A la une

M. Houas : l’homme de la situation ?

Lors d’un point de presse, M. Beji Caid Essebsi a affirmé que le ministre  provisoire du Tourisme et du Commerce s’est engagé à sauver la saison touristique et à ramener des touristes européens en Tunisie. Cet engagement est très important puisque le tourisme fait vivre des centaines de milliers de familles tunisiennes.

Quatre mois plus tard, les résultats sont catastrophiques. Exemples :

– Taux d’occupation prévu de seulement 38% en juillet (le meilleur mois de  l’année) de l’hôtel Yadis Hammamet ;
– Taux d’occupation actuel de 37% à Djerba ;
–  etc.

Les professionnels du tourisme estiment que nous allons terminer l’année avec moins de 50% de recettes par rapport à l’année dernière.

Monsieur “je sais tout”

La Tunisie a beaucoup souffert pendant l’ère de Ben Ali ; mais il faut malgré tout avouer qu’il y a eu des réussites dans certains secteurs dont le Tourisme. Les années précédentes, les chiffres du tourisme tunisiens étaient satisfaisants. Ce succès est le fruit d’une politique cohérente dans le secteur depuis les années 70.

Depuis sa nomination comme ministre du Tourisme, M. Houas s’est démarqué avec des engagements forts. Il semblait sûr de lui, chose qui n’a pas déplu aux Tunisiens dans un premier temps. Mais ses actions n’ont pas été à la hauteur de ses déclarations et de ses engagements.

M. Houas est un spécialiste des TIC, il vivait en France (1er pays touristique au monde) ; il n’a aucune expérience dans le secteur public ni dans le domaine du tourisme tunisien. Il semblait logique qu’un nouveau venu dans ce domaine prenne connaissance de la stratégie mise en place par ses prédécesseurs pour garantir la continuité et la stabilité du secteur. Pour cela, il devait procéder à des consultations régulières auprès des acteurs et des professionnels du secteur.

Étrangement, cela n’a pas été le cas. Il semblerait que M. Houas a appliqué les méthodes de management d’une PME à la gestion du ministère. Il a du penser que ses compétences personnelles lui permettaient de décider seul même en période de crise sans respecter les règles de gestion participative habituelles dans un ministère. D’ailleurs, sa première action a suscité de nombreuses polémiques (l’affaire i love tunisia).

M. Houas a cru inutile d’impliquer les professionnels du secteur dans les décisions capitales à prendre pour sauver la saison touristique. Ces professionnels qui ont été négligés sont en train actuellement de payer la facture des erreurs stratégiques commises.

Campagne de communication sans résultats

Il fallait absolument réussir la campagne de communication. Il était clair qu’en cas d’échec, des centaines de milliers de Tunisiens en paieraient le prix. Vu l’enjeu, il était nécessaire d’effectuer des études préalables dans les pays ciblés pour connaître les motivations réelles des touristes potentiels à venir dans la Tunisie de l’après révolution.

Les Tunisiens ont été surpris par la teneur du message de la campagne lancée à l’étranger dont le thème était la révolution. Le risque existe que le thème de la révolution engendre une perception négative consciemment ou inconsciemment chez les touristes : risques potentiels tels que désordre, insécurité, vol, destruction, etc.

En plus, il fallait percevoir le message au deuxième degré alors que nous ciblons des catégories sociales qui risquent de le comprendre au premier degré, c’est-à-dire que le message véhicule une image d’insécurité.

M. Houas et son agence de communication ont-ils fait ces études préalables ?

L’avenir du tourisme hypothéqué

M. Houas n’a rien fait contre l’erreur du bradage des prix pour convaincre les touristes de venir. Il a aussi doublé le budget de communication (de  30 millions de dinars à 60 millions de dinars). Les résultats sont visibles à l’œil nu : des hôtels et des plages vides de touristes à cette période de l’année.

On se retrouve actuellement avec un taux de remplissage des hôtels bien inférieur à 50% par rapport au taux de l’année précédente pour des prix inférieurs de 30% à 50% par rapport aux prix habituels. L’effet cumulé de ces deux facteurs aboutit à une perte d’environ 70% des recettes habituelles. M. Houas a bien tenu ses engagements !

Le bradage des prix avec les tours opérateurs pour sauver la saison touristique aura des conséquences négatives à long terme. En effet, en offrant une remise de 50% à un tour opérateur cette année, il est quasiment impossible de revenir aux anciens prix l’année suivante parce que le tour opérateur négociera alors en position de force car le secteur touristique tunisien n’a pas d’avantages concurrentiels particuliers qui lui permettent de négocier dans des conditions favorables.

En raison de ce choix, la Tunisie sera obligée de maintenir des prix bradés pendant plusieurs années pour garantir le remplissage de ses hôtels. Ce scénario est un exemple caractéristique qui montre qu’un ministre d’un gouvernement provisoire dont la durée de vie est courte se soucie très peu du handicap qu’il laisse à son successeur du futur gouvernement démocratique.

L’avenir se construit aujourd’hui

Le choix de brader les prix est une vision à court-terme qui n’a pas pris en considération l’avenir du secteur. En effet, une autre logique était possible qui prenne en considération le devenir et le développement du secteur. A l’instar de la période de Ramadan où l’activité du commerce de restauration connait une baisse journalière importante, les restaurateurs en profitent pour rénover et remettre à niveau leur commerce.

Le ministre du Tourisme aurait pu suivre cet exemple et mettre en œuvre une stratégie qui associe banquiers et hôteliers pour financer les programmes de mise à niveau des hôtels et se préparer à affronter une concurrence qui devient de plus en plus dure.

Que se passe-t-il en Tunisie?
Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

Commentaires

Haut