La guerre américano-israélienne contre l’Iran est entrée, ce mardi 3 mars 2025, dans son quatrième jour. Un conflit qui a déjà provoqué de lourdes pertes parmi les parties directement engagées, mais aussi dans plusieurs pays abritant des bases militaires américaines, ciblées par Téhéran. Cette confrontation a entraîné un profond désordre sur la scène internationale, alimenté une flambée des prix du pétrole et laissé planer une grande incertitude quant à sa durée et à son impact mondial.
Dans un entretien exclusif accordé à Tunisie Numérique, l’expert militaire, le colonel à la retraite Mokhtar Ben Nasr, a livré une analyse détaillée des données militaires et tactiques du conflit.
Une invasion terrestre américaine : menace crédible ou posture politique ?
Revenant sur les déclarations du président américain Donald Trump, qui a évoqué la possibilité d’une invasion terrestre de l’Iran, Ben Nasr estime qu’un tel scénario ne serait pas simple à mettre en œuvre.
« Une opération terrestre nécessite des préparatifs logistiques considérables, des concentrations de troupes et une présence militaire massive sur le terrain », explique-t-il. Or, à ce stade, aucune mobilisation significative de forces terrestres américaines n’a été observée à proximité immédiate de l’Iran.
Il souligne également que la géographie iranienne complique toute offensive terrestre. « L’Iran est un pays immense, et les centres de pouvoir, notamment Téhéran, sont situés dans des zones montagneuses comparables à celles de l’Afghanistan. Une telle opération exigerait du temps, des moyens importants et un engagement prolongé. »
Selon lui, si des actions américaines de type terrestre devaient avoir lieu, elles seraient probablement limitées dans l’espace et dans le temps, menées par des forces spéciales dans une logique de déstabilisation plutôt que d’occupation.
Une guerre planifiée à distance
Ben Nasr estime que le conflit actuel a été conçu dès le départ comme une guerre à distance, reposant sur des frappes successives visant principalement les capacités économiques et les infrastructures étatiques iraniennes.
Il rappelle que ni les États-Unis ni Israël ne semblent en mesure de soutenir une guerre longue, notamment pour des raisons économiques. Les premières estimations tablaient sur une semaine de conflit, puis sur quatre semaines, preuve selon lui que la résistance iranienne a surpris les planificateurs.
Il ajoute que Washington et Tel-Aviv semblaient compter sur un soulèvement interne en Iran pour accélérer un changement de régime, une hypothèse qu’il juge mal évaluée au regard de l’histoire et de la sociologie politique iraniennes.
Un conflit aux répercussions mondiales
Pour Ben Nasr, l’impact sur l’économie mondiale constitue un facteur déterminant. La flambée des prix de l’énergie et la menace de fermeture du détroit d’Ormuz – artère vitale du commerce pétrolier mondial – pourraient pousser des puissances comme la Chine, la Russie ou l’Inde à intervenir diplomatiquement pour imposer un cessez-le-feu.
Il souligne que l’Iran s’est préparé de longue date à un tel affrontement. Si ses défenses aériennes semblent aujourd’hui vulnérables, Téhéran dispose de missiles balistiques, de missiles de croisière, de capacités hypersoniques et d’un arsenal important de drones capables d’équilibrer partiellement le rapport de force.
Pourquoi frapper les bases américaines du Golfe et pas la Turquie ?
Interrogé sur les frappes iraniennes contre des bases américaines dans les pays du Golfe, Ben Nasr explique que la Turquie, membre de l’OTAN, bénéficie d’une protection collective qui rendrait toute attaque contre elle particulièrement risquée pour Téhéran.
Il évoque également les liens économiques et énergétiques entre Ankara et Téhéran, qui rendent un affrontement direct peu probable à ce stade.
Selon lui, les frappes contre les pays du Golfe traduisent une volonté iranienne de démontrer l’incapacité américaine à protéger ses alliés régionaux, ce qui constituerait un coup stratégique à long terme contre l’architecture sécuritaire américaine.
Vers une guerre régionale élargie ?
Pour l’expert militaire, le conflit a déjà une dimension régionale, avec des échanges de frappes impliquant le Liban et des groupes armés en Irak. Toutefois, les intérêts économiques des grandes puissances pourraient freiner une extension incontrôlée du conflit.
L’assassinat du Guide suprême : faiblesse ou mutation de la guerre moderne ?
Concernant l’assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei, qui a suscité un large débat international, Ben Nasr estime que cet événement illustre l’évolution technologique des conflits contemporains.
« Nous sommes entrés dans une ère où les dirigeants peuvent être ciblés grâce à des technologies avancées, à l’intelligence électronique et à des dispositifs connectés », explique-t-il, soulignant que les outils médicaux, les équipements électroniques et les objets du quotidien peuvent aujourd’hui devenir des vecteurs de traçage.
Pour lui, cette dimension technologique constitue désormais l’un des principaux défis sécuritaires pour les États, notamment dans le monde arabe.
En conclusion, Ben Nasr estime que l’issue du conflit dépendra moins de la puissance de feu que de la capacité des acteurs internationaux à contenir l’escalade, dans un contexte où l’économie mondiale est directement menacée.
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