L’investissement dans les industries manufacturières tunisiennes envoie, au premier semestre 2026, un signal globalement positif. Mais derrière l’amélioration de l’indicateur national se cachent des trajectoires radicalement différentes selon les secteurs.
D’après l’enquête semestrielle de l’Institut national de la statistique (INS), le solde d’opinions des chefs d’entreprise sur l’évolution de l’investissement atteint 24 % au premier semestre 2026, contre 21 % au second semestre 2025. Pour le second semestre, l’indicateur anticipé s’établit à 26 %.
À première vue, le message semble simple : l’investissement industriel reprend progressivement. Mais la moyenne nationale ne raconte qu’une partie de l’histoire.
Dans les industries mécaniques et électriques, le solde d’opinions atteint 48, soit 26 points au-dessus de sa moyenne historique. Dans le textile, l’habillement et le cuir, il tombe à –4, soit 13 points sous sa norme.
Entre ces deux extrêmes se dessine une industrie tunisienne à plusieurs vitesses.
Comment lire ces chiffres ?
Un solde de 48 ne signifie pas que l’investissement a progressé de 48 %. Il représente l’écart entre la part des entreprises déclarant une hausse de leurs investissements et celle déclarant une baisse.
Plus le solde est élevé, plus le rapport de forces est favorable à la hausse.
Un indicateur à lire comme un signal, pas comme un taux de croissance
Les chiffres de l’INS ne mesurent pas directement les montants investis.
Le « solde d’opinions » correspond à la différence entre la proportion d’entreprises déclarant une hausse de leurs investissements et celle déclarant une baisse. Un solde de 48 ne signifie donc ni que les investissements ont augmenté de 48 %, ni que 48 % des entreprises ont accru leurs dépenses.
L’enquête a été menée en mai 2026 auprès d’un échantillon de 1 085 entreprises manufacturières. Ces enquêtes semestrielles sont réalisées depuis 2001 et les séries sont corrigées des variations saisonnières.
Les chiffres sectoriels reposent nécessairement sur des sous-échantillons plus réduits. Ils doivent donc être lus avant tout comme des signaux de tendance, particulièrement lorsque les écarts d’un semestre à l’autre restent limités.
Le chiffre national de 24 cache six situations très différentes
Pour comprendre ce qui se passe réellement, le niveau absolu de chaque secteur ne suffit pas. Il faut également le comparer à son propre comportement historique.
| Secteur |
Solde actuel
S1 2026 |
Moyenne
historique |
Écart à la norme |
| Industries mécaniques et électriques |
48 |
22 |
+26 |
| Industries chimiques |
29 |
20 |
+9 |
| Industries diverses |
15 |
11 |
+4 |
| Matériaux de construction, céramique et verre |
19 |
16 |
+3 |
| Industries agroalimentaires |
15 |
17 |
–2 |
| Textile, habillement et cuir |
–4 |
9 |
–13 |
Lecture : l’écart à la norme mesure la différence entre le solde d’opinions du premier semestre 2026 et la moyenne historique propre à chaque secteur. Un solde d’opinions n’est pas un taux de croissance de l’investissement.
Les valeurs sectorielles et leurs moyennes historiques sont celles du tableau détaillé publié par l’INS.
Cette comparaison change sensiblement la lecture.
L’agroalimentaire affiche par exemple un solde positif de 15, mais celui-ci reste légèrement inférieur à sa moyenne de long terme de 17.
À l’inverse, un solde de 29 dans la chimie place encore le secteur neuf points au-dessus de sa norme.
Deux branches se détachent surtout : la mécanique-électrique par le haut et le textile par le bas.
Mécanique et électrique : très au-dessus de sa norme, mais après un pic
Les industries mécaniques et électriques constituent le signal le plus puissant de l’enquête.
Leur solde passe de 35 au second semestre 2025 à 48 au premier semestre 2026, pour une moyenne historique de seulement 22. Le secteur évolue donc actuellement 26 points au-dessus de sa norme.
Pour le second semestre, le solde anticipé atteint 37. Il reste très élevé et nettement supérieur à la moyenne historique des anticipations du secteur, qui est de 20, mais il est inférieur au niveau actuel de 48.
Il ne faut donc pas parler d’une nouvelle accélération par rapport au pic atteint au premier semestre.
Le signal est plus subtil : la mécanique-électrique resterait l’un des secteurs industriels les plus dynamiques, tout en revenant d’un niveau exceptionnellement élevé.
La progression de 10 à 37 visible dans le tableau de l’INS correspond, elle, à deux enquêtes successives portant sur les anticipations. Il ne s’agit pas d’une comparaison directe entre l’investissement actuel et l’investissement futur.
La distinction est importante.
Chimie : un niveau encore élevé, mais un net refroidissement attendu
La situation est différente dans les industries chimiques.
Au premier semestre, leur solde atteint 29, contre 38 au semestre précédent. Malgré ce recul, il reste 9 points au-dessus de sa moyenne historique, établie à 20.
Le signal devient nettement plus prudent lorsqu’on regarde les anticipations.
Dans le tableau détaillé de l’INS, le solde attendu passe de 31 à 18 pour le second semestre 2026. Le niveau anticipé rejoint ainsi exactement sa moyenne historique de long terme, elle aussi fixée à 18.
La chimie ne bascule donc pas en zone négative. Mais après une période où l’investissement se situait très au-dessus de sa norme, les chefs d’entreprise anticipent un retour vers un rythme beaucoup plus habituel.
Une précision de lecture mérite d’être signalée. Le commentaire rédactionnel de l’enquête attribue le mouvement 31→18 aux matériaux de construction et présente la chimie comme stable. Le tableau sectoriel détaillé montre au contraire une série 31→18 pour la chimie, tandis que les matériaux de construction évoluent de 18 à 17.
La lecture retenue ici s’appuie donc sur le tableau détaillé de l’INS.
Note de lecture TN
Le commentaire accompagnant l’enquête attribue le mouvement 31 → 18 aux matériaux de construction et présente la chimie comme stable. Le tableau sectoriel détaillé indique au contraire 31 → 18 pour la chimie et 18 → 17 pour les matériaux de construction.
Notre analyse retient les données du tableau détaillé.