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L’OTAN prolonge sa mission en Libye

Kadhafi et le sort qui l’attend continuent de dicter le calendrier des alliés en Libye. En dépit d’assurances européennes et américaines répétées que les jours du colonel sont comptés, l’OTAN vient de prolonger de trois mois sa mission militaire. Sans certitude absolue qu’elle en sera venue à bout en septembre, à l’échéance fixée.

«La question n’est pas de savoir si Kadhafi va tomber mais quand. Cela pourrait prendre du temps, cela pourrait arriver demain. J’espère l’issue avant l’expiration du (nouveau) mandat de 90 jours. Nous poursuivrons la mission aussi longtemps qu’il faudra.» En annonçant la décision de l’Alliance, le secrétaire général Anders Fogh Rasmussen a prudemment brossé un calendrier qui pourrait conduire vers la fin de l’année.

Dix semaines de bombardements ont sans conteste affaibli le régime. Les rebelles ont gagné du terrain, desserrant l’étau autour de Misrata et poussant vers la frontière tunisienne. Dans les villes, l’arrivée annoncée d’hélicoptères d’attaque français et britanniques permettrait d’accélérer la cadence. Sur le plan politique, Kadhafi apparaît de plus en plus isolé. À Tripoli, des défections sapent le régime. À l’étranger, la Russie est la dernière puissance à l’avoir lâché, même si elle a annoncé l’envoi jeudi d’une mission de médiation. Mais sauf coup au but des alliés ou complot réussi de son entourage, le départ du dictateur n’est pas à portée de main.

Dans les états-majors comme dans les chancelleries resurgit le souvenir d’un Milosevic qui survécut près d’un an à 68 jours de bombardement intensifs de l’Otan. Ou celui d’un Laurent Gbagbo qui ne rendit les armes qu’une fois cerné dans son bunker. «Kadhafi n’a malheureusement pas encore pris la mesure de ce qui lui arrive», regrette un haut responsable européen. Faute de stratégie de sortie, les alliés restent tributaires d’un insaisissable dialogue inter-libyen. À Benghazi, les rebelles enhardis par le soutien occidental font du départ du colonel le préalable à un cessez-le-feu. À Tripoli, l’intéressé vient de redire au président sud-africain Jacob Zuma qu’il n’a aucune intention de partir. «L’impasse politique reste totale», dit un diplomate en contact avec les deux camps.

L’allongement du calendrier sera au cœur de deux rencontres la semaine prochaine. Un rendez-vous des ministres de la Défense de l’OTAN mercredi à Bruxelles, suivi d’une réunion du «groupe de contact» politique allié. Dans ce conflit qui n’a pas fait une seule victime du côté allié, le danger n’est pas l’usure des opinions occidentales, mais celui d’un pourrissement au sud de la Méditerranée.

À Bruxelles, des diplomates s’inquiètent de voir l’énergie de l’Europe durablement accaparée par la Libye, quand le monde arabe bouge tout entier. Une autre partie se joue au sud de la Libye où, selon les services de renseignement, l’islamisme radical du Moyen-Orient cherche à faire jonction avec celui du Sahel. Pour finir, la question empoisonnée de la reconnaissance de l’État palestinien, inscrite à l’agenda de l’ONU en septembre, pourrait faire monter la tension anti-occidentale dans toute la région – si Kadhafi n’a pas quitté la scène d’ici là.

Source: Le Figaro

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