Monde

Journée internationale de la femme 2017 : la révolution sous-jacente des femmes saoudiennes

Manel al-Sharif, icône du mouvement Women2Drive

Cette année, le thème de la journée internationale de la femme, fêtée partout dans le monde le 8 mars 2017, tourne autour du travail.

Tandis que les femmes de certains pays à l’instar de la Finlande et du Norvège, luttent pour parvenir à des salaires égalitaires avec les hommes, d’autres encore, comme en Arabie-Saoudite, militent pour accéder au droit de conduire ou encore celui d’intégrer certains domaines de travail réservés aux hommes.

La journaliste Clarence Rodriguez, installée au royaume depuis douze ans, a fait un témoignage poignant de la situation de la femme saoudienne. Ayant côtoyé plusieurs militantes parmi celles blacklistées par la police religieuse (pour avoir conduit une voiture ou pour avoir mené une action en faveur de la cause féminine), la journaliste relate les détails d’une révolution au stade latent, et dont peu de monde est au courant.

Dans le contexte ultraconservateur du royaume, dominé par les cheikhs radicalement contre tout changement de la situation de la femme, cette dernière est une mineure à vie dépendant légalement d’un tuteur masculin. Toutefois, comme au temps de la seconde guerre mondiale, la femme profite de la crise économique afin d’accéder au travail et s’imposer dans tous les domaines. Et comme l’Arabie-Saoudite est en crise depuis 2015 à cause de la chute des prix du pétrole, des mesures ont été prises (hausse des prix de l’eau, de l’électricité, de l’essence, coup de sabre dans les salaires des fonctionnaires, des ministres, des militaires, etc.).

Samar Badawi, sœur du célèbre Raif Badawi, militante des droits de la femme

Ces mesures ont pesé sur les familles saoudiennes en dégradant le pouvoir d’achat et le niveau de vie. En revanche, elles ont offert à la femme une situation propice de libération partielle. Ainsi, elles ont pu accéder à des postes importants, travailler dans les secteurs du bâtiment, des finances et du marketing et embrasser des carrières réservées jusqu’au là au club des hommes. Ce pas vers l’émancipation a d’ailleurs été appuyé par certains hommes et femmes au pouvoir, dont la princesse Adela, fille de feu du roi Abdallah et Mohammed Bin Salman, âgé de 31 ans et vice-prince héritier du trône.

Tandis que l’une soutenait discrètement la cause de femmes saoudiennes, Mohammed Bin Salman a affirmé ouvertement sa volonté de diversifier les secteurs économiques tout en les ouvrant aux femmes. Ses initiatives sont d’ailleurs peu appréciées dans le milieu des oulémas qui veillent à perpétuer les mentalités sectaires, patriarcales et sclérosées.

Du côté de « la société civiles », des femmes pionnières et pas nécessairement privilégiées. Elles sont issues de tous les milieux, certaines sont jeunes, d’autres moins jeunes, mariées, mères au foyer mais jamais résignées. Elles veillent d’ailleurs à laisser un héritage à leurs filles et petites-filles, pour un meilleur avenir à la femme saoudienne.

L’évolution technologique a été un facteur déterminant qui à eu son impact positif sur la cause de la femme saoudienne. En effet, plusieurs se sont mises à fonder leurs propres start-up, depuis chez-elles, tout en générant des bénéfices et acquérir une autonomie financière.

Haifa al-Mansour, première femme réalisatrice et scénariste en Arabie-Saoudite

Manel al-Sharif, icône du mouvement Women2Drive, a de son côté lancé son initiative révolutionnaire pour soutenir le droit de conduire des saoudiennes, dans le seul pays du monde à interdire ce droit aux femmes. Pour cela, elle a été incarcérée. Haifa al-Mansour, première femme réalisatrice et scénariste au royaume, à lutter pour la réalisation de son long-métrage Wadjda. En effet, le tournage se déroulant dans les rues de Riyad, elle s’est dissimulée dans un van d’où elle a dirigé le tournage à l’aide d’un talkie-walkie, car il aurait été mal vu de voir une femme diriger une équipe composée d’hommes. Notons que le film a été coproduit par le prince Al-Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud. Le film a créé la polémique car un religieux y affirme devant la caméra que l’Islam n’oblige pas les femmes à se voiler. Enfin Samar Badawi, sœur du célèbre Raif Badawi (écrivain et blogueur condamné à 1000 coups de fouet), a été incarcéré pour de désobéissance pour avoir voulu épouser l’homme de son choix. Elle a obtenu en 2012 le prix international de Femme Courage.

Il semble qu’en Arabie-Saoudite, la femme saoudienne a opté pour la lutte. Des changements s’opèrent portées par les technologies modernes, l’appui de personnalités puissantes et d’organisations internationales et surtout la volonté d’une femme longtemps soumise, et aspirant à ses droits.

Haifa Al Mansour durant la réalisation de son film WADJDA à Riyad

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