Après moult cabrioles et soubresauts, le Conseil constitutionnel a finalement déclaré vainqueur du dernier scrutin le plus vieux président du monde. Paul Biya, 92 ans – dont 43 au pouvoir -, aura donc réussi, d’après les chiffres officiels, à capter 53,66% des votes, contre 35,19% pour son rival Issa Tchiroma Bakary. Ce dernier soutient mordicus qu’il a gagné la présidentielle, avec 54,8% des voix d’après son propre décompte.
Biya repart donc pour un 8e mandat. Evidemment la jeunesse camerounaise n’est pas contente, elle qui pensait tenir cette fois l’alternance et le renouvellement d’une classe dirigeante végétant dans la corruption depuis des décennies. Les jeunes se cabrent, éructent et protestent dans tout le pays, avant et après la proclamation des résultats officiels, surtout à Douala et Garoua.
Comme à son habitude le pouvoir réagit par la force, une répression féroce qui a causé 4 décès au moins. S’y ajouteront l’instabilité et l’insécurité dans la durée, et elles auront un coût économique. Un régime sclérosé et inefficient, face à des populations qui brûlent de tourner la page pour se forger un autre destin. Biya repart alors que tout le monde le sait malade, même si le bâton de la loi interdit de l’évoquer publiquement.
Même la propre fille du président l’avait lâché avant la campagne électorale, avant de retourner sa veste sans doute sous la contrainte ou les menaces. Ainsi va le Cameroun. Un spectacle piteux, pitoyable, pathétique et tragique à la fois.
En Côte d’Ivoire on n’est pas loin du même désenchantement démocratique, avec un président qui s’est finalement laissé tenter par un 4e mandat, à 83 ans. Les résultats préliminaires disent que le sortant Alassane Ouattara est en avance après le vote du 25 octobre 2025…
Personne ne s’attendait à autre chose après que ses plus sérieux challengers, l’ex-président Laurent Gbagbo et le candidat du PDCI Tidjane Thiam, ont été disqualifiés ; le premier suite à sa condamnation et le second pour une sombre histoire de nationalité française. Ouattara a beaucoup fait pour son pays, incontestablement, mais de toute évidence il a raté quelque chose dans sa sortie.
Les mandats de trop, les mandats de la déraison, c’est un funeste piège que les dirigeants africains évitent rarement, même les plus brillants, hélas. Ils préfèrent souvent précipiter leurs pays dans la dangereuse aventure de la présidence à vie, alors que la jeunesse, comme partout dans le monde, aspire à autre chose.
À Djibouti aussi on file droit vers la même forfaiture démocratique. Alors que la Constitution fixait la limite d’âge à 75 ans, le Parlement a fait sauter le verrou à l’unanimité, pas une seule voix discordante. Ismaïl Omar Guelleh, 77 ans, a toute latitude pour briguer un 6e mandat en 2026. Il est au pouvoir depuis 1999 mais pense qu’il a encore de l’énergie à dépenser, des projets à réaliser, un autre destin à offrir à son pays…
Guelleh aussi, comme Ouattara, a beaucoup fait pour la nation, a beaucoup donné, mais son erreur aura été de ne pas accepter de faire valoir ses droits à la retraite, de refuser de s’asseoir pour regarder passer les trains. C’est un mal endémique en Afrique. Entre les mandats de trop et les coups de forces des militaires le continent et sa jeunesse tentent de cheminer très laborieusement.
Ne cherchez pas ailleurs les raisons profondes de notre sous-développement chronique, elles sont là, sous nos yeux. Il ne faut pas incriminer uniquement l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation et que sais-je encore, il faut aussi s’en prendre à nos propres fossoyeurs, bien de chez nous.
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