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Grève des médecins résidents: Le bras de fer avec le ministère s’intensifie

Il fallait s’y attendre: le bras de fer opposant le ministère de la Santé au syndicat des internes et résidents en médecine ne pouvait pas ne pas s’achever … en queue de poisson. En atteste l’appel dudit syndicat à une grève entamée hier et dont les premières répercussions négatives ont été déjà ressenties au sein de plusieurs établissements hospitaliers. Là où l’activité médicale s’est considérablement réduite, en dépit de la mise en place de «permanences de crise» au rendement inévitablement insuffisant.

Que de revendications!

Mais, au fait, pourquoi en est-on arrivé là? Pour ledit syndicat, le torchon a commencé à brûler au lendemain de l’assemblée générale tenue par le Syndicat le 18 mai dernier à l’hôpital Charles-Nicole et au cours de laquelle les internes et résidents en médecine de Tunis, avec le soutien des représentants du Syndicat national des médecins de la santé publique, avaient brandi une batterie de revendications. En effet, outre la réclamation «d’excuses publiques et officielles de la part du ministère pour les propos offensants tenus à l’égard des médecins», l’assemblée a exigé :

— La remise, sans aucune condition, des diplômes de fin d’études aux médecins spécialistes.

– La levée du blocus sur les stages de perfectionnement à l’étranger dont bénéficiaient les résidents en médecine.

– La nécessité d’élaborer une stratégie nationale de santé publique, avec un état des lieux clair et précisant les besoins et ressources disponibles, le nombre de postes vacants, ainsi que le nombre de médecins généralistes et spécialistes au chômage ou en attente de recrutement.

– L’abandon pur et simple de la loi n°2010-17 du 20 avril 2010, modifiant et complétant la loi de 2004 relative au service national et façonnée sous l’ère Ben Ali, et ce, pour que le ministère de la Santé publique puisse disposer d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, cette loi injuste ayant été conçue à l’époque pour viser les médecins spécialistes, en premier lieu.

– Le refus total et absolu de toute forme de chantage émanant du ministère de tutelle.

– L’abandon de l’obligation d’une année de travail dans les régions intérieures du pays.

Et le bout du tunnel ?

En face, on est encore sur la défensive, puisque le ministère persiste à croire que «les revendications des grévistes sont d’autant plus excessives qu’elles témoignent d’un…manque de patriotisme». De quoi mettre de l’huile sur le feu, quand on sait que ces mêmes propos lancés récemment au cours d’une émission télévisée ont eu pour effet de pousser le syndicat à projeter une procédure judiciaire contre Madame la ministre «pour diffamation et abus de pouvoir», ainsi qu’une plainte auprès du Conseil national de l’Ordre des médecins de Tunisie «pour manquement aux principes de la déontologie médicale».

Au milieu de ce climat de turbulence d’une ampleur sans précédent, on ne sait jusqu’à quand se poursuivra le bras de fer entre les deux parties, même si la grève d’hier devait très probablement rouvrir une fenêtre sur la réconciliation «Il y va de la santé de nos malades», martèle-t-on au ministère. Réplique menaçante du syndicat des internes et résidents en médecine : «Si le dialogue de sourds ne venait pas à être rompu, notre grève serait alors … non-stop». Pourvu que la sagesse et l’intérêt général finissent par prévaloir.

Le point de vue du ministère

Le Pr Nabil Ben Salah, directeur général des études et de la recherche médicales, a expliqué la problématique du point de vue du ministère de la Santé. Il a confirmé que des attestations de réussite ont été délivrées à tous ceux qui en ont fait la demande, et que les diplômes ont pris 24 heures de retard parce qu’à la signature de la ministre de la Santé, devait être adjointe celle du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. De sorte que ces diplômes définitifs sont désormais à la disposition de leurs titulaires.

A propos des stages à l’étranger habituellement effectués par nos résidents, le ministère a mis en exergue les embûches qu’il a dû contourner pour défendre cette intéressante opportunité pour nos médecins résidents.

Après des négociations ardues, et dans la mesure où les universités françaises étaient déterminées à n’accepter nos résidents en médecine qu’en fonction des besoins spécifiques des centres hospitalo-universitaires français, le ministère et ses partenaires se sont mis d’accord pour que l’affectation obéisse à des conventions entre facultés de médecine tunisiennes et françaises selon les desiderata des uns et des autres, mais que le niveau de formation soit au minimum de 3 ans de résidanat. De sorte que les médecins résidents de 3e et 4e année auront leur stage comme souhaité.

La question du service civil est, quant à elle, du ressort du ministère de la Défense, de même que l’éventuelle abrogation de la loi supprimant la dispense à partir de 28 ans d’âge aussi bien pour les garçons que pour les filles.

Cependant, explique Pr Nabil Ben Salah, un recrutement concluant des 250 médecins spécialistes dont ont besoin les régions de l’intérieur du pays éluderait le problème à la base. De même qu’il rendrait caduque l’exigence de travailler une année entière dans une région éloignée imposée aux médecins spécialistes nouvellement recrutés par le ministère.

Rappelons que les 250 postes proposés dans les établissements publics de santé de l’Ouest du pays donnent droit à une indemnité spécifique allant de 300 à 1 000 dinars selon la zone, qui s’ajoute au salaire légal d’un médecin spécialiste de la santé publique. Cette indemnité est servie également à ceux exerçant dans le cadre du service civil.

Source: Le Temps

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