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La Presse répond au journal Libération : “Se battre et rester”

La Presse répond au journal Libération : “Se battre et rester”

Nous avons tous encore à l’esprit la funeste Une du 18 mars 2015 du journal français Libération : «C’est fini la Tunisie, c’est fini le tourisme », titrait-il après l’attentat terroriste qui a visé le musée du Bardo. Et voilà qu’il vient de nous gratifier d’une «Une» tout aussi apocalyptique. Tunisie : « Moi aussi, un jour, je partirai », titre l’édition parue hier, mardi 5 juin 2018. La phrase a été lâchée par Wael, 27 ans, habitant à Métlaoui après le naufrage au large des côtes de l’île de Kerkennah avec à son bord environ deux cents migrants clandestins. On ne sait pas ce que pensent les droit-de-l’hommistes de cette nouvelle « Une » et de ce nouveau drame. Une « Une » et un drame qui, à coup sûr, ne laisseront pas longtemps insensibles les amis de la Tunisie et tous ceux qui ne jurent que par le co-développement, la prospérité partagée, les défis communs, la destinée commune et…dernière trouvaille : la co-construction. Mais là n’est pas essentiellement le propos.
« Le mauvais sort a-t-il choisi délibérément de s’abattre sur notre pays pour venir en rajouter à ses problèmes nombreux et inexplicables ?
Absolument, comme le prouve le drame national qui a vu des dizaines de jeunes Tunisiens à la fleur de l’âge se noyer,  samedi 2 juin, au large des côtes Kerkennah, payant de leur vie un voyage sans retour sur une embarcation de la mort, dans l’espoir de parvenir en Italie, à l’Eldorado : l’Europe.
En perte d’espoir, dans un pays en crise de valeurs, fatigués par les luttes inter-partisanes  et l’absence de chance, d’espoir, ils ont choisi, au péril de leur vie, de partir vers l’inconnu.
Un drame national à tout point de vue quand nous savons le nombre de morts et de disparus, les régions de provenance, les répercussions extrêmement négatives de ce drame sur le moral d’un peuple déja déstabilisé et en perte de repères.
Dans ce drame, se posent foncièrement des problématiques essentielles ayant trait surtout à l’angoisse de cette jeunesse en perte totale de confiance en la chose publique et en la classe politique, en raison de son incapacité à lui donner espoir. Se pose également la question de savoir ce que les autorités avaient fait pour anticiper ce genre de drame pourtant très prévisible ; ce qu’elles ont fait pour encadrer la jeunesse et la dissuader d’entreprendre ce genre d’aventure. La question devait interpeller depuis longtemps les pouvoirs publics, les partis politiques, la société civile, l’élite pour anticiper et essayer de trouver des solutions appropriées aux problèmes de la jeunesse.
Tout le monde sait que l’émigration vers l’Europe a toujours été au centre des problématiques de l’agenda gouvernemental dans nos rapports avec l’Italie et avec l’Union européenne. Aujourd’hui, un peu plus de sept ans après le 14 janvier 2011, les remèdes apportés par les institutions ad hoc créées (secrétariat d’Etat à l’Emigration…) ont plus que jamais montré leurs limites, donnant la preuve que notre politique migratoire vis-à-vis de l’Europe doit être revisitée sans délai dans le cadre bilatéral et de celui de l’Aleca (la question de la mobilité est essentielle). L’étau va se resserrer davantage autour de nous avec le nouveau gouvernement en Italie (et dans la perspective des prochaines élections européennes) comme en témoigne la récente déclaration incendiaire à Sicile du ministre italien de l’Intérieur, qui a accusé la Tunisie d’envoyer des malfaiteurs en Italie et promis des mesures rigoureuses pour les clandestins. (Il est bon de rappeler qu’il fut un temps où la région du Cap Bon était le port d’attache des migrants clandestins italiens !). Donc, le futur sera plus que dur. Il faut savoir prendre le taureau par les cornes et agir :
– Au plan national : se mobiliser plus que jamais pour les jeunes, leur ouvrir les horizons. Des actions en masse pour la jeunesse doivent être engagées pour lui redonner de l’espoir. La question de l’émigration, les embarcations de la mort risquent de se répéter. Appel donc à nos autorités à redoubler de vigilance pour lutter contre le crime organisé.
– Au plan international : monter au créneau, être ferme, rappeler les promesses de Deauville et aux Européens leur devoir moral d’aider la Tunisie et leurs engagements envers la Tunisie. La diplomatie tunisienne doit bouger dans ce sens et mener des actions urgentes.
Reste que la jeunesse, elle-même, doit défendre sa propre cause, se battre et rester.

Source : La Presse – Jawhar CHATTY

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