Diaspora

La France pourrait taxer les envois d’argent vers les pays hors UE : les Tunisiens en première ligne

    À l’Assemblée nationale française, un amendement au projet de loi de finances 2026 propose d’instaurer une taxe de 1 % sur les transferts d’argent envoyés par des particuliers depuis la France vers des pays situés hors Union européenne.

    Le prélèvement serait effectué par l’établissement qui exécute l’opération, puis reversé au Trésor. Les virements à caractère professionnel ou commercial, ainsi que ceux d’organismes humanitaires agréés, seraient exclus du champ.

    À ce stade, il s’agit d’un amendement, susceptible d’être modifié, adopté ou rejeté au fil de l’examen budgétaire.

    Un corridor vital : France → Tunisie

    Pour la Tunisie, la France constitue l’un des principaux points d’origine des remises de la diaspora. Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger ont atteint 6,5 milliards de dinars à fin septembre 2025, contre 6 milliards un an plus tôt, selon la Banque centrale de Tunisie, confirmant un rôle stabilisateur pour l’économie nationale et la devise.

    Ces flux, réguliers et résilients, contribuent souvent autant que le tourisme à l’équilibre extérieur.

    Combien coûte aujourd’hui un envoi vers la Tunisie

    Les données disponibles sur le corridor France → Tunisie indiquent un coût total moyen de quelques points de pourcentage, composé de frais fixes et de marge de change.

    Sur plusieurs prestataires majeurs, on observe des coûts agrégés autour de 2,8 % à 4,7 % selon le canal, la vitesse et la structure de frais, avec des écarts sensibles d’un opérateur à l’autre.

    Dans un tel contexte, l’ajout d’un point de pourcentage par une taxe à l’envoi ferait mécaniquement grimper la facture pour les ménages expéditeurs.

    Ce que changerait une taxe d’1 % pour les familles

    Concrètement, un envoi de 300 euros supportant aujourd’hui un coût total de 3 % impute environ 9 euros de frais. Avec une taxe additionnelle de 1 %, la facture grimperait à environ 12 euros, ou bien le ménage choisirait d’envoyer 297 euros pour que le bénéficiaire perçoive le même net.

    À l’échelle de transferts réguliers, cette différence s’additionne et pèse sur les budgets affectés au loyer, à la santé, à la scolarité ou aux projets d’investissement familiaux.

    Les recherches sur les remittances montrent en outre qu’un surcoût, même modeste, peut détourner une partie des flux du circuit formel vers des canaux informels, moins traçables et plus risqués.

    Un effet macroéconomique à surveiller

    Du point de vue macroéconomique, toute déviation d’une fraction des remises vers l’informel réduit la captation de devises par le système bancaire et amoindrit la profondeur des données KYC, ce qui fragilise la qualité de l’intermédiation.

    La littérature économique rappelle par ailleurs que les remittances influent sur les variables réelles, y compris le taux de change effectif réel, surtout dans les économies où ces flux représentent un poids notable.

    Une fiscalité à l’envoi prise dans le pays d’origine peut donc avoir des effets indirects sur l’économie réceptrice, au-delà du seul coût pour les ménages.

    À l’heure où l’objectif onusien 10.c vise une réduction continue des coûts d’envoi, les dispositifs qui renchérissent les transferts vont à contre-courant des efforts de transparence et de concurrence sur les corridors. Les comparaisons actives des prestataires font baisser les coûts, mais la taxe viendrait s’ajouter en surplomb, indépendamment des gains de marché.

    C’est un enjeu d’inclusion financière pour les diasporas comme pour les bénéficiaires, qui ont tout intérêt à rester dans les circuits régulés.

    Scénarios ordres de grandeur pour la Tunisie

    Sans chiffre officiel publié par corridor, on peut raisonner par scénarios. Si les envois France → Tunisie représentent, par hypothèse, entre 0,7 et 1,2 milliard d’euros par an, une taxe d’1 % collecterait de 7 à 12 millions d’euros à la source.

    Dans les faits, une partie de cette somme pourrait correspondre à un moindre montant net reçu en Tunisie, ou à une substitution partielle vers des canaux non régulés, ce qui affaiblirait la collecte de devises et la traçabilité.

    L’ordre de grandeur est modeste à l’échelle macro, mais significatif pour des dizaines de milliers de foyers et pour l’écosystème bancaire et fintech tunisien.

    Ce que peuvent faire les émetteurs et les récepteurs

    La première marge de manœuvre consiste à optimiser le choix du prestataire en comparant les frais et les marges de change sur le corridor France → Tunisie.

    Regrouper des envois pour diluer les frais fixes peut être pertinent lorsque la fréquence est élevée, en veillant à rester sur des canaux digitaux régulés pour la sécurité et la conformité.

    Une communication proactive auprès des diasporas peut aussi prévenir la tentation de l’informel, où le risque de fraude, de perte et de non-recours est plus élevé.

    Un dossier encore politique avant d’être économique

    Le sort de la taxe se joue d’abord au Parlement français. Entre débats d’opportunité, calibrage des exemptions et contrôle de proportionnalité, la trajectoire de l’amendement reste incertaine.

    Tant que la loi de finances 2026 n’est pas définitivement adoptée et promulguée, le dispositif n’a pas force de loi. Mais l’existence même du projet incite d’ores et déjà les acteurs tunisiens à mesurer les risques et à préparer des parades opérationnelles, au plus près des réalités des ménages et des corridors de paiement.

    Ainsi, la proposition d’une taxe française de 1 % à l’envoi vers les pays hors UE créerait un surcoût direct pour les ménages de la diaspora et un risque de déviation vers l’informel.

    Pour la Tunisie, très dépendante des transferts de ses ressortissants, l’impact serait tangible à l’échelle des budgets familiaux et mesurable à la marge sur la collecte de devises.

    L’issue politique à Paris déterminera l’ampleur du choc, mais le meilleur antidote, dès aujourd’hui, demeure l’information, la comparaison des prestataires et la fidélité aux circuits régulés.

    Commentaires

    Que se passe-t-il en Tunisie?
    Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

    Top 48h

    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

    To Top
    SE CONNECTER