À l’approche de nouvelles étapes décisives dans les négociations entre Washington et Téhéran, Israël tente de peser de tout son poids sur le contenu d’un éventuel accord. Dans ce contexte sensible, le Premier ministre israélien Benjamín Netanyahou a avancé sa visite à la Maison-Blanche afin d’exposer directement aux responsables américains les lignes rouges de Tel-Aviv, selon le site d’information israélien Ynet.
D’après cette source, Netanyahou doit rencontrer le président américain Donald Trump dès mercredi. L’objectif affiché est clair : s’assurer que les intérêts sécuritaires d’Israël soient pleinement intégrés aux discussions entre les États-Unis et l’Iran. À Tel-Aviv, la crainte majeure est celle d’un accord limité au seul dossier nucléaire, laissant de côté ce qu’Israël considère comme des menaces stratégiques plus larges.
Selon Ynet, organe d’information du quotidien Yediot Aharonot, la liste des exigences formulées par l’establishment sécuritaire israélien s’articule autour de quatre points clés. Premièrement, Israël ne se contente pas d’un gel de l’enrichissement : il réclame le démantèlement complet de l’infrastructure nucléaire iranienne, ainsi que l’exportation hors d’Iran de l’ensemble des stocks d’uranium enrichi. Deuxièmement, Tel-Aviv pousse pour une limitation drastique de la portée des missiles balistiques iraniens, avec un plafond fixé à 300 kilomètres, ce qui priverait Téhéran de toute capacité de frappe directe contre le territoire israélien. Troisièmement, toute entente devrait, selon Israël, inclure un engagement formel interdisant à l’Iran de financer ou d’armer ses alliés régionaux, notamment le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen. Enfin, la quatrième exigence concerne une surveillance renforcée : le retour des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique avec des prérogatives élargies, incluant des inspections inopinées de tout site, civil ou militaire, sans restriction.
Malgré une relation présentée comme cordiale entre Netanyahou et Trump, les inquiétudes israéliennes demeurent vives. Le quotidien israélien Israel Hayom évoque des préoccupations profondes au sein des cercles politiques et sécuritaires du pays. La première tient à ce qui est perçu comme une possible tentation américaine d’opter pour une approche pragmatique, privilégiant un « accord rapide » centré sur le nucléaire afin de l’afficher comme un succès politique, au détriment des dossiers balistique et régional. À Tel-Aviv, ce scénario est qualifié de « demi-accord ».
Autre source d’inquiétude : la stratégie américaine dite de la « carotte ». Les responsables israéliens redoutent que les discussions menées récemment à Oman entre l’émissaire américain Steve Witkoff et le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi ne débouchent sur un allègement des sanctions en échange de concessions jugées cosmétiques sur l’enrichissement. Un tel compromis, estiment-ils, pourrait relancer l’économie iranienne et permettre à Téhéran de poursuivre son soutien à ses alliés régionaux.
Enfin, l’éventualité d’un retrait ou d’un allègement de la présence militaire américaine au Moyen-Orient alimente les craintes de l’appareil sécuritaire israélien. Un accord, même partiel, pourrait selon eux laisser Israël seul face à une montée en puissance des capacités iraniennes, notamment dans le domaine des drones et des missiles, à l’image du missile « Khorramshahr-4 » récemment dévoilé.
Au-delà de la question nucléaire, c’est donc la perspective d’un accord conférant à l’Iran une reconnaissance internationale en tant que puissance régionale, tout en préservant l’essentiel de son arsenal stratégique, qui inquiète le plus Tel-Aviv. Un scénario que les autorités israéliennes cherchent à tout prix à éviter en influençant le cours des négociations en amont.
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