Societe

Lettre d’une gosse expatriée à la Tunisie

Cloé Bourel est la fille d’un expatrié. Elle a fait ses études au lycée français de la Marsa il y a quelques années. Elle a eu son bac et est reparti en France  poursuivre  ses études supérieurs. Elle a écrit cette lettre émouvante parce que son pays, la Tunisie, lui manque :

Aujourd’hui c’est à toi que je voulais parler. Toi qui m’a vu grandir, toi qui m’a fait grandir, toi qui m’a fait rire et pleurer, toi qui sent le jasmin, la chicha, l’huile d’olive et la fleur d’oranger, toi l’exemple de modernité.

Chère Tunisie,

Si je savais par où commencer, je t’aurais peut-être déjà écrit tout ça il y a bien longtemps. Mais ce n’est jamais facile de dévoiler ses sentiments.

Aujourd’hui je me lance, maladroitement, brutalement, simplement, naïvement, mais je te dis tout.

T’es forte comme l’harissa

T’es forte parce que tu m’as construite.

Tu sais, quand on me demande d’où je viens, je me sens toujours obligée de raconter ma vie parce que finalement je crois que je ne sais pas vraiment moi même d’où je viens.

– Salut, moi c’est Cloé, bise, bise, enchantée

– Tu viens d’où ?

– Je suis née en France puis j’ai grandi en Tunisie de l’âge de 2 ans jusqu’à mes 18 ans, ensuite j’ai fait mes études pendant 5 ans à Montréal et aujourd’hui je vis à Paris.

– Un genre d’expat française de Tunisie qui est partie faire ses études au Canada?

– Oui, enfin non, une tunisienne de cœur quoi.

T’es forte parce que tu n’as pas peur d’assumer tes goûts, tes choix

Il ne me semble pas connaître un autre endroit où l’on se dit:  “Hum! tiens je vais me faire une petite soupe de pois-chiches ramollis avec du vieux pain trempé avant d’aller bosser ou en rentrant de soirée à 5heures du matin.”

Ni même où l’on bave devant une sauce verte épaisse et bulleuse.

Lablabi, Mloukhiya et tant d’autres spécialités que j’ai eu la chance de découvrir grâce à toi.

Tu m’as séduite.

T’es belle comme une Gazelle

Je ne voudrais pas me faire passer pour un guide touristique, les médias étrangers vantent suffisamment tes mérites. Ah non?  Ce n’est pas le cas ? Bon je dois me tromper…

Je ferme les yeux et vois l’homme qui fume sa clope buvant son « direct » sur la terrasse d’un café de La Marsa. Je m’avance doucement vers la grande et si  ancienne cité punique : Carthage. Puis j’ouvre une autre porte de mes souvenirs, elle est blanche, bleue et même parfois jaune, Sidi Bou Saïd et l’odeur du jasmin qu’il tenait dans ses mains au café des… Je continue la route de mes songes et arrive dans une forêt, celle de Cap Serrat qui me guide jusqu’à sa plage de sable blanc. En descendant plus bas, je plonge dans l’eau transparente de Kerkennah puis m’enfonce lentement dans les habitations troglodytiques de Matmata. J’arrive au point Grandiose de l’oasis de Ksar Ghilane, et finis dans l’immensité infinie des dunes du Sahara.

Merci pour tous ces merveilleux paysages que j’ai eu la chance d’explorer en toi.

T’es riche comme un calamar doré

Riche par la beauté de tes habitants.

Grâce à toi, j’ai rencontré de magnifiques personnes, le sang chaud mais le cœur sur la main. Chez toi, on ne dit pas: ” il me reste qu’une clope dans mon paquet”,  on pose son paquet sur la table. Chez toi on ne dit pas « bonjour Monsieur ou bonjour Madame » on les appelle tonton et tata. Chez toi tout le monde est poli, on dit « saha » à quelqu’un qui sort de la douche, qui finit de manger, qui finit son verre, qui se mouche, se gratte, sourit, -je n’exagère presque pas-.

Riche par ton histoire.

Je suis fière d’avoir grandi dans un pays si moderne qui, des lois de Bourguiba à la Révolution du Jasmin, n’a cessé de faire entendre sa voix au nom de la Liberté.

Riche pour tes bal3a

Nulle part ailleurs, tu ne te poses avec une caisse de Celtia par personne, bière de luxe et presque même emblème nationale.

Nulle part ailleurs tu ne verras un hôtel garni de mille statues, lampadaires, guirlandes et babioles en tout genre aussi prisés que le Plaza.

Nulle part ailleurs tu ne sais que tu vas te taper 3200 bises parce qu’il faut que tu dises bonjour à toutes les tables de la ” kroz” erie, la boîte la plus huppée du pays.

Mais nulle part ailleurs on ne fait aussi bien la fête que chez toi.

Tout Tunis toire… Merci pour toutes ces années.

Je t’aime ma Tunisie,  je t’aime mon pays.

 

 

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