algérien»…
«Aucun Africain ne peut imaginer que l’Algérie, qui a souffert pendant plus d’un siècle des affres du colonialisme, puisse permettre que son territoire soit utilisé pour attaquer un pays africain frère», a ajouté le général Tiani, qui se dit convaincu qu’«une page importante de l’histoire du Sahel et de l’Afrique s’écrit aujourd’hui et que chaque pays choisira sa position en fonction de ses convictions, de ses intérêts et des valeurs auxquelles il croit».
Encore une fois le Niger c’est fait, le Burkina Faso presque, pour Alger il ne reste que le Mali. Ça viendra très certainement car de tous les membres de l’AES c’est sans doute Bamako qui a le plus besoin de soutien face à sa pléthore de problèmes, dont le principal est le péril djihadiste.
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