Avec la montée des températures extrêmes et la raréfaction des précipitations qui marquent le climat mondial, plusieurs pays ont eu recours ces dernières années à la technique de l’ensemencement des nuages — une méthode qui vise à provoquer artificiellement la pluie. Cette approche suscite aujourd’hui un vif débat : est-elle réellement efficace, et la Tunisie peut-elle l’adopter ?
Une technique complexe nécessitant des moyens avancés
Intervenant sur ce sujet, Houcine Rhili, expert en ressources hydrauliques, a expliqué que l’ensemencement des nuages consiste à influencer la formation et le déplacement des nuages afin de déclencher des précipitations.
Cette opération repose sur une observation météorologique fine — direction des vents, altitude et densité des nuages — et utilise des substances chimiques, notamment l’iodure d’argent, projetées à une altitude de 6 000 à 7 000 mètres, soit par avions spécialisés survolant les nuages, soit via canons à longue portée.
« Ces substances favorisent la condensation et l’épaississement des nuages, explique-t-il. À partir de là, deux options sont possibles : soit provoquer la pluie avant son échéance naturelle, soit déplacer les nuages — par exemple du large vers les zones agricoles ou urbaines ».
Cette technique est déjà utilisée aux États-Unis et en Chine, où elle a donné des résultats variables.
Une idée envisageable mais encore théorique en Tunisie
Selon Houcine Rhili, la question de l’ensemencement des nuages a récemment été évoquée en Tunisie, mais aucune information officielle n’a confirmé l’existence d’un projet concret.
« D’un point de vue théorique, cette solution est possible en Tunisie, affirme-t-il, mais elle nécessite des moyens techniques et financiers considérables, ainsi qu’une évaluation rigoureuse des coûts et des volumes d’eau générés. »
Il souligne aussi qu’un projet de ce type ne serait viable que si le pays disposait d’une infrastructure adaptée pour capter et stocker l’eau de pluie, ce qui n’est pas encore le cas. « La Tunisie perd chaque année une quantité importante d’eau de ruissellement faute d’équipements suffisants », regrette-t-il.
Une piste de recherche à approfondir
Pour le spécialiste, l’ensemencement des nuages reste un domaine de recherche prometteur, à condition de partager les résultats des expériences menées afin d’en tirer des enseignements et d’améliorer les protocoles.
Il cite à ce propos l’expérience du Maroc, qui a mené des essais évalués scientifiquement. « À l’échelle mondiale, le taux de réussite moyen est d’environ 50 %, ce qui signifie qu’une tentative sur deux seulement donne des résultats concrets », précise-t-il.
Ainsi, selon lui, le succès de cette technologie dépend avant tout de la rigueur scientifique, des conditions météorologiques locales et des capacités de suivi technique et logistique.
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