Politique

La Tunisie dans le ‘’ chaos impérial ’’ – Par Maître Mohamed Ammar

Stephane Hessel a donné une conférence à Tunis, en 2011, pour louer ” la capacité surprenante des tunisiens de faire tomber une dictature pacifiquement “. Jean Daniel,  ‘’ l’ami des tunisiens ’’ n’a  pas tari d’éloges à propos de cette révolution des jeunes. Cette concordance d’avis a enchanté ‘’ les révolutionnaires ’’.

Sept ans après les événements, le peuple tunisien constate les dégâts. Des dirigeants incultes et une politique qui a ruiné le pays. Le dinar est en chute libre et tous les clignotants économiques sont au rouge. On saisit la nuance soufflée par le journaliste Guy Sitbon, dans l’hebdomadaire Marianne du 4/2 /2011  qualifiant ce qui s’est passé de ” révolution si bien élevée “. Bien entendu les ‘’ révolutionnaires ’’ continuent à clamer qu’ils ont fait tomber un dictateur.

Il faut avouer que la propagande US est très efficiente. Elle est parvenue à attribuer le prix Nobel à cette Tunisie ‘’ Révolutionnaire ’’ et à ses ‘’ dirigeants ’’. Le bon peuple ne pouvait pas saisir que la démocratie libérale exige de soumettre tous les Etats du Sud aux intérêts des Etats du Nord. J’ai soutenu cette thèse dans un article paru dans le quotidien La Presse du 25/10/2011 : ‘’ Lettre ouverte à M. Jean Daniel censurée ’’. J’ai démontré que l’existence ‘’ des dictateurs’’ servait les intérêts de l’occident et que le projet était de partager le monde arabe pour le soumettre au leadership d’Israël.

Cette révolution a été commercialisée sous l’étendard  de ‘’ la démocratie’’. Désormais la Tunisie est devenue ‘’ démocratique ’’. Les moyens de persuasions ont atteint une puissance telle que les intellectuels ont vanté ses bienfaits. Gilles Kepel et Jean Louis Luizard ont qualifié les mouvements populaires dans le monde arabe de spontanés et pacifiques.

Nos intellectuels attitrés ont suivi les occidentaux. Ainsi, Abdelwaheb Meddeb a mis en exergue le rôle de la jeunesse dans la ‘’ Révolution tunisienne ’’ dans une interview parue dans le Nouvel Observateur. Dans ‘’ Révolution en terre d’Islam ’’,  Yadh Ben Achour affirma que ‘’ notre révolution est démocratique et inédite ’’. Son livre est une illustration de la fidélité de nos intellectuels attitrés à la vision des dominants. Ils sont les véritables courroies de transmissions de la volonté des puissants (voir mon article paru dans leaders.com du 20/1/2017 : De la fidélité du messager. Réflexion sur : ‘’ Une révolution en terre d’Islam ’’).

Le peuple, dindon de la farce, a cru aux bienfaits de la ‘’ révolution ’’ puisqu’il a voté et cru avoir pris son destin en main. Après sept ans, sa situation économique s’est détériorée au point qu’il rêve de nouveau de l’ère Ben Ali. Trompé par les dominants ainsi que par ses propres intellectuels, le peuple est pris au piège. Il ne peut imaginer  la force des dominants dans l’exécution de leur projet et ignore les jeux et les enjeux des rapports de domination. Il commence à réaliser que ceux qui ont pris le pouvoir après sa ‘’ révolution ’’, l’ont fait vivre dans l’illusion.

Recolonisation

Les anglo saxons ont, depuis le début du XXI siècle,  décidé de reconfigurer le grand Moyen Orient pour éterniser leur pouvoir sur les richesses de cette zone et offrir le leadership de la région à Israël. Ce grand projet a été décidé au début du millénaire par l’impérialisme américain qui est, à la différence de l’européen, plus pernicieux. Il use en effet de la nouvelle électronique qui l’autorise à violer la souveraineté de l’Etat. Les Etats-Unis s’opposent à la multi polarité et élaborent des projets pour s’opposer aux pays du BRICS et à la route de la soie, décidée par la Chine en Asie.

Le projet de reconfiguration du monde arabe a réussi dans une proportion certaine, mais le front du refus comprenant la Syrie, la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais ont permis à la Syrie d’éviter le chaos dans lequel baigne les autres pays du ‘’ printemps ’’. La Libye patauge dans l’anarchie, le Yemen subit une guerre terrible. L’Egypte, grâce à son armée, a pu éviter le chaos. Elle a chassé le frangin Morsi du pouvoir. Ce coup d’Etat de l’armée appuyé par une majorité du peuple égyptien a compromis le projet de reconfiguration selon l’affirmation de Hilary Clinton dans son livre Hard Choices.

En Tunisie, l’armée n’est pas aussi puissante. De ce fait, le gouvernement américain a pu mettre en exécution son projet. La démocratie libérale exige le recours à une cohorte d’adeptes pour manipuler les masses. Les américains ont crée l’Institut Albert Einstein pour former les futurs leaders des ‘’ Révolutions douces ’’ en Europe de l’Est et dans les pays arabes.

D’autres institutions privées telle l’Open Society de Georges Soros et Freedom House proche du parti démocrate et du gouvernement américain ont ‘’ imprégné ’’ les nouveaux dirigeants des principes de la démocratie libérale. Ils les ont préparé à servir les intérêts des anglo saxons.  La réalisation du projet de reconfiguration du Grand Moyen Orient nécessitait un financement. Les yankees ont ordonné aux monarchies du Moyen-Orient de financer la destruction du monde arabe. En outre, ils ont attribué à la Turquie, dont le Président est un musulman extrémiste, un rôle majeur dans la guerre universelle contre la Syrie.

Dans un article intitulé ‘’ Le peuple remercie le gouvernement américain !!! ‘’,  paru dans le journal Le Maghreb du 12/1/2013, j’ai développé cette approche. Pour nier toute implication dans la pérennité des ‘‘ dictatures ’’, les anglo saxons ont usé de la justice transitionnelle, nouveau concept du début des années 1990, suite à la chute des dictatures militaires d’Amérique latine en Argentine et au Chili. En 1992,  la Fondation de la Charte 77  se réunit à Salzbourg pour fonder la meilleure manière d’organiser le passage d’un régime dictatorial à un régime ‘’ démocratique ’’ selon la vision libérale.

En réalité, la justice transitionnelle répand le mythe de la culture démocratique comme un choix de nature intrinsèquement politique et volontariste. Ce discours libéral sur la démocratie, ‘’ la  bonne gouvernance ’’, la transparence et le renforcement de la société civile tend à camoufler que ces normes cathartiques ne peuvent s’appliquer dans les situations d’inégalités sociales et économiques iniques. Cette justice est donc un des instruments des anglo saxons pour pérenniser le chaos dans ces pays.

Ceci est d’autant plus vrai qu’un groupe de Congresman US ont rendu visite à l’IVD pour, selon Business News du 1er novembre 2018, inquiets de savoir si elle bénéficie du soutien nécessaire des institutions de l’Etat ! Nos amis yankees se soucient de la finalisation des travaux de leur Instance. Ils ont certainement appris que le Parti Destourien Libre organise une marche le 3 novembre pour ‘’ dégager ’’ l’Institution qui a, depuis sa création, violé les lois et outrepassé sa durée légale. Je republierai mon article paru dans le quotidien Achourouk du 1er décembre 2016 ‘’ La justice transitionnelle : Mythe du capitalisme implosé ’’. La recolonisation implique de plus l’insertion de ces  pays dans l’ordre libéral mondialisé.

L’insertion dans l’ordre libéral mondialisé

Pour camoufler la nature réelle du projet et faire croire que l’occident n’a pas cautionné les ‘’ dictateurs ’’, il souffle à ses acolytes, les frangins et ceux de Freedom House, de demander une nouvelle Constitution et l’adoption d’un nouveau système électoral. L’objectif avoué est que nos acolytes ont consacré ‘’ la démocratie’’. La réalité est qu’ils ont consacré le blocage de la vie politique. Rédigé par un constitutionnaliste américain, la Constitution a permis aux frères musulmans de prouver leur capacité de nuisance.

Les constituants, déclarés élus ‘’ démocratiquement ’’ par le gouvernement américain, ont violé le texte puisqu’ils ont passé trois ans sans que cette violation ne chagrine ni les frangins ni nos constitutionnalistes. Pourtant la multiplicité des dispositions ambiguës de la Constitution traduit une volonté occidentale d’user de cet instrument pour perpétuer l’état de chaos du pays. La mésentente entre le Président et son jeune Premier Ministre, ancien fonctionnaire de l’ambassade des USA,  sur la nouvelle équipe gouvernementale, conduira à un autre blocage.           Le crétinisme étant la caractéristique essentielle des ‘’ dirigeants révolutionnaires ’’.

L’ordre mondial libéralisé exige aussi l’insertion de l’économie tunisienne dans le libéralisme. Les frères musulmans et les parlementaires du même acabit ont voté trois lois relatives à l’indépendance de la Banque Centrale, l’adoption du Partenariat Public Privé et l’amendement du statut de la Banque Centrale. Son indépendance est une exigence de l’Union européenne.Cette indépendance conduit à priver l’Etat de la détermination de sa politique monétaire et d’être en mesure de gérer le chômage. Je republierai mon article paru dans le quotidien  Achourouk  le 14/3/2016 intitulé ‘’ Mythe de l’indépendance de la Banque Centrale ’’.

L’Aleca est une exigence de l’Union européenne. Si notre jeune Premier Ministre la signe comme il l’a promis aux européens, ce serait la fin de l’agriculture tunisienne. Last but not least, le texte relatif au statut des collectivités territoriales conduira ipso facto à l’émergence des ‘’ Emirats municipaux ’’ facilitant la partition du pays.

Depuis 2011, je m’attache à combattre la pensée unique. Depuis cette date, notre pays a reculé d’un siècle. Nos ‘’ révolutionnaires ’’ ont vaincu nos ‘’ saints ’’ ! Puisse la mésentente entre les deux têtes de l’exécutif conduire à une révision de la Constitution et du système électoral.

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