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L’Islam tiendrait-il à un fil….m ?!

L’Islam tiendrait-il à un fil….m ?!

J’ai vu et revu la bande annonce, d’environ 14 minutes, de ce tristement célèbre film ou plutôt cette bombe à défragmentation cinématographique. Film ? Un navet que même la poubelle des séries B aurait recraché. Je ne suis ni un cinéphile endurci ni apprenti metteur en scène mais je ne peux croire qu’il s’agit d’un produit sorti des studios américains.

A en juger par la bande annonce, le dialogue est d’une criarde indigence, sans aucune consistance, le décor est virtuel où les scènes sont incrustées, le jeu des acteurs est trop approximatif sinon grossier, aucune direction, aucune ligne directrice sauf la haine, l’image est tellement décalée du contexte historique traité, des costumes de bas de gamme, le doublage de voix est de très mauvais goût. Bref, une production indigeste, dépourvue de toute dimension artistique ou plastique, qui en dit long sur son amateurisme, sa déchéance morale et  sa médiocrité technique.

Sur le fond, la densité islamophobe jaillit dès le premier plan. Cet abject navet est tissé dans la provocation, l’insulte et le mépris, assimilant l’Islam à ramassis d’insanités et  dépeignant le prophète tout-à-tour comme un homosexuel libertin (Omar est également présenté comme tel), un pédophile coriace, un détraqué sexuel, un voleur dévergondé, un sanguinaire sans foi ni loi dont personne ne connait le père, soit un enfant illégitime (dans le film, ses compagnons l’appellent “bâtard”). On a repoussé les limites de l’outrage jusqu’à faire dire au prophète, dans une séquence, que le premier converti à l’Islam était un âne.

Le cou de cet odieux pamphlet étant tordu, sur la forme et le fond, venons-en aux premières motivations de son producteur, un chevalier de l’apocalypse dénommé Sam Bacile, promoteur immobilier israélo-américain. Au moins là, il n’y va pas par quatre chemin, bien au contraire, il assène sans sourciller que le mobile consiste à “aider Israël, son pays d’origine” et à démontrer “les hypocrisies de l’islam et son idéologie destructive “, religion qu’il n’hésite point à qualifier de “cancer”, au mépris non seulement de ses nombreux adeptes mais des préceptes de toutes les confessions, notamment monolithiques. Rien que ça ! Un film taillé dans le prosélytisme blasphématoire et la haine raciale.

Passé inaperçu aux États-Unis, bastion de l’islamophobie, aux dires même de son producteur, le film a paradoxalement trouvé son public dans le monde arabo-musulman, non dans les salles de cinéma, mais dans les rues et devant les ambassades américaines. Il est bien établi que de puissants réseaux (Officine, think-tank, ONG,…), spécialisés dans la désinformation et le dénigrement de l’Islam, sont très actifs sur le sol américain, ce qui attise les sentiments anti-américains. Les manifestations de colère ont épousé diverses formes, allant de l’agression verbale à la violence physique. Le drapeau yankee, déjà honni, a été piétiné, brulé, en signe de protestation. En un tour de main, ou plutôt un tour de caméra, l’obscur et non moins anonyme Sam Bacile est devenu le nom le plus connu, quoique le plus décrié.

Le film, de par la répugnance de son texte et de son contenu, bien qu’il ait défrayé la chronique et fait couler beaucoup d’encre et de sang, ne sera certainement pas nominé dans aucun oscar, loin s’en faut, mais son auteur, qui se terre déjà quelque part (un lâche qui n’assume pas ses présumées convictions), restera dans la mémoire et le collimateur comme ennemi public. Sans être réducteur ou tomber dans le procès d’intentions, nul doute qu’un israélien qui produit un film ignominieux contre l’Islam, ceci ne pourrait être fortuit ou exempt d’arrière-pensées. L’histoire récente enseigne que, dans pareille sinistres circonstances, il y a toujours une main américaine, prégnante et invisible, qui œuvre à mettre le feu pour des raisons géostratégiques et même électorale. Qui en tirerait profit de cette envolée incendiaire, Barak Obama ou Mitt Romney, dans la perspective des élections présidentielles de Novembre 2012 ?! Si on gratte un peu, il n’est pas exclu de trouver un bulletin de vote.

Sans verser dans la théorie du complot ni tomber dans les travers de la victimisation, quiconque pourrait penser que la provocation est tellement poussée à son comble qu’on se demanderait s’il ne s’agissait pas d’un coup monté en épingle, une manœuvre sciemment entreprise pour fomenter et exacerber les ressentiments anti-américains et anti-israéliens, déjà vivaces dans le monde arabo-musulman. Piège de la haine et de la violence dans lequel les musulmans, du moins une partie, plongent chaque fois pieds et mains liés, donnant de l’Islam cette image négative que ses adversaires se démènent à montrer pour étayer leur thèse selon laquelle l’Islam est une religion basée sur la violence, le terrorisme et la discrimination et que la civilisation arabo-musulmane est à un rang inférieur par essence.

Ceci dit, il n’est pas question ici de justifier la violence ou de faire l’apologie de la censure, bien au contraire. Il ne s’agit pas non plus de cacher la forêt des rivalités, des clivages et des sacrilèges derrière l’arbre de la liberté d’expression. Celle-ci n’est pas au dessus de tout, elle reste conditionnée à l’environnement socioculturel où elle opère et au respect de l’autre, aussi différent soit-il. Les forces d’inertie idéologiques et les pesanteurs  dogmatiques propres à chaque société comptent beaucoup dans ses manières et limites d’évolution.

Par rapport à ce film, la réaction est disproportionnée aussi bien dans sa portée que son expression. Le prophète a-t-il besoin d’être défendu ? Il est l’aimé de Dieu (حبيب الله ), et à ce titre, la protection divine lui est réservée par définition et à tout instant. Durant tout son parcours, le prophète a été bien vilipendé, accusé de toutes les tares, il n’a jamais exprimé sa réaction dans la violence, conformément justement à sa démarche et au sens de sa quête, outre qu’il se savait défendu par Dieu, lequel lui a bien affirmé, dans un verset coranique, qu’il l’a bien vengé des  moqueurs (انا كفيناك المستهزئين ). Il est indiscutable que si le prophète était parmi nous en ce moment, son attitude et son discours auraient été tout autres. Les salafistes, qui ont saccagé et incendié le périmètre de l’ambassade américaine à Tunis ou ailleurs, auraient du s’inspirer de la pratique du  prophète au lieu d’agir ou réagir contrairement à son exemple. Ils piétinent aveuglement le modèle, croyant le défendre de la sorte.

  Notre réaction est souvent peu ou mal pensée, on dirait que l’Islam est menacé à chaque griffure. Toujours dans la réaction, toujours dans l’excès, en ardente fusion, écorchés vifs, incapables de vivre l’Islam d’une manière apaisée et de lui donner l’image qu’il lui sied. Si nous sommes mal perçus, en tant que musulmans, avouons qu’il y a une part de responsabilité qui nous incombe, il y a une dialectique d’incompréhension et une ligne de rupture que nous ne cessons d’alimenter, consciemment ou inconsciemment. Au lieu de condamner à mort Salman Rochdi pour avoir commis ses “versets sataniques”, n’aurait-il pas été plus profitable à l’Islam de multiplier les publications détricotant et défonçant les idées développées dans cet ouvrage en dépit de sa teneur jugée injurieuse ?

Au lieu de s’embraser et d’embraser le monde musulman, dans un bain de sang et de haine, suite à la sortie de ce grossier navet “Innocence des musulmans”, il aurait été plus fructueux, en terme d’image et de communication, de produire un péplum à grand budget restituant sur le grand écran le véritable parcours du prophète, ses qualités humaines, ses valeurs et ses pratiques. Pour s’en convaincre, il suffit de mesurer l’impact d’un film comme “El Rissala” sur l’opinion publique mondiale, du moins cinéphile (Paradoxalement, le metteur Mustapha Akkad a été assassiné dans un attentat terroriste djihadiste).

Quel profit tirerait l’Islam de l’assassinat, en 2004 par un salafiste, d’un cinéaste, en l’occurrence le hollandais Theo Van Gogh, coupable d’avoir réalisé un court métrage, intitulé “Submission”, dénonçant la soumission des femmes dans l’islam. Aurait-on fait avancer la cause de l’Islam en proférant en 2005 des menaces de mort contre les auteurs danois de caricatures offensant le prophète et l’Islam ou contre l’évêque américain qui a brulé le Coran ? Le doute est permis, pour le moins ! Comme le disait, à juste titre, Talleyrand, “tout ce qui est excessif est insignifiant”.

Ne pas réagir ? Loin de là, il est tout aussi impératif que légitime de fustiger de genre de provocation, mais comment ? Voilà la véritable question. Ce n’est certainement pas à travers la violence et la gabegie, réconfortant l’adversaire dans l’idée et l’image qu’il garde de nous, ce qui est indéniablement à contre pied de la cause plaidée et de l’objectif avoué. Nous aurions gagné à tous les niveaux et embelli le visage de l’Islam et de ses symboles si notre réaction était de toute autre nature. Manifester dans l’ordre et la civilité, la voix stridente et le verbe acéré, est tout aussi percutent et fructueux  mais certainement moins sanglant et moins contreproductif.

A se demander : Serions-nous en crise avec notre identité et avec notre patrimoine culturel au point qu’à chaque provocation nous fonçons droit dans la combine, nous régissons sans mesure ni discernement et nous levons sitôt les étendards des représailles et des agressions. Nous ne défendons pas l’Islam en le défigurant ou en offrant l’eau aux moulins de ses détracteurs. Malheureusement, l’Islam a toujours été desservi beaucoup plus par ses disciples que par ses ennemis. Peut-être que finalement les musulmans sont en crise de communication, en déficit de perception, victimes avant tout de leur incapacité de restituer la véritable quintessence et la valeur intrinsèque de l’Islam.

Le problème ne serait-il pas quelque part en nous ?!Incapacité d’avoir le recul nécessaire par rapport aux autres et aux contingences aussi adverses qu’elles soient. A chaque agression, aussi moindre qu’elle soit, nous réagissons puis nous réfléchissons, pratiquement jamais l’inverse, une propension à la violence que nous développons instinctivement, on dirait une réaction de survie. Le réflexe de réagir physiquement à chaut, haut et fort, traduit beaucoup plus l’introversion et le repli sur soi que le dynamisme et la vitalité de la société. Nous nous tirons une balle dans le pied là où nous croyons atteindre la cible, se trompant de là même d’adversaire et de combat.

Nous nous efforçons à opposer machinalement ce qu’on croit le meilleur de nous  à ce que nous présumons le pire de l’Autre. Il est clair que l’occident, en particulier les Etats Unis, n’a jamais compris le monde arabe ni saisi sa structure culturelle et psychologique. Nous autres arabes, nous faisons de même. Un mur d’incompréhension et une attitude négative, de part et d’autre. Un état d’ignorance réciproque et une incapacité à découvrir et accepter l’Autre tel qu’il est et non tel que le vis-à-vis veut qu’il soit. Bien sûr, Aucun dialogue n’est possible entre deux camps retranchés dans leurs certitudes et leurs préjugés. En effet, derrière le rejet de l’Autre se faufile essentiellement la méconnaissance de l’Autre.

C’est là le nœud de la problématique et de l’antagonisme Occident/Islam. Par contre, ce clivage n’est pas réductible à un antagonisme religieux, celui-ci n’étant pas l’expression la plus endémique, ce n’est guère par rapport à une culture ou une religion en particulier mais par rapport à un contexte historique défavorable et au poids douloureux du passé. En effet, nombre de facteurs, essentiellement d’ordre économique et politique, ont interagi pour creuser les distances et fertiliser ainsi le terrain de l’extrémisme et faire le lit de l’exclusion.

Sur un autre plan, la mauvaise foi (c’est le cas de le dire) des occidentaux n’est plus à démontrer. Par exemple, Ils  incriminent toute lecture autre qu’officielle de l’holocauste (voir la loi française Gayssot de Juillet 1990 de triste mémoire agissant en couperet de crime négationniste, loi inique que d’aucuns ont jugée anticonstitutionnelle car elle sanctionne la recherche, consacre le dogme historique et intervient dans un domaine qui ne relève aucunement du droit, à savoir, la définition de la vérité historique), qui assimilent toute critique contre Israël à une velléité antisémite. Des lignes rouges bien tracées sur fond de fourbe duplicité.

En revanche, dès que des ténébreux auteurs bafouent l’Islam et ses symboles sacrés, ils nous brandissent au nez les principes de liberté d’expression et de conscience. Ils utilisent le droit sur commande, selon le contexte et les intérêts en jeu. Quant à la liberté d’expression, elle est déclinée à la tête du client. Vous n’avez pas le droit de toucher à l’holocauste mais vous avez le droit d’attenter à l’Islam. Une sorte de formatage culturel, une moule intellectuelle que nous autres musulmans nous sommes tenus d’intégrer dans notre grille de pensées, sous réserve d’être au ban de l’humanité et de l’histoire. C’est cette forme de terrorisme intellectuel et d’hypocrisie politique qui nourrit, entre autres, l’hostilité des musulmans à l’égard des occidentaux.

A titre d’exemple : L’administration américaine s’est déclarée contre ce film tout en affirmant son incapacité à l’interdire, invoquant la sacro-sainte liberté d’expression. Pourtant, en 2004, et suite à la mobilisation du lobby juif , les Etats Unis ont bien interdit, du moins pour une période, le film de Mel Gibson ” La Passion du Christ”, plutôt acerbe à l’égard du judaïsme. Ce double langage et cette posture à deux vitesses et à géométrie variable, dont les Etats Unis sont d’ailleurs passés maitres, sur tous les dossiers d’enjeu pour le monde arabe, constituent, un puissant facteur attisant les sentiments anti-américains.

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