Economie

L’ATTF déplore l’inefficacité des mesures prises par la Suisse pour restituer à la Tunisie les avoirs du clan Ben Ali

L’Association tunisienne pour la transparence financière (ATTF) juge dérisoire le montant des fonds gelés en Suisse. Elle déplore le manque de mesures prises par la Confédération pour restituer les avoirs du président déchu Zine El Abidine Ben Ali.

Ces derniers mois, Sami Remadi, le président de l’ATTF, a souvent parlé de son association dans les médias du monde entier. Interrogé par l’ats, il explique qu’il cherche leur soutien afin que certains gouvernements, comme ceux de la Suisse ou de la Grande-Bretagne, restituent à la Tunisie l’argent caché illégalement par le clan Ben Ali dans des banques à l’étranger.

Aujourd’hui, M. Remadi s’impatiente. Il regrette la lenteur du processus et le peu de collaboration de la part du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Depuis le gel des actifs de la famille Ben Ali en janvier, «peu a été entrepris pour rendre ces fonds au peuple tunisien», déplore-t-il.

Il souhaite mettre la pression sur les banques suisses afin qu’elles déclarent les montants réels des fonds appartenant au dictateur et à sa famille. Car, même si la Suisse a été la première à geler les avoirs de l’ancien dictateur, il juge dérisoire la somme de 60 millions bloqués. Il estime qu’en réalité le montant est plus importants que celui annoncé par les autorités suisses.

La Tunisie, un poids-plume

Pour M. Remadi, la Suisse ne fait pas suffisamment d’efforts, car la Tunisie n’a pas assez de poids international. «Nous sommes des citoyens de seconde zone et nos demandes sont sans réponse. Ils agissent différemment avec nous qu’avec les Libyens» déplore-t-il. La Suisse a en effet reçu la semaine passée l’autorisation de l’ONU de débloquer 350 millions de francs du régime libyen déchu.

Pierre-Alain Eltschinger, porte-parole du DFAE, distingue les deux procédures. Dans le cas de la Libye, la Suisse n’a fait qu’appliquer les sanctions adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU, habilité à autoriser certains déblocages, explique-t-il.

La Tunisie n’est pas dans la même situation. « Conformément aux règles sur l’entraide judiciaire internationale, la restitution d’avoirs bloqués ne peut avoir lieu que si l’origine illicite des avoirs a été prouvé» conclut-il. Ce qui n’est pas le cas pour la Tunisie.

De son côté, le Ministère public de la Confédération (MPC) a indiqué qu’une procédure pénale pour blanchiment d’argent est en cours. Il n’a toutefois donné aucune information sur le nom des prévenus ou les montants en jeu.

Dialogue encore possible

Malgré toutes ses doléances, M. Remadi a encore confiance dans le gouvernement suisse et continue sa collaboration avec lui. Le DFAE a confirmé la tenue d’une conférence en novembre sur la thématique des biens mal acquis, en présence de Valentin Zellweger, directeur de la direction du droit international public.

Sami Remadi termine en disant que l’organisation ne va rien lâcher, «les peuples ont le droit à leur richesse». Même s’il espère une solution négociée, il n’exclut pas de saisir le Conseil des droits de l’homme en dernier recours, si les gouvernements ne réagissent pas. Créée après la révolution

L’ATTF a été créée en mars avec, pour but, de faire pression sur les gouvernements et les institutions financières afin d’aider l’Etat tunisien à récupérer l’argent transféré illégalement à l’étranger. Elle compte dix membres, tous universitaires et cadres, et jouit d’une grande popularité en Tunisie, selon son président.

L’ONG avait ainsi récolté près de 10’000 signatures pour une pétition réclamant la restitution des fonds spoliés par le clan Ben Ali et remise le 23 mars à l’ambassadeur de Suisse à Tunis.

Elle a également organisé deux conférences, l’une avec le sociologue genevois et ancien conseiller national Jean Ziegler, sur le cas des banques suisses, la seconde avec le juge espagnol Baltasar Garzon et la procureur Dolores Delgado Garcia. Elles ont été organisées dans le but de sensibiliser la population et surtout augmenter la pression sur les gouvernements étrangers.

Source: Tribune de Genève

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