Economie

Par Ahmed El Gazzah : Le trafic de drogue rentre officiellement dans le calcul du PIB français

Par Ahmed El Gazzah

Depuis 2013, l’Institut Européen des Statistiques (EUROSTAT) demande aux pays européens de comptabiliser le trafic de drogue et la prostitution dans le calcul du PIB (Produit Intérieur Brut).

Ces activités qui sont considérées comme légales dans certains pays comme les Pays-Bas, sont déjà comptabilisées dans leur PIB, ce qui gonfle leur richesse nationale.

Plusieurs autres pays européens ont déjà répondu favorablement comme l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie. Mais, la France a jusqu’à maintenant refusé d’intégrer ces activités dans le calcul du PIB, d’une part parce que ce sont des activités illégales et immorales, d’autre part pour des raisons logistiques, car selon l’INSEE (Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques), enquêter sur un secteur opaque (nombre de consommateurs, cours des drogues, réseau des proxénètes…) demande beaucoup de moyens techniques et financiers.

Désormais, c’est chose faite : la France vient d’accéder à la demande d’EUROSTAT et à partir de mai, elle va intégrer le trafic des stupéfiants dans le calcul de son PIB. Un changement majeur qui pourrait entraîner une révision à la hausse de la croissance française !

Cette décision est destinée à aligner les statistiques françaises sur celles des autres pays européens. Ceci entraînera «une révision en très légère hausse du niveau du PIB», a précisé le chef du département des comptes nationaux de l’INSEE, Mr Ronan Mahieu, à l’AFP, en évoquant le chiffre de «quelques milliards» d’euros, à rapporter aux 2.200 milliards d’euros du PIB français.

Mr Eric Heyer, Directeur du département analyses et prévisions à l’OFCE confirme le faible impact de cette décision sur le PIB : « l’impact est évalué à 0,1 point de PIB. L’endettement va passer de 96,5 % à 96,4 % : la belle affaire ! »

Cependant, l’Institut économique MOLINARI fournit un tout autre chiffre en estimant le marché souterrain de la drogue à 219 Milliards d’euros en 2013, soit près de 11% du PIB français. De quoi doper la croissance française en stagnation depuis des années !

Concernant la prostitution, l’INSEE continue de l’exclure, s’agissant d’une activité relevant des réseaux, et le consentement des prostituées n’était «probablement pas vérifié». «Sur ce point, nous maintenons notre position», a indiqué Ronan Mahieu de l’INSEE.

Comparé à la France, le Maroc bat le record : connu pour sa spécialisation dans la production de cannabis (700 tonnes/an), une étude du département d’Etat américain publiée en 2017 indique que le poids de l’économie souterraine du narcotrafic est estimé à 23% de son PIB, qui s’élève à 93 Milliards d‘euros en 2016. Ce qui fera bondir le PIB marocain d’un quart environ !

Qu’en est-il pour la Tunisie ? Il est certain que le phénomène explose : selon le Ministère de l’intérieur, le nombre des affaires de drogue est passé de 723 en 2000 à 5744 en 2016. De son côté l’association Forza Tounes estime à 3 millions le nombre de consommateurs de cannabis (Zatla) en Tunisie, dont 30% de femmes. Cependant, il n’y a aucun chiffre public sur la consommation de la drogue en Tunisie ni sur la valeur estimée du marché.

Et si l’on suit la logique européenne, tout le secteur informel marchand, hors blanchiment (trafic de drogue, prostitution et autres trafic de tout genre) devrait être intégré au PIB.

Etant donné le poids de plus en plus important de l’économie informelle, la Tunisie serait de plus en plus riche !

Ahmed El Gazzah

 

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