Les tunisiens se tuent et s’entre-tuent à cause de la pénurie de médicaments

Deux faits divers ont attiré l’attention, cette semaine. Le premier consiste en une tentative d’homicide commise par un malade souffrant de troubles psychiques qui, faute d’avoir pu obtenir son médicament, a aspergé le médecin et les infirmières de l’hôpital de Sejnane de carburant et allait les brûler vifs, si ce n’était l’intervention providentielle d’un agent de sécurité. Le deuxième fait a eu lieu, hier à Kairouan, quand un homme adulte s’est donné la mort par pendaison, sur son lieu de travail. Ses proches ont assuré qu’il souffrait de troubles psychiques qui se sont aggravés, dernièrement, à cause de la pénurie des médicaments, l’empêchant d’observer comme il le devait son traitement.

Deux faits divers qui montrent, si besoin est, que la Tunisie a replongé dans le moyen âge, côté santé, alors qu’elle comptait parmi les meilleurs pays en la matière et qu’elle était la destination préférée des citoyens d’autres pays qui venaient pour s’y faire soigner.

La crise des ruptures de stocks des médicaments, on en a parlé, on a reparlé des hommes et des femmes qui en sont morts. Des médias ont condamné, le ministère a répliqué en assurant qu’il s’agissait d’un faux problème, puis il a rectifié le tir en annonçant l’existence d’un problème de ravitaillement en médicaments dû aux dettes de la pharmacie centrale auprès de ses fournisseurs, puis le ministre qui était à la tête du département a sauté, entre autres, à cause de ce problème épineux. Un nouveau ministre flambant neuf est venu s’asseoir sur le trône, porteur, on le croyait, de beaucoup d’espérances.

Ce ministre étant de surcroît, médecin de son état, a laissé, un moment, espérer que çà allait s’arranger. Surtout que lors de ses premières interventions, il a promis que le problème des médicaments manquants ne sera plus qu’un mauvais souvenir à partir du mois de Février… Or, le février on y est déjà et rien ne semble montrer que la crise se dirige vers le dénouement. Bien au contraire, elle ne fait que s’aggraver, bien qu’on en parle un peu moins, peut-être par accoutumance à la médiocrité, ou peut-être aussi, par la faute des médias qui trouvent que le sujet ne fait plus le buzz, comme au début de la crise.

Donc, le fait est là, la crise est toujours aiguë et elle aurait tendance à s’aggraver, dans la mesure où elle commence à toucher d’autres médicaments avec des caractéristiques bien particulières. En effet, alors qu’au début, la pénurie a touché les remèdes des maladies chroniques graves et plusieurs patients en sont morts, en silence et dans l’indifférence totale des autorités et souvent, des médias. Il n’y a eu que leurs proches pour les pleurer et pour pester contre ce gouvernement incapable de fournir les médicaments de première nécessité.

Là, ce sont les produits psychotropes qui commencent à faire défaut. Et quand ces médicaments viennent à manquer, il n’est plus question qu’on meure dans son coin, dans le silence et l’indifférence générale ; car un malade mental en manque de médicaments est capable de tuer père et mère, pour s’en procurer, ou de mettre fin à sa vie, comme le malheureux qui s’est pendu à Kairouan.

Entre temps, que fait notre illustrissime chirurgien de ministre ? Eh bien rien d’autre que de se donner en spectacle devant les objectifs de son mauvais service de communication et qu’il a hérité du temps de Saïd Aïdi qui cultivait le culte de la personnalité. En effet, Abderraouf Cherif a déçu  par son inaction et par le fait d’avoir laissé pourrir la situation. Il n’a même pas cherché à assainir le département des rats qui l’ont infestés avec la bénédiction du temple de Montplaisir. Mais, surtout, il n’a touché, jusqu’à ce jour, à aucun dossier important qui concerne directement la santé.

Dommage! Sa nomination avait laissé poindre une lueur d’espoir chez les tunisiens, notamment les malades d’entre eux !

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